‹ Luther et la réforme au XVIe siècleChapitre 43 sur 50 · LE CULTE · texte numérisé non relu

LE CULTE

plus d'une fois accompli ce prodige, de trâtisformer notre beau culte : Texplication de la Parole de Dieu, le chant des cantiques, la prière d'un même coeur, eu une sorte de mécanisme formaliste au mouvement duquel on se livre un instant, pour se mettre «n règle, et qui vaut tout juste chez les protestants ce que vaut l'audition d'une messe chez les catholiques Romains.

Le moyen âge avait des cathédrales, des statues, des tableaux, des messes, des processions, et n^iavait . que cela.

Le culte apostolique retrouvé par la Réforme nous a restitué FÉvangile. Songez à ce fait magniflque, Messieurs : rÉvangile populairement expliqué, — nos sermons ne sont pas autre chose — la Bible ouverte, chaque dimanche, pour chacun ; la Parole de Dieu mise à là portée de tous ; l'appel de Jésus, l'enseignement de Jésus allant chercher, convaincre, instruire, éclairei- jusqu'aux plus humbles consciences des plus chétifs !

Le culte apostolique retrouvé par la Réforme nolis a rendu l'invocation en langue vulgaire. Mesurez la grandeur d'un tel don! Voilà tout à coup des âmes qui savent ce qu'elles demandent, voilà des âmes qui jaillissent d'un même élan vers Dieu, voilà l'étreinte fraternelle qui unit les douleurs, les tentations, les effrois, les supplications et les actions de grâce, pour les porter à Jésus.

Le culte apostolique retrouvé par la Réforme nous a ramené le cantique. Au lieu des monotones cantilènes répétées en latin par les chanoines ou les desservants de chœur, tous entonnent les louanges do

Dieu, nul n*est exclu; les notes mal assurées de Tenfant se joignent aux débiles accents du vieillard; les jeunes, les forts soutiennent Tharmonie, et la grande voix chrétienne va raconter là- haut nos joies et nos tristesses, avec nos espérances.

Le culte apostoUque retrouvé par la Réforme a rétabli la cène du Seigneur. Ce que le Seigneur nous a donné, ce que le clergé nous avait ôté, nous Tavons ressaisi. La coupe vient restaurer notre âme, le pain vient nourrir notre foi ; les deux symboles nous amènent sous la croix du Christ, mort pour nos péchés, vainqueur pour notre justification. Et c'est bien le souper du Seigneur; c'est le pain, tel qu'il Ta rompu ; c'est le vin tel qu'il Ta présenté. Et la réintégration de l'acte, dans sa vérité, le rend plus solennel, nous rend plus sérieux.

Le culte apostolique retrouvé par la Réforme a rouvert ces chambres hautes, ces pauvres chambres, oii les envoyés parlaient de Jésus. Messieurs, j'aime, quant à moi, la nudité de nos églises; j'aime l'austérité de nos adorations. Le jour où l'on viendrait nous apporter, que sais-je ? des croix, des tableaux, des chœurs, quelque splendide hturgie avec demandes et répons ; ce jour-là, je pleurerais le temps ofi le culte en esprit ne se nourrissait que de vérité.

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LA MOKALE

En même temps qu'elle nous rendait la spiritualité du culte, la Réforme retrouvait la grande morale, rhonnêteté.

Ce que le moyen âge avait fait de la morale, Thomas d'Aquin vous le dira.

Son livre, la Somme, rappelle sans doute que nous devons agir pour Dieu, mais le détail de nos actions est réglé d'avance, et la casuistique a tout envahi. Comment ferai-je, muni de cette nomenclature, catalogue minutieux et sec, pour remonter aux sources de la régénération?

Le catholicisme les a méconnues ; on lui demanderait en vain des vues profondes sur le mal, sur le péché, sur le repentir, sur la nouvelle vie et sur les actes nouveaux.

Il s'arrête aux superficies; il a cessé de comprendre, on le dirait, que c'est le cœur qu'il faut changer. Le regard ne se porte plus au dedans. Le

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péché ^ le grand mot biblique, le mot de nos rébellions, va s'effacer et disparaître dans la liste des péchés, Vceuvre n'est plus Taction directe, définitive du Saint- Esprit, ardemment demandé, filialement reçu ; Vœuvre se confond avec les œuvres^ comme un pauvre équivalent.

La Réforme nous a ramenés au point central, à l'Évangile, à la conversion, au nouveau cœur. L'Évangile n'est pas un code ; il fait Vceuvre et s'arrête là, sachant bien que Vceuvre faite, les œuvres suivront.

La Réforme, qui â convié les hommes à se convertir pour obéir, a du même coup ressuscité la responsabilité personnelle, supprimée par le catholicisme romain. Toute responsabilité s'évanouit devant la direction. Mais une fois la direction brisée — quel événement! — l'homme moral se redresse, la conscience rentre en possession, les viriles obligations de la vie telle que Dieu l'a voulue reparaissent de toutes parts.

En doutez-vous ? regardez Luther. Ce qui domine en lui, le trait saillant, c'est la loyauté. Luther est mieux qu'un grand génie, Luther est une grande conscience. Je vous mets au défi de trouver dans ce cœur quelque mauvaise aihbition. Cette âme n'a rien ni de mesquin ni de sinueux. Tout faux-fuyant, tout expédient la fait cabrer. La pauvreté lui sied; elle en tire des largesses.

Luther, ce courageux sans fracas, regardera 1 ^este en face, comme il a regardé Charles-Quint. B ses amis, sous la diversité des caractères, reproduiront la même intégrité. Ils sont indigents, ils sont purs; s'ils faiblissent parfois devant une question, le danger \é^ trouve à^a hauteur; si des considérations d'intérêt

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