‹ Luther et la réforme au XVIe siècleChapitre 23 sur 50 · CLÉMENT VII AU SECOURS DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

CLÉMENT VII AU SECOURS DE LA RÉFORME

Vassurance du saltit en Christ, Luther semblait renaître lorsque se déclara le mal soudain qui faillit remmener.

Jonas nous a conservé le récit de cette agonie. Ce souvenir est si beau, Luther se montre si croyant, si vrai, si simple, si parfaitement htiinain à cette heure, iâ dernière semblait-il, que je vous demande. Messieurs, k' permission de nous y attarder quelques instants.

c Je l'avais heureusement suivi — raconte Jonas — tandis que sa femme donnait quelques ordres dans la maison. A peine sur le seuil de sa chambre : mon cher docteur Jonas! — s'écria-t-il — je me sens défaillir. De Teau ou tout ce que vous avez, car je me meurs ! — Une cruche d'eau fraîche se trouvait là. Je la pris et lui baignai le visage et le dos : — Dieu miséricordieux — dit-il alors — si tu veux que je meure, ta volonté soit faite ! — Puis il récita, les yeux levés vers le ciel, Toraison dominicale et tout le psaume septième, avec une grande ferveur. Sa femme, qui venait d'entrer, pâlit, le voyant dans cet état. Nous le débarrassâmes de ses habits, nous lui fîmes des frictions, en attendant le médecin : — Mon Dieu ! — reprit Luther — tu sais combien j'aurais désiré répandre mon sang powr ta Parole ; mais sans doute, tu ne m'en as pas jugé digne. Que ta volonté s'accompiisse. Si tu veux que je meure, je mourrai volontiers, pourvu que ton saint nom soit loué et glor rifié ! Si cela était possible, j'aimerais à conserver la vie, à cause de tes élus ; mais si mon heure est arrivée, je me soumettrai cordialement à tes décrets. Tu es le maître ée la vie et de la mort. — Mon Dieu ' c'est

toi qui m'as lancé dans Tarène, c'est pour ta Parole, c'est pour ta vérité que j'ai combattu... Seigneur Jésus, mon adorable maître, tu as daigné me faire connaître ta rédemption. Tu sais que je crois en toi, seul et vrai Dieu, dans l'unité du Père et du Saint- Esprit. Tu sais que toute ma joie est de t'avoir pour médiateur et pour sauveur ; tu sais que ton sang, répandu pour moi, pauvre pécheur, est * l'unique source de mes consolations. Assiste-moi, à cette heure, et me soutiens par ton Saint-Esprit!... »

Une nouvelle défaillance étant survenue, il se remit à prier avec ardeur : « Dieu miséricordieux — s'écriait-il — u'es-tu pas le Dieu des pécheurs et des misérables qui sentent leur impuissance, et qui implorent de tout leur cœur ta grâce et ton secours ? Ne dis-tu pas : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai! Seigneur, je viens à toi, selon ta promesse. Je suis dans Fangoisse et dans l'abattement. Aide-moi, pour l'amour de ta fidélité!... Tu nous as dit, Seigneur : Demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez; heurtez et l'on vous ouvrira ! Donne-moi, Seigneur, non pas de l'or ou de l'argent, donne-moi une énergique et puissante foi... Que deviendra l'Église? Je me rassure, car Christ est plus fort que Satan et toutes ses illusions. Oui, Christ est le Seigneur ! »

Et de grosses larmes inondaient son visage : « Mon Père et mon Dieu — continua-t-il — s'il m'est arrivé parfois d'être trop léger dans mes discours, tu sais que je ne l'ai fait que pour chasser la tristesse de la chair et non point par malice ! » Puis, se tournant vers nous : c Vous me serez témoins que je n'ai point

CLI5MENT VU AU SKCOURS DE LA RÉFORME 173 rétracté ce que j'ai écrit contre le pape au sujet de la pénitence et de la justification, étant pleinement convaincu que mes doctrines ne contiennent rien qui ne soit conforme à la vérité de la Parole de Dieu ! »

Tandis qu*avec des linges chauds on essayait de ranimer son corps glacé, Luther demanda son fils, à peine âgé d*un an. L'enfant sourit lorsqu'on l'approcha de son père : « mon cher, mon pauvre enfant! — s'écria celui-ci — maintenant, ma Catherine et toi, mon pauvre orphelin, je vous recommande à Dieu, mon maître miséricordieux et fidèle ! »

Comme il parlait à sa femme de leurs gobelets d'argent, lui rappelant que c'était là toute leur fortune : « Il n'est pas question de moi seule et de mon enfant! — dit Catherine, qui le fortifiait par sa fermeté — mais de cette multitude d'hommes chrétiens qui ont besoin de vos lumières et de vos directions... Je vous recommande à la paix de Dieu, mon cher maître, et j'ai cette confiance qu'il écoutera nos prières et vous conservera! »

Dieu les écouta, les confiantes prières de Catherine, Luther fut conservé.

a L'Éternel est celui qui fait descendre au sépulcre et qui en fait revenir! — disait Luther à Jonas, le lendemain — Dieu m'a pris à l'école; il m'a mis dans l'étuve! Je garderai souvenance de la journée d'hier l Mais, — ajouta-t-il — les douleurs morales du matin ont été bien plus violentes que celles du soir! Plût à Dieu qu'Érasme et les sacramentairés sentissent, un quart d'heure seulement, les angoisses de mon âme! ils reviendraient de leurs erreurs, j'en réponds ! »

Cette même année, 1527, la peste vint à Wittem-

berg, elle pénétra dans la maison, de Luther *; TuTiiversité, les magistrats, les bourgeois, tous avaient fui, Luther resta : « Christ, — disait-il — saura nous protéger! » — Et Luther visitait lespe tiférés, les recueillait chez lui, les soignait, quittait avec sa femme la belle chambre d'hiver pour les y mettre, et ne perdit pas un seul instant sa confiance en Dieu.

t. c Ma maison est un hôpital! » écriyait-iL

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