LA LIBERTÉ RELIGIEUSE AU XVI» SIÈCLE
Arrivés ici, jetons un coup d'œil sur l'Europe, Messieurs, et voyons quels progrès la Réforme y a faits.
Us étaient significatifs.
Sans parler de la France, où les martyrs donnaient leur vie pour la vérité; sans parler de l'Angleterre et de l'Ecosse, où la Bible opérait de vastes conquêtes ; laissant de côté l'Italie, où l'Évangile, agissant sur la classe lettrée, avait ému . bien des esprits et gagné bien des cœurs, regardons près de nous, autour de nous, le pays qu'a le plus fortement étreint la Réformation.
En Suisse, dans la Suisse allemande, une guerre religieuse venait de fixer, définitivement, la position des deux cuites. Je dis définitivement, car les progrès spirituels s'arrêtent, dès l'instant où le glaive est tiré.
A Genève et dans la Suisse romande, la Réforme travaillait. Genève, menacée par ses évêques et par
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les ducs de Savoie, répudiée par Fribourg qu'indignaient lès succès de Froment et de Farel, délaissée par la ville de Berne qui semblait Toublier, reçut tout à coup une offre de secours plus effrayante que l'abandon : François I**, en guerre avec le duc de Savoie allié de Charles-Quint, se présenta comme protecteur; c'est-à-dire qu'il voulait prendre Genève et le canton de Vaud.
Berne, à cette nouvelle, sortit de son engourdissement; elle fit sa campagne^de 1536. Ses troupes, vaillantes et bonnes marcheuses, arrivèrent devant Genève avant les Français; Genève demeura libre, et le canton de Vaud, arraché aux ducs de Savoie, devint à la fois bernois et protestant.
Telle était, Messieurs, la méthode alors. Les conquêtes religieuses s'accomplissaient ainsi. En Suisse, on instituait des discussions publiques, après lesquelles on organisait des plm. Le plm était simplement une votation, où la majorité décidait des croyances de la minorité.
Honteux spectacle, et qui explique trop bien comment des frontières de la politique^ on faisait les frontières de la foi. Jusqu'ici, jusqu'à tel village, jusqu'au bord de tel ruisseau, tout est protestant; à partir du ruisseau, tout est catholique romain !
Que devient le respect du sens moral, que deviennent les rapports de l'âme avec Dieu ?
Le seizième siècle, qui a reconnu la conscience de l'État, qui a retrouvé, qui a réveillé l^s consciences individuelles, a nié la conscience de l'individu dans l'État. Rien d'émancipateur comme la popularisation des Écritures, rien qui libère plus radicalement Tin-