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Témoin plusieurs livres de Luther

ns LUTHER ET LA RÉFORME AU XVI« SIÈCLE

tout devant ce retour au simple et au vrai. Le seixième siècle y puisera sa vigueur. La religion et le progrès recommenceront à parler la langue du peuple, dès que le peuple aura sa Bible, aura son âme, aura sa foi.

L'Écriture forme donc le point central de la Réformation. Luther le sentit. Dieu le savait. En mettant Luther à la Wartburg, Dieu contraignit son témoin de commencer par le commencement.

« Attachons-nous à TÉcriture, — s'écrie Luther — .». fermons les yeux, et disons : quand même j'aurais le mérite de tous tes saints, la sainteté, la*pureté de toutes les vierges et la piété de saint Pierre, ce n'est pas là-dessus que je m'appuierais. Il me faut une autre base, savoir cette parole : Dieu a donné son Fils afin que quiconque . croit en lui — en lui que le Père a envoyé dans son àmôur — ne périsse point. Appuie-toi sur la Parole de Dieil ! ni le diable ni l'enfer ne sauraient la renverser, Dieu notre Père la retirera^ avec tous ceux qui s'y sont attachés, du milieu de l'enfer, des diables ^t de la mort. C'est pourquoi donc, quoi qu'il advienne, dis toujours î Voidi la Parole de Dieu ; c'est mon ancre et mon rocher ; c'est sui elle que je me fonde, car elle est ferme. Si elle est ferme, je suis ferme âufesi, car Dieu ne peut mentir. Les cieux et la terre tomberaient en ruiner que la plus petite lettre, le plus léger trait subsisteiraient toujours !»

Luther ne donnait pas dans Terreur de ceux qui invoquent pêle-mêle les Pères et la Révélation : a Les chers Pères — écrivait-il — ont mieux vécu qu'écrit. »

Ailleurs : * La Parole de Dieu, en passant par les Pères, me fait l'effet d'une jatte de lait qu'on ferait couler à travers un sac à charbon. »

Ailleurs encore : « Moi, aux paroles des Pères, des hommes, des anges, des démons, j'oppose, non pas Tantique usage ni la multitude, mais la seule Parole de réternelle Majesté, l'Évangile qu'eux-mêmes sont forcés de reconnaître. Là, je me tiens, je m'assieds, je m'arrête; là est ma gloire, mon triomphe; de là j'insulte aux papes, aux thomistes, aux henricistes, aux sophistes, et à toutes les portes de l'enfer. Je m'inquiète peu des paroles des hommes, quelle qu'ait été leur sainteté ; pas davantage de la tradition, de la coutume trompeuse. La Parole de Dieu est au-dessus de tout. Si j'ai pour moi la divine Majesté, que m'importe le reste, quand même mille Augustin, mille Cyprien, mille églises de Henri VIII, se lèveraient contre moi! Dieu ne peut errer ni tromper ; Augustin et Cyprien, comme tous les élus, peuvent -errer et ont erré. »

Si après cela. Messieurs, on vient, s'emparant de quelques propos très-regrettables prononcés par Luther au sujet de l'Épître de Jacques, de l'Apocalypse, de rÉpttre de Jude ; si l'on vient nous donner Luther pour un précurseur de Strauss; nous sommes en droit de répondre que tout en s'abandonnant à des excès de langage qui lui étaient trop familiers, que tout en obéissant, comme il lui arrivait alors, aux entraînements de' sa pensée, Luther n'a jamais, systématiquement, contesté le canon.

Loin de convier la science au remaniement du recueil sacré, Luther, vous venez de le voir, acceptait

rÉcriture avec une soumission d'enfant. L'Écriture est la Parole de Dieu, Luther ne sort pas de là. ^

En voulez-vous une preuve de plus ? écoutez : « J'exhorte tout chrétien pieux à ne pas se troubler ni se mettre en peine, s'il rencontre dans la Bible des discours et des histoires qui le choquent ; qu'il réfléchisse que ce qui peut lui paraître étrange ou bas, émane toujours de la souveraine majesté, puissance et sagesse. Le livre saint fait tomber au rang des fous les habiles et les docteurs ; il n'y a que les gens pieux et simples de cœur qui puissent le comprendre. Ainsi l'a dit Jésus-Christ : Tu as caché ces choses aux sages et aux entendus, et tu les as révélées aux petits enfants. — Tenons-nous-en donc à cette source d'une abondance souverainement riche, qui ne peut jamais s'épuiser et dont on ne saurait trouver le fond... 11 nous faut laisser à la place d'honneur les prophètes et les apôtres, et rester humble*» ment à leurs pieds, pour écouter ce qu'ils disent et ce qu'ils enseignent... La Parole de Dieu est le plus précieux de tous les biens, elle dépasse tous les trésors du monde. Celui qui en est privé souffre une faim spirituelle et véritable. Plaise à Dieu que pareil malheur ne tombe pas sur nous ! Il vaudrait mieux que nous fussions tous égorgés par les Turcs ! »

Êtes-vous édifiés, Messieurs, sur la foi de Luther aux Écritures?

11 rencontre, pour célébrer la Bible, des accents dont l'émotion fait tressaillir nos cœurs : « Si j'étais un grand poëte, comme je chanterais mélodieusement et magnifiquement les louanges de la Parole do Dieu! »

LA WARTBURG Itl

Il veut qu'on lise la Bible, non comme un livre ordinaire, mais pour ainsi dire à genoux : « Ceux qui font à rÉcriture sainte Thonneur de la lire une fois, s'imaginent que cela suffit et qu'ils savent du premier coup tout ce qu'elle contient ; il n'y a pas de livre dont on croie être quitte plus promptement. Et pourtant ce ne sont pas des paroles de lecture seulement — comme la plupart se le figurent — ce sont des paroles de vie! Jt

Il demande à la Bible, il reçoit delà Bible toutes les lumières de son courage et toute la fermeté de ses convictions : « Lorsque le diable me trouve oisif et que je ne pense pas à la Parole de Dieu, alors il trouble ma conscience, me suggérant que je ne prêche pas la vérité, que j'ai causé du désordre dans le gouvernement, qu'avec ma doctrine, j'ai occasionné de grandes offenses et soulevé de grandes rébellions. Mais lorsque je reprends la Parole de Dieu, j'ai le dessus, je résiste au diable, et je lui dis : — Je sais, et, d'après la Parole de Dieu je suis certain que cette doctrine n'est pas de moi, mais qu'elle est la doctrine du Fils de Dieu. »

Bien que la traduction des Écritures formât le plus important travail de Luther, ce travail n'était pas le seul. Luther forgeait incessamment des armes pour sa bataille, je veux dire des livres pour la vérité. Au lieu de ces périodes interminables, raboteuses, rocailleuses, souvent obscures, à l'extrémité desquelles se trouve accroché le verbe et qui caractérisent le moderne idiome allemand, les phrases de Luther sont

iSÎ LUTHER ET LA RÉFORME AU XVIe SIÈCLE

courtes, claires, frappées d*uii coup net *. DcT nombreuses divièionéi élucident le au jet. Les mots destinés à l'éveiller l'attention, imprimés en lettres énor* mes, attirent et fixent le regard. On connaît ce style, fougueux et précis, poétique et familier, cassant et tendre, plein de contrastes que domine une harmonie âuk accents paélodieux, puissants, qui couvrent tout; comme dans ce cœur agité par tant de combats, raffermi par la suprême paix. Les publications de Luther, innombrables, d'une bfièveté qui en rendait Texpansion faôile etprompte, se répandaient, plus rapides que Téclair, dans le monde entier. On les dévorait. Loin de s'en enorgueillir, Luther s'en effrayait parfois : « Je désire vivement — écrivait-il — que ceux qui voudront posséder mes livres et s'en servir durant l'époque orageuse où nous nous trouvons, n'y consacrent pas un seul des moments qu'ils auraient employés à l'étude et à la lecture de l'Écriture sainte. Elle doit être leur continuelle occupation! »

Puis, dans une de ces explosions humoristiques et paradoxales qui lui étaient familières, il s'écrie : « Je voudrais que tous mes livres fussent enfouis sous terre, dans un trou de neuf aunes de profondeur, à cause du mauvais exemple qu'ils donneront, en ce sens qtié beaucoup de gens voudront m'imiter, et qu'ils composeront une foule d'écrits avec l'espoir d'acquérir de la célébrité ! »

Avant de quitter la Wartburg, arrétons*-nous un instant au fameux colloque du diable avec Luther,

1. Son écrilure a, dit-on, les mêmes qualités : ferme, droite, toute d'un jet.

colloque dont Luther lui-même nous a fait le récit.

11 s'agissait des messes privées. Le diable entre en discussion avec Luther. Discussion toute théologique où s'accentue cependant, en sanglants reproches, cette portion de vérité haineuse dont se sertTennemi pour nous torturer. Là est le drame.

Le drame, ai-je dit. C*est qu'à tout prendre, j'ai beaucoup de peine, surtout lorque j'examine les écrits de Luther, à ne pas voir ici l'une de ces formes saisissantes, impressives, dont volontiers il revêtait sa pensée. Introduire le diable dans les explications de doctrine, dans les questions de controverse, même dans les sermons; lui donner le rôle d'interlocuteur, de contradicteur, cela se faisait constamment. Je ne prétends certes pas que cette manière d'exposer ou de défendre les vérités chrétiennes soit la meilleure, je rappelle seulement que, reçue et familière, tous en usaient.

Y â-t-il plus? Luther a-t41 cru, vraiment, à une réelle apparition? rappelons-nous alors que Luther était moine, qu'il vivait au seizième siècle, que s'il répudiait beaucoup de superstitions, il en gardait beaucoup; rappelons-nous qu'il croyait encore aux sorciers, aux possédés; qu'il conservait contre les juifs les vieilles haines, les vieux préjugés du moyen âge ; que son esprit fatigué par les insomnies, usé par le travail, excité par ces grands silences de l'isolement, était comme préparé d'avance aux hallucinations, et comprenons dès lors cette scène à moitié symbolique, effective à moitié, que la tradition du reste a pris soin d'embellir. Ne montre-t-on point, dans le château de la Wartburg, la fameuse tache d'encre pro-

iU LUTHER ET LA RÉFOUME AU XV!» SIÈCLE

venant de Tencrier... que Luther ne jeta jamais!

Nul n'a oublié le dialogue entre Luther et Satan : « Tu es un pécheur! un grand pécheur! »

Ah ! certes, Satan a raison lorsqu'il accuse Luther d'être un pécheur, lorsqu'il l'accuse de dire la messe, encore, contrairement aux déclarations de l'Écriture, contrairement peut-être aux enseignements de sa conscience, à ses oppositions. Non, le diable ne ment pas lorsque s'appuyant sur nos fautes positives, sur nos véritables erreurs, il nous montre que nous sommes des misérables, que naus ne savons rien, que nous* ne pouvons rien! Seulement il ne dit pas tout; il nous fait voir les destructions, il nous cache le Réparateur. Aux âmes scrupuleuses, à ceux qui sont, comme Luther, portés à s'interroger, à s'examiner, à se troubler, à ruminer leurs péchés et leurs erreurs, Satan apporte des scrupules encore, et des péchés et des erreurs, pour les accabler, pour les décourager. Luther, le travailleur, le lutteur, avait besoin de confiance, avait besoin de joie; Satan, « qui est un esprit triste, » jette doute sur doute dans son âme, tristesse sur tristesse dans son cœur.

Ne regrettons pas, au surplus, ces luttes avec l'ennemi. Malheur à qui n'en a jamais rien su. Le vrai croyant se forge sur cette enclume ; les vrais chrétiens ont tous passé par là. Satan a serrait de si près Luther dans la dispute, que la sueur lui en venait au front. » Mais un plus fort que Satan se tenait près de Luther : « Tu as raison — s'écrieXuther victorieux — tu as raison de me rappeler que je suis un pécheur, car tu me rappelles par cela même que je suis le racheté de Jésus-Christ, mort pour les pécheurs. *

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