‹ LullyChapitre 23 sur 65 · Bib. nat. Ms. fr. 12620, f · texte numérisé non relu

Bib. nat. Ms. fr. 12620, f

tiste prépara le ballet du Triomphe de V Amour que la maladie du dauphin fit remettre au 12 janvier d'abord, au 21 ensuite. Lully revenait là à l'ancien ballet de cour, mais il en développait singulièrement la musique et ménageait des surprises dans la décoration. Et puis, l'ordonnance du Triomphe de l'Amour permettait de confier des rôles à de nombreux personnages de la cour dont le Mercure citait les noms. La vanité et le snobisme y trouvaient donc leur compte1.

Le clou de la pièce consistait en l'apparition de la toute jeune Mlle de Nantes (elle n'avait pas huit ans) dans la dernière entrée ; la petite princesse y jouait des castagnettes et mettait en relief son « agrément pour toute sorte de danse2 ».

Le ballet devant être joué à Paris lors de la rentrée de Pâques, Lully mettait d'autant plus de soin à en préparer la représentation que ses ennemis laissaient courir de fâcheux bruits sur la pièce nouvelle. Rien ne lui coûta pour les dissiper, et, grâce au concours de Rivani, de Bologne, mandé à Paris pour la circonstance, le publie sortit ébloui de la première (10 mai 1681) ; une « nouveauté singulière » avait surtout frappé les spectateurs, nouveauté de laquelle Lully escomptait un effet assuré3. C'était la présence de

1. Ce ballet comprenait 20 entrées ; le dauphin et la dauphine y figuraient.

a. Mercure galant, janvier 1681, pp. 190-195. 3. Mercure galant, mars 1681, pp. 33, 35.

ballerines, à l'imitation de ce qui s'était passé à la cour, où des femmes de qualité dansaient dans le ballet; jusque-là, les rôles de femmes avaient été tenus à l'opéra par des hommes.

Mlles Fontaine et Subligny débutèrent donc comme danseuses dans le Triomphe de V Amour et furent couvertes d'applaudissements1. La salle ne désemplit pas jusqu'à la Saint-Martin.

Au retour du roi de son voyage en Alsace, en automne, les divertissements reprirent à Saint- Germain, où on joua alternativement le Bourgeois gentilhomme et PoLirceaugnac, avec la collaboration du dauphin et de Mlle de Nantes ; mais la reprise du rôle du Mufti par Lully en personne mit tout le monde en joie. Bien que touchant à la cinquantaine, le Florentin déploya dans ce rôle d'inimitables qualités de vivacité et de comique2.

L'événement eut une suite bien imprévue, car Lully, transportant la bouffonnerie de la scène dans la vie réelle, s'avisa de demander au souverain une charge de secrétaire, charge qui conférait la noblesse. Etant donnés ses services, pareille prétention n'avait assurément rien d'excessif '' ; toutefois, le surintendant redou-

i. Mercure galant, mai 1681, p. 1 34 ; Anecdotes dramatiques. II p. 238.

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