‹ Lune de mielChapitre 12 sur 18 · MADAME A · texte numérisé non relu

MADAME A

MADAME b"'^*.

MADAME B***, entrant précipitamment chez madame A"^^*. — Eh bien, la guerre?...

— MADAME A**^\ Eh bien?...

— L'avons-nous, oui ou non?...

— Nous ne l'aurons pas, j'espère...

— Ah!,..

— On dirait vraiment que tu le regrettes?...

— Daniel... Paul a tellement envie de la faire I . . .

— Ton mari, je comprends ça!... le mien aussi en meurt d'envie, mais toil, .

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— Moi, je veux tout ce qu'il veut... et puis, en somme, ce serait une belle guerre, une guerre utile!... (Madame A^-^'^ hausse les épaules sons répondre.)

— Non?... tu ne trouves pas?... Oh! toi, d'abord, tu n'es pas patriote !.. .

— Ehl... je le suis peut-être plus que toi!...

— Non!... Ça t'est égal que nous ayons perdu deux provinces!... quant à moi, je n'ai qu'une idée... voir reprendre l'Alsace et la Lorraine...

— Moi aussi!...

— Alors, tu voudrais probablement qu'on les reprît par la force de la persuasion?...

— Peut-être...

— Dans ce cas, je ne vois pas pourquoi tu as épousé un militaire?...

— J'aimais un officier... je l'ai épousé...

— A la bonne heure!...

— Mais je ne l'aimais pas 'parce quil était militaire...

— C'est drôle!... moi je crois que je n'ai aime mon mari qu'à cause de ça...

— Oh! toi. tu as la passion du panache!...

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— Ouil... je trouve que c'est sui)erbe, un bel otricierl... et un beau régiment brillant, fringant... et les plumets I... et les galons I... et la musique !... et les sabres I... C'est magnifique avoir, la manœuvre du sabre I... (Criant.) Sabre I... main!... Remettez!... sabre I...

— Tu es folle !...

— Que veux-tu, j'ai été élevée au milieu de tout ça, moi!... ça me transporte!...

— Mais moi aussi, j'ai été élevée au milieu de tout ça, puisque je suis ta ^œur!... Seulement, j'avais vingt ans au moment de la guerre de 1870, tandis que toi, tu étais encore un bébé... tu n'as pas vu cette horrible guerre...

— Horrible guerre, parce qu'on a été battu ! . .» Eh I mon Dieu ! ça peut arriver à tout le monde!... Seulement, voilà!... toi, tu as un tel amour-propre que tu n'as pas pu en prendre ton parti...

— C'est vrai!... quand je suis rentrée en Lorraine tout de suite après la guerre et que j'ai vu — même dans les pays qui n'étaient pas conquis — s'élaler les drapeaux et les troupes allemandes, trôner des préfets et

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des gouverneurs allemands, j'ai éprouvé une humiliation atroce... une rage de ne pouvoir rien...

— Oui. . , je vois encore ces Allemands que nous rencontrions partout... ça te mettait en colère... moi, j'aurais voulu en tuer un !...

— Moi pas I... Je ne haïssais pas, — individuellement, — ces grands diables tranquilles et doux, qui n'étaient guère plus heureux d'être chez nous que nous n'étions heureux de les y voir... Te rappelles-tu le Saxon qui logeait à la maison et qui pleurait pendant des heures en regardant par la fenêtre?... quant à moi, l'idée que cet affreux temps peut revenir m'affole et m'écœure, je l'avoue...

— Parce que tu n'aimes pas assez la gloire...

— Ou, au contraire, parce que je l'aime trop...

— Enfin, je sors d'une maison où on est très à la guerre...

— Quelle est cette maison?...

— Chez madame Kissingen...

— Je m'en doutais!... le mari prépare un coup de bourse et la femme l'aide dans la

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mesure de ses moyens... Et dire que ce sera éternellement ainsi... que toujours Paris ouvrira ses portes à tous les étrangers véreux repoussés de leur pays...

— Tu sais... il est inutile de dire à Paul que je suis allée chez les Kissingen... il ne serait pas content. . .

— ElTectivement I... ce n'est pas la peine d'aller les voir en ce moment... d'autant plus qu'on peut les rencontrer à la police correctionnelle...

— J'y suis allée uniquement pour avoir des nouvelles... d'après les lettres qu'ils reçoivent d'Allemagne la guerre paraît certaine... j'ai vu là aussi madame de Rêche et madame de Galvanoplasty, elles vont organiser une ambulance monstre... le costume sera très joli,., une bure tabac, fichu, manchettes et tabliers de batiste... à la taille, une corde de pèlerin en or...

— Je ne comprends pas que tu puisses parler ainsi légèrement de...

— Mais ce n'est pas moi, sœur !... je te raconte ce que disaient ces dames... faut-il me

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taire?... Non?... Eh bien, il paraît que ce pauvre monsieur de Reche est navré I... il est simple soldat et son cocher est sergent... alors, tu comprends, ça l'humilie... tu ne m'écoutes pas?...

— Pas beaucoup...

— Tu es inquiète?... et pourtant, s'il y a la guerre, ton mari qui est colonel est moins exposé que le mien qui est capitaine... et je ne suis pas inquiète, moil... j'ai confiance!...

— Tant mieux pour toi !...

— Paul me répète tout le temps que nous avons des troupes superbes et que la cavalerie ne demande qu'à marcher... Or, il paraît que cette fois elle jouera un grand rôle, la cavalerie... tu n'as pas idée de ce que les officiers apprennent aujourd'hui?... ainsi Paul, qui n'est pas officier supérieur, connaît à fond un tas de choses...

— Je n'en doute pas...

— NoA seulement il sait manœuvrer et faire manœuvrer ses hommes, mais il est capabk de leur faire exécuter des travaux de fortifications... Ça te fait rire?...

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— Ah I grand Dieu I non, (;a ne me fait pas rire !..

— Comprends donc à quel point on est fort quand on peut subitement construire des redoutes, des forts étoiles, des lignes continues à fronts bastionnés, des redans, des lunettes... sans parler des défenses accessoires... les palissades, les petits piquets, créneaux, palanques, trous de loups, chausse- trapes, frises, fougasses, abatis, etc., etc..

— C'est admirable!...

— Oui... tu te moques de moi, parce que je suis au courant de tout ça... ton mari ne te raconte donc rien du tout?...

— Il sait que je m'attriste et que...

— Eh I il faut te secouer!... te dire que, en somme, l'armée n'a pas été inventée pour la paix!... à propos!... tu ne sais pas?... monsieur d'Adonys s'est fait attacher, en vue de la campagne, à l'état-major du général Belprestans... et depuis deux jours, il a rejoint son corps...

— Eh bien?...

— Eh bien, il a quitté Paris... et on pense

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