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DUNE PETITE VILLE, QUAND L AUTOMNE COMMENCE

S'en vînt tomher, pour Vémouvoiry Sur l'eau malade de ce calme.

Mon regard glisse à pas frôleurs.

Voici des lampes de printemps dans un salon, Et voici ta chansonqui luit comme un bonheur.

Sous leurs toits inclinés les maisons se recueillent^

Se font petites pour jouir ^

Tranquilles et charmées, écoutant ta chanson.

le croyais que la ville était tout à fait morte, Et mon regard la trouve emplie de tendre extase.

Mes pas timides et muets n osent tracer Dans V automne glacé d'invisibles gazons Quelque sentier de promenade.

Et je m'arrête à écouter

Le venty passant hâtif,

Venu des dunes froides et que hante

Le lent roulement doux des lames qui s'allument

D'un long repli agonisant d'écume.

Le sable fondy fraîcheur de givre au creux des mains.

Très loin parfois, entre la plage et l'horizon^

Passe un bateau muet

Qui traverse la nuit.

Arbre géant et noir incrusté de phosphores.

D'bNE PETITE VILLE, QUAND l'aUTOMNE COMMENCE 30

Et les phares soudain

Déroulent en rubans leurs nacres irisées

Qui s'allongent sur Veau, pareilles à des roules...

De la mer à la ville où je vis, une (erre Respire sous le ciel,

Toute une terre de nuit lourde où se recueille Un sommeil de prairies paisibles.

Aux remparts de la ville où je rêve,

Un arbre immense vit,

Portant la lune et les étoiles dans ses branches.

La terre ainsi, aux nuits du plus calme silence, Possède avec puissance, en un geste exalté, Le ciel si proche et sa présence magnifique.

Mais, brusquement, renchantement se meurt Comme une voix se tait derrière du silence.

Mes paupières s'écartent lentes, et la vie Retrouve mon regard qui caresse les choses Autour de lui, ainsi qu'un enfant éveillé Caresse un tout premier rayon de matinée, Branche soudain fleurie naissant aux rideaux frêles.

Frileuse et alourdie d'une fièvre de rêve, Ma pensée, lentement, vient rejoindre ma chair Tout étonnée dans la maison qui s'abandonne Au charme tiède et nonchalant de la chanson Frôlant exquisement le paresseux instant D'un doux plumage bruissant...

A Jules Mouquet.

Le grand soleil plénier de l'après-midi claire Promène la caresse d'or de ses mains tièdes Sur la chair végétalement nue des collines, Et sur la ville en reposoir heureux de sieste.

Au pied de la terrasse,

Un lent frisson d'argent

Scintille et joue

Sur les feuilles des oliviers.

Jongleur de clartés roses

Contre le mur rugueux étreint de cactus raides.

La musique du vent caresse le silence Gomme un frémissement de robe parfumée.

0 la Ville, là-bas,

Couchée comme une adolescente fîère et tendre, Rieuse de soleil et de doux crépuscule, Spirituelle et reposée !

xVIais je ne la veux pas encore regarder

Des enfants jouent sur la terrasse contre moi, Des enfants balançant le rythme de leurs jeux. Petites filles, jardins roses, primevères, Jardins d'avril. Dans la lumière or envolé. Leur chevelure sous qui flotte, Tiède miroir si frais d'aurore, Un regard anadyomène !

Or c'est dimanche, dans son repos immobile.

Là-bas — tout près — à l'autre rive du vallon, Dans une brume mauve et grise de soleil, Une villa

Redresse son visage inquiet de vieil ivoire Troué par l'émeraude double de ses yeux.

Tout au loin.

Par la grave et apaisée campagne

Ceignant la ville

Avec les hanches amoureuses des collines.

En docile troupeau, les calmes maisons blanches,

Sommeillantes brebis,

Paissent le reposoir tendre du crépuscule.

0 Ville, tu es là

Avec tes campaniles d'or et tes tours sveltes

Comme des cris harmonieux d'ivre jeunesse,

Tes dômes éclatants de marbre lumineux,

Larg-es seins de déesses

Pâmés vers l'impossible baiser de l'azur I

0 Ville!..

Jo ne veux pas encor que mon regard t'étreigne !

Le parfum attiédi et sucré des glycines

Glisse comme un effluve lent du crépuscule.

La caresse des roses rouges

Flotte sur les murs chauds où rampent des lézards

Entre les aloès dardant leurs tentacules.

LE REPOS SUR LA COLLINE Sq

De longs cyprès, hautains et noirs, au long des routes Se promènent et descendent vers la ville, Méthodiques sous leurs végétales toisons.

Avec ses palais nus, ses maisons et ses tours, Couchée comme une femme au fond de la vallée, Dans le religieux apaisement du soir, La Ville est là !

Eclatement de gloire au long de son flanc calme.

Le fleuve flamboyant passe.

Fracas superbe de fanfare célébrante.

Tubas au clair dardant leurs cris, horde sonore !

0 Ville, tu es là, couchée comme une femme Au pied de tes collines amoureuses

Couronnant de velours splendide ton repos, Nue et chaude comme la Belle du Titien Qui dort là-bas, derrière les rideaux du soir.

Tout ce jour je t'ai contemplée,

0 Belle 1 0 Femme ! 0 rêve incarné du sourire 1

Des myrtes à ton poing. Olympienne,

D'une main lente et apaisée ô promeneuse

Des désirs

Au paysage d'or de ta chair bienheureuse,

Tu rêves, nue, devant le beau pays du soir !

Et maintenant je te retrouve !

Olympienne ! Tu es la Ville !

Et ta chair tout entière, et tes yeux, et tes lèvres

Sourient au souvenir de tes métempsycoses.

0 Ville ! je t'embrasse,

Je te veux posséder en mes deux bras fervents,

Sur mon cœur fou scandant les rythmes héroïques,

En mes deux bras puissants,

Ta chair nue sur ma chair,

Ton calme cœur dans mon cœur ivre,

Et l'esprit familier de ta jeune vieillesse

Dans mon sang altéré de ta splendeur divine î

Mais le soleil descend vers la belle campagne Somptueuse de crépuscule en encens d'or Comme un charbon rougi fécondant l'encensoir. Des voiles d'améthyste tombent Enlinceulant la Ville en un rêve ébloui.

Le troupeau des maisons s'endort sur la colline. Au long des routes les cyprès sont arrêtés ;

Les parfums montent plus fervents.

Et la tunique en frais lilas du crépuscule

Caresse le sommeil du soir voluptueux.

Scintillement ! 0 claire Joie, des cloches naissent, Cristal éclos, jet d'eau de sons joyeux qui glissent, Des cloches de la Ville !

Tout un troupeau joyeux doit passer dans le soir. Sur les encens bleuis de la nuit nouveau-née, A travers les campagnes de mouvants saphirs Qui flottent sur la Ville ainsi que des nuages.

Cloches des campaniles î Un envol clair de cloches Monte, plane, et s'éparpille, Vol rapide en cristal fragile

D'oiseaux chanteurs

Qui se berce un instant, puis se tait, sur la Ville.

L'âme claire du soir est morte. — Et c'est la Nuit.

Entre les murs rugueux grimaçants de cactus Je m'en vais. Des jardins respirent sous le ciel, Pacifique Jardin fleuri de rires d'or.

J'écoute, rythme blanc, des jeux et des paroles De jeunes femmes.

0 tuniques musiciennes du Printemps !

J'entends des rires doux comme de blanches roses...

Et je songe aux beaux soirs des vieux Décamérons '

Florence 1907.

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