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Le sujet d'Amadis est emprunté à un roman de cheva

L'ŒUVRE i5S

métier, le musicien libère le récitatif des exigences oratoires et durcit sa rhétorique. Amadis est peut-être, avec Acis et Galatliée, la plus musicale des partitions de Lully.

Plongé on pleine légende chevaleresque, Amadis s'écarte du cadre des opéras précédents; déjà, à partir de Phaéton, les poèmes confiés à ■ Lully modifient un peu leur caractère, car la marche à la tragédie se dessine avec le conflit des sentiments et l'adoption du drame intérieur : mélancolique malentendu éloignant Oriane d'Amadis, triomphe de l'idée de devoir sur la passion dans Roland, enfin, lutte douloureuse entre l'amour et la vengeance dans Armide. Nous touchons ici aux chefs-d'œuvre de Lully.

Quelle variété d'épisodes s'expose en un incessant défilé, au cours de l'aventure du « beau ténébreux»! Enchantements, apparitions, scènes forestières et infernales, antagonisme de la méchante fée Arcabonne, sorte d'Armide avant la lettre, et de la bonne fée Urgande ! Chœurs et airs se multiplient comme emportés sur l'aile du merveilleux, et on ne compte pas moins de vingt-sep tsymphonies. Ici, le récitatif appuyé sur la simple basse continue devient fort rare et ne constitue plus qu'un lien ténu, rattachant des

lerie qui remonte au xve siècle, et dont la première rédaction est due au portugais Vasco de Lobeira.

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gerbes de mélodies. Le rôle d'Amadis est entièrement écrit en arioso ; les phrases se balancent, se répètent ; une symétrie proprement musicale s'organise à l'intérieur des récits auxquels la collaboration de la symphonie d'accompagnement confère une éloquence singulière. Ainsi, au début de la scène d'enchantement du deuxième acte, pendant que le magicien Arcalaùs cherche à attirer Amadis dans ses filets, les violons, par entrées successives, tissent sournoisement la trame dans laquelle va se prendre le héros. De même, au troisième acte, l'air d'Arcabonne : « Toi qui dans ce tombeau » s'entrecoupe du gémissement d'Ardan Canile, dont l'ombre finit par ponctuer son avertissement mystérieux du tragique martellement de la basse1.

Lully s'émancipe des règles du strict syllabisme, et les voix chantent sans se préoccuper d'épouser fidèlement l'accentuation prosodique. De plus, sur le terrain psychologique, dans la traduction des sentiments, la musique parvient à une maîtrise parfaite. L'air célèbre que chante Amadis au deuxième acte : « Bois épais » est d'une grandeur sombre et mélancolique, où il y a quelque chose de la noblesse sévère et de la grave beauté de l'admirable « Noires forêts » de Boësset :

i. Amadis. acte IIL se. 3.

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