Mercure galant, 1677, I, p
LA VIE 5i
En réalité, l'abondance des symphonies avait déplu ; on cria à la musique savante et l'ouvrage fut peu goûté, bien que Baptiste y eût « pris une peine infinie ». La Fontaine, encore aigri de l'histoire de Daphné, disait Lully « épuisé » et obligé à se répéter.
Pour Quinault, c'était bien autre chose. Dans la pièce, la farouche Junon persécute la nymphe Io aimée du roi des dieux ; or l'allusion était transparente : sous les traits de Junon, Quinault avait voulu peindre la jalouse Montespan inquiète de la versatilité amoureuse du roi, et Io n'était autre que sa rivale Mme de Ludre1. D'où grande colère de la favorite qui jure de disgracier le poète, et obtient son éloignement de la cour. Voilà donc Lully privé de son collaborateur, et, comme un ennui n'arrive jamais seul. Guichard, qui a fait appel du jugement de 1676 devant la Chambre de la Tournelle, est déclaré absous (12 avril 1677) et son adversaire condamné aux dépens. Alors, les brocards de voltiger autour du Florentin ; arrêt vengeur, disait l'un, pendant que Donneau de Visé, avec la bonhomie cauteleuse dont il était coutumier, plaignait le nouveau condamné. Brochant sur
1. Marie-Elisabeth, chanoinesse de Poussay. Mme de Sévigné la désigne sous les noms de « la belle Isis » et d'Io. On appliqua à Mmc de Ludre les vers qu Argus adresse à Io, acte III, se. 1.
5a LULLY
le tout, Lalouette se vantait d'avoir composé les meilleurs airs d'Isis. Furieux, Lully congédie le vantard, mais, énervé, il tombe malade. Cependant, l'exil de Quinault l'obligeait à trouver un autre librettiste. Il jette les yeux sur un parolier de Lambert, le poète Frontinière, qui lui apporte un Narcisse dont, au dire du Mercure, « on avait sujet d'attendre quelque chose de merveilleux »*. En dépit de cette réclame, Narcisse ne fut jamais achevé.
Au milieu de toutes ces traverses, le roi continuait à entourer Lully de son affection; il le lui prouva bien en servant de parrain à son fils aîné Louis, né en 1664, et non encore baptisé. A cette occasion, le surintendant faisait chanter un beau Te De uni de sa composition (9 septembre 1677), qui plut tant au souverain qu'il en ordonna une autre exécution lors du mariage deM"e d'Orléans8.
Entre temps, on reprenait à la cour Alceste, Thésée et Atys, dont le succès demeurait très vif. Peu à peu, le surintendant reprend courage, mais la réputation de Quinault était si bien établie que personne n'osait se risquer à briguer sa succession. Cependant, Thomas Corneille, sieur de l'Isle accepta et procéda à un remaniement de