Cadmus, acte II, scène
L'ŒUVRE i4t,
dis que l'air d'Archas : « Quelque embarras que l'amour fasse » ressemble à l'air des Poitevins du Bourgeois gentilhomme 'x .
C'est que, dédaigneux de la séparation des genres, le livret oscille entre le comique et le tragique. Cadmus se déroule dans des disparates, au milieu d'une grande incertitude de style. Après un prologue traité en pastorale et mettant en scène Pan, des bergers et le Soleil, le poète développe, en la modifiant, la fable de ce Cadmus, roi de Tyr qui délivre Hermione captive du géant Draco. Assurément, la trame en est héroïque, mais nombre d'épisodes comiques s'y glissent; Arbas, valet de Cadmus et poltron inénarrable est un véritable personnage de farce, comme, la roucoulante nourrice d'Hermione.
Bien que le livret ne fournisse guère d'occasions aux vastes déploiements symphoniques, il permet cependant au musicien de brosser, au troisième acte, la belle scène du sacrifice à Mars qui devient un modèle du genre.
Encouragé par le succès de Cadmus, Lully suit à peu près la même voie dans Alceste. Ici pourtant, le mélange des genres devait choquer encore bien davantage, en raison de l'infinie noblesse du sujet. Cependant, dès les premières scènes, Quinault s'aventure dans le badi-
i. R. Rolland. Musiciens d'autrefois, p. 172.
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nage, en laissant Lycas et Straton manier l'ironie à qui mieux mieux. Plus loin, au quatrième acteT la scène de Caron et des Ombres atteint à un comique supérieur, presque shakespearien, et il n'est pas jusqu'au traître et jaloux Lycomède qui n'esquisse quelque bouffonnerie.
Le poème cYAlceste offrait au musicien beaucoup plus de circonstances dramatiques et solennelles que celui de Cadmus, et, même, au point de vue des effets symphoniques, il rassemblait presque tous les types possibles d'intervention orchestrale : tempête, combat, scène funèbre, scène infernale. Comme dans Cadmus, le récitatif est sec, figé dans le respect tyrannique du syllabisme et de la déclamation oratoire. Mais on comprend aisément le succès que remportèrent l'air d'Admète : « Alcide est vainqueur du trépas », le chœur : « O trop heureux Admète », et la scène des Ombres. Le caractère mélodique des airs s'aeccentuait; ceux-ci se chargeaient de vocalises et de roulades. Lully va .dun récitatif pauvre et nu à des airs trop fleuris; il n'est pas encore maître de son esthétique.
C'est par un combat que débute Thésée. De grands cris sonores, Liberté ! Victoire ! retentissent, et voici que, triomphalement, dans le fracas des trompettes, les vainqueurs apportent les étendards et les dépouilles des vaincus. Jamais Lully ne peignit une plus majestueuse fresque
d'orchestre et de chœur. Au surplus, dans Thésée, il porte le meilleur de son effort du côté de la symphonie, évocation infernale de Médée au troisième acte, divertissement pastoral des habitants de l'Ile enchantée, grandiose pompe finale. L'échec à'Alceste le rend très prudent à l'égard du mélange des genres; les épisodes burlesques disparaissent et, lorsque le comique apparaît, il s'élève et s'affine. Avec le duo chevrotant des vieillards athéniens *:
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Lully trace, comme le dit M. R. Rolland, une caricature avisée et socratique. Si le récitatif reste raide et se raccorde mal avec la trame mélodique, un vrai souffle dramatique passe de temps à autre sur la pièce. Tout le rôle de Médée est conçu dans une note sombre, d'un pathétique