E. Campardon. Loc. cit.. II, pp. i5o-i5i
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Fort avancée en janvier 1686, Armide semblait devoir passer à Versailles à la fin du carnaval; on dut. cependant, en laisser la primeur à Paris à cause du mauvais état des finances qui obligeait à des économies, et aussi, à cause du ballet de la Jeunesse, que Lalande faisait applaudir à la cour. L'Académie royale de musique représenta Armide le i5 février 1686, avec un succès éclatant ; tout débordant d'enthousiasme, le grand dauphin ne se lassait pas de l'admirer. Malheureusement, une indisposition empêcha le roi d'en entendre une sélection1 le 23 mars. Lully, fièrement, enregistrait le triomphe de son ouvrage : « Sire, écrivait-il, de toutes les tragédies que j'av mises en musique, voici celle dont le publie a témoigné estre le plus satisfait; c'est un spectacle où l'on court en foule, et jusqu'icy, on n'en a point vu qui ait reçu plus d'applaudissements. » Mais une amertume se mêlait à cette joie glorieuse, caria suprême récompense, lesapplaudissements du roi manquaient au triomphe du musicien qui sentait peut-être la mort rôder autour de lui.
Les mauvaises langues avaient beau dire que Quinault s'y était pris à trois fois pour achever le fameux cinquième acte, la pièce entraînait les foules et surtout les femmes, ce qui la fit
1. Louis XIV souffrait alors de la pierre. Dangeau. Loc. cit., I, p. 3i3.
appeler VOpéra des dames: une grande émotion secouait le public, au moment où Armide se disposait à frapper Renaud endormi *.. Et, après le spectacle, les auditeurs, encore sous le coup de l'impression ressentie, s'en retournaient « rêveurs, chagrins du mécontentement d'Armide " ». Armide mit fin à la longue et féconde collaboration de Quinault et Lully. Dominé par des scrupules religieux, le poète renonça définitivement à écrire pour le théâtre, et entreprit un poème sur Y Extinction de V Hérésie.
Le musicien dut donc chercher un autre librettiste, et ce fut Campistron qui composa les paroles delà pastorale à'Acis et Galathée, entreprise par Lully, sur les instances du duc de Yendôme désireux de donner une fête au dauphin.
Elle fut d'une rare magnificence, et Dano-eau assure qu'elle coûta 4 ou 5 °°° pistoles au fastueux amphitryon 3. Lully, accompagné de tout son personnel de chanteurs, de musiciens et de danseurs, se rendit au château d'Anet où on le traita en grand seigneur. Lorsque, le 6 septembre 1686, le dauphin, après avoir diné au
1. « On voyait, raconte Lecerf, tout le monde saisi de frayeur, demeurer immobile, l'âme tout entière dans les oreilles et dans les yeux, jusqu'à ce que l'air de violon qui finit la scène, donnât permission de respirer ».
a. Lecerf. Loc. cit., III, pp. 9, 14.
3. Le Mercure a donné une description des fêtes d'Anet. Septembre 1686, p. 2S4 et suiv. Cf. Dangeau, Loc. cit., I, p. 38i.
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château, monta à la galerie de Diane afin d'assister à la représentation, il éprouva comme un éblouissement, et ce triomphal succès valut à Campistron, de la part du duc de Vendôme, une bourse de cent louis, et à Lully une bague précieuse1. Lullyste fanatique, Monseigneur vint encore applaudir à Paris tout ce que Baptiste avait mis de fraîcheur et de jeunesse dans sa pastorale 2. Aussi bien, tout souffreteux qu'il fût, reprenait-il confiance; courageusement, il se remettait au travail avec Campistron et escomptait la gloire nouvelle que lui apporterait Achille et Polyxène. Mais les pressentiments qui l'assaillaient après Armide ne le trompaient point; la mort frappait à sa porte, et allait arracher de ses mains laborieuses l'ouvrage inachevé.
Les derniers mois de Tannée 1686 avaient été attristés par la grave maladie du roi; dès que sa convalescence se confirma, la France entière témoigna de son allégresse par d'universelles réjouissances. « Tout retentit de Te Deum », disait Benserade. Lully ne pouvait manquer de s'associer à ce mouvement de loyalisme, et, le 8 janvier 1687, il faisait chanter à ses frais, aux Feuillants de la rue Saint-Honoré, un Te Deum
1. Ce cadeau fut même l'occasion de nouvelles insinuations sur les mœurs de Lully. Le succès à'Acis se manifesta par plusieurs chansons. (Ms. fr. 12621).