Charles de Lorraine, père du chevalier, s était retiré à
Florence en 1601, et sa famille ne rentra en France qu'en
avril 1 644-
Lecerf de la Viéville et, après lui, tous les biographes du Florentin ont prétendu qu'il entra chez MUe de Montpensier en qualité de sous-marmiton. Guichard assure que le hasard le jeta parmi les galopins, mais « qu'il sut adroitement se tirer de la marmite avec son archet »'. De son côté, Choisy en fait un valet de pied. Ce sont là des allégations qui s'accordent assez mal avec la nature des services que la fille de Gaston d'Orléans attendait de son petit Italien2. Nous ne sommes malheureusement renseignés exactement sur sa situation chez Mademoiselle que par un document d'archives datant de i652, époque où, avec Buron et Cabannes, il figurait au nombre des garçons de la chambre de la princesse, aux appointements de 1 5o livres par an ; la charge étaitmal rétribuée, mais honorifique et peu absorbante. Lully pouvait donc se livrer au pen-
i. Réponse aux libelles diffamatoires de Jean Lully, p. 16.
i. D'autant plus que la domesticité des bonnes maisons se hiérarchisait sévèrement et que les marmitons en occupaient le dernier rang. (H. de Gallier. La Revue, i5 juin et ier juillet 1910.)
C est à cette légende qu'il convient de rattacher l'histoire du concert de casseroles exécuté par Lully dans les cuisinea de Mademoiselle. Une abondante littérature enfantine s'en €st emparée. Citons les Petits artistes peintres et musiciens par Mme Eugénie Foa, 3a édition, pp. 147-178, la Jeunesse des Hommes célèbres par Eugène Muller. pp. 291 et suiv., Petit marmiton, Grand musicien par M. Jules Chancel. Enlin, une statue de M. Adrien Gaudez représente Lully enfant, costumé en marmiton et jouant du violon.
chant pour la musique qu'il avait manifesté de bonne" heure, puisqu'il déclare lui-même, en demandant au roi des Lettres de naturalité, s'être « adonné à la musique dans sa jeunesse ». Choisy assure qu'encore enfant il faisait « de très beaux airs sans savoir une note de musique», et un libelle de i6o,5 rapporte de même qu'il jouait du violon dès son bas âge1. Au reste rien de plus artistique que le milieu dans leque; il vivait; non seulement, la bande des vingtquatre violons se faisait entendre aux Tuileries. mais encore Mademoiselle entretenait six violons, et pensionnait l'excellent chanteur Michel Lambert et sa belle-sœur Hilaire Dupuy ; le jeune Italien trouvait donc auprès de sa protectrice de précieuses ressources pourperfectionner une éducation musicale déjà très avancée lorsqu'il quitta Florence; rapidement, il devint un habile violoniste en même temps que Lambert l'initiait à la composition des airs de cour ; aussi, racontait-il lui-même « qu'il n'avait jamais appris plus de musique qu'il n'en savait à l'âge de dixsept ans. » Peut-être Lambert lui ménagea-t-il des appuis dans le monde delà musique du roi; peut-être même, lui fit-il faire la connaissance de
i. Baisons qui prouvent manifestement que les compositeurs de musique ou les musiciens qui se servent des clavecins, luths et autres instruments d'harmonie . .. n ont jamais été et ne peuvent être de la communauté des anciens jongleurs et ménestriers de Paris, itiçp. p. 33.
Luigi Rossi venu en France en 1647 avec les Barberini, et on juge de l'impression profonde que put produire YOrfeo sur un musicien de quinze ans.
On connaît l'histoire suivant laquelle Mademoiselle aurait congédié Lully à la suite d'un couplet qu'il se serait permis de faire sur certain soupir échappé à la princesse, et on est parti de là pour stigmatiser la malignité et l'ingratitude du Florentin. Malheureusement, l'anecdote est aussi gauloise qu'inexacte, et la principale intéressée s'est chargée de donner les raisons qui la firent se séparer de Lully.
Après son escapade à Orléans, en mars 1632, la belle frondeuse, de retour à Paris, se voyait contrainte de s'enfuir à Saint-Fargeau où elle mandait Lully en novembre. L'aspect délabré et inhospitalier du vieux château, dont la cour s'emplissait d'une herbe épaisse et haute, l'effraya. « Il ne voulut pas demeurer à la campagne ; il me demanda son congé ; je le lui donnai, et depuis il a fait fortune, car c'est un grand baladin '. »
La surprenante fortune de Lully date en effet du jour où il quitta les frondeurs pour le roi, le parti de la révolution pour celui de l'ordre. A