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D'UN RÊVE AU BORD DE L'EAU

Sous un toit clair, si doux, squame de tuiles roses,

Contre qui vient briser en amoureux roulis,

Impatiente émeraude,

La frondaison du voisinage,

Tu sommeilles dans le silence du soleil,

0 vieux château que hante un songe !

Au loin de tes longs prés moutonnants de ciguës, Grave, un noyer, lourd de lumière, en force vaste, Semble veiller sur ton exil ;

De sveltes peupliers adolescents, Tout frémissants de gemmes nues, Montent parmi le ciel candide du matin,

Sous un baiser de brise frêle

S'éveille et brille

Le lac, plus bleu qu'un pli de robe d'innocence.

Une montagne

Reluit comme un couteau de marbre au fond du ciel.

Sur le toit du château un lis de pierre veille, Signe hautain scellant l'azur.

Les murs, fardés comme la joue d'un siècle mort, Semblent se recueillir pour un éveil lointain.

d'un rêve au bord de l'eau 65

0 songe clos des rêveries !

Je suis entré peureusement dans le jardin ;

Et seul a répondu à mon regard tremblant

Un long frémissement balancé de fleurs blanches.

Je songe à Tombre du noyer.

Là-bas, dans le maquis de la montagne,

Aux pentes d'un velours végétal

Où court un hallali éclatant de soleil,

Des toits luisent, pareils à des aciers d'épées.

L'ombre alentie d'une nuée Se promène sur des forêts.

Je songe.

0 château tu es seul avec moi contre l'heure, Ecoutant le cristal joyeux de cent oiseaux,

Sur nous deux un ciel nu grifFé de nacres claires

Plane, où suaves, transparents,

De longs anges d'Angelico

Vont balançant les lis fervents des encensoirs...

Midi d'un cri de feu menace le silence.

Voici rheure tissue d'âmes de violettes. L'ardeur calmée du jour agonise dans l'herbe.

0 clairs roseaux baisés d'un vol de libellules I

d'un rête au bord de l'eau 67

Il semble que le vent de ses doigts amoureux Glisse sur Teau charmée la tendresse des roses.

Plus belle qu'une grappe de glycines, l'heure

Tremble en parfums évanouis

Sur le cœur frais du grand silence vespéral.

Et le soleil caresse ton beau songe, 0 château suranné !

Plus léger qu'un pétale aux doux vents chaviré, Le doigt harmonieux du souvenir Est venu caresser ton beau songe endormi, Où, couché dans la fraîche oasis des silences, S'endormait ton plus bel amour.

Un soir pareil, Elle revint

Après avoir longtemps guetté

Au loin le blanc oiseau de la voile promise.

Elle revint par le chemin fidèle- k-V eau.

Voici la nuit... Tu rêves, bon château,

Discret et solennel.

Près de mon cœur noyé de délices lointaines.

Et tu murmures, dans le vent, L'espoir pâle et fané de la Dame d'antan Dont le plus bel amour encor frissonne Aux lèvres closes des fenêtres.

Duingt.

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