‹ Luther et la réforme au XVIe siècleChapitre 45 sur 50 · Bagenhagen refusait un évôché · texte numérisé non relu

Bagenhagen refusait un évôché

Messieurs, élargissons notre point de vue. Apprêtons les effets généraux que la Réforme a produits.

Notre civilisation lui doit-elle quelque chose? La Réforme a-t-elle préparé les vrais progrès? L'Évangile a-t-il enfanté les bonnes libertés? Telle est la question.

Il y aurait, pour y répondre, un moyen trop facile, dont je n'userai pas.

Prendre le moyen âge, prendre les temps modernes, comparer, et tout expliquer par la Réforme! le procédé serait commode ; ma conscience me défend d'en user.

Au seizième îriècle, la Réforme n'a pas seule agi. Un autre principe, qui porte un grand nom, ce pouvoir dont je cherchais en commençant à préciser le caractère : la Renaissance, exerce alors sa part d'in^ fluence et d'action.

Devant la Réforme, la Renaissance a reculé; mais

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LA LIBERTÉ — LA SÉCULAUI SATION 373

elle n'a pas disparu. Certains pays sont demeurés son apanage. La France occupe. le centre de son empire.

Obligée de se défendre contre un adversaire dont elle avait éprouvé le rude choc, la Renaissance, habile et souple, a pris en France plusieurs caractères successifs : tantôt moqueuse et sceptique avec Rabelais et Montaigne, tantôt gallicane avec les parlements et Bossuet, tantôt victorieuse et ne ménageant plus rien avec TEncyclopédie, tantôt renversant toute religion avec les révolutionnaires, tantôt se réfugiant dans le consentement aux croyances reçues et dans les pratiques du culte national, comme dans une retraite impénétrable à l'Évangile, comme dans un fort inaccessible aux convictions de Tindividu.

Si la Renaissance a fait de la France un pays spécial, assez peu catholique, encore moins protestant, elle s*est essayée aussi en d'autres contrées; toutes ont subi, du plus au moins, l'ascendant de son esprit.

Bien que modifiée par sa rencontre avec l'Évangile, la Renaissance est demeurée elle-même. Cette grande marée- montante, la civilisation moderne, se compose ainsi de ^eux courants distincts, qui se côtoyent sans se mêler.

Ne voir qu'un seul courant ; selon le parti que Ton sert, attribuer tout le mouvement à la Réforme en omettant la Renaissance, rattacher le mouvement tout entier à la Renaissance en écartant la Réformation, ce serait forfaire aux lois de l'équité.

Disons, pour être justes, qu'il y a eu des emprunts mutuels.

La Renaissance, franchement païenne avant sa

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tencontre avec la Réformation, subit, par le contact de rÉvangilé, certaines modifications dont oh reconnaît les traces jusque dans ses plus hardis maiiifestes d'incrédulité.

La Réforme, d'une autre part, ne côtoya pas impunément ces libres esprits, qu'elle avait vaincus mais non subjugués. Si elle communiqua sa teinte religieuse à certaines philosophies, tin moment viiit où les couleurs philosophiques semblèrent s'imposer à la religion.

Une fois ces réserV(?s faiti^ et ces limites posées, il me sera perriiis d'affirmer que le pouvoir dominant appartient à la Réforrhàtioii. Politique, littérature, science, philosophie, les artà èiix-inèmes, c'est toujours vers la Réformé qu'il faut regarder si Ton veut comprendre le mouvement.

Les négations ne fondent rien, iibus l'avons dit. L'affirmation, la vigoureuse àffirrnation dès Réformateurs pouvait seule, renversant la théocratie, ouvrir les chemins d'un nouveau monde, du monde où la conscience tencontre le respect.

Le respect des consciences ! au sortir du moyen âge, c'était bien lé phénomène le plus étrangement nouveau. Ces hommes qui tout à coup se lèvent, qui ouvrent la Bible, qui refusent de renier leur foi, qui jettent bas les autorités factices, qui réintègrent l'unique autorité, la Parole de Dieu; ces hommes, qu'ils le veuillent ou non, quelles que soient plus tard leurs défaillances, ces hommes réalisent une colossale révolution.

L'Europe l'a compris. La Réforme d'abord, puis la lutte entre Rome et là Réforme, telle est sa préôccu-

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pation de tous les moments. Elle a beau faire, elle ne s'en débarrassera point. Vous le verrez, désormais ; au fond de tous les problèmes, le problème posé .au seizième siècle, le problème religieux se retrouvera toujours.

La vraie bataille est là, les vrais embrasements sont là; la guerre de religion, sous des formes trèsdiverses, continue son feu. Si quelque secousse vous montre quelque part une émotion plus profonde ou plus vive, tenez pour certain que l'antagonisme entre Rome et la Réforme s'y rattache par quelque bout.

Rome, c'est la société cléricale ; la Réforme, c'est la société séculière ; trouvez-moi deux principes plus opposés !

Sécularisation, liberté, tels sont, en effet, les deux termes qui résument et condensent pour ainsi dire Tœuvre sociale de la Réformation.

Les papes du seizième siècle, tout aussi résolument que les papes du treizième, déliaient les sujets de leur serment de fidélité. Henri VllI, bien d'autres, sont déclarés déchus. Que dis-je? Notre siècle lui-môme n'a-t-il point vu renaître ces prétentions que la Réforme avait cru blesser à mort? Y a-t-il si longtemps que les rois de Prusse sont reconnus par les pontifes romains !

Le principe du moyen âge ne s'en tenait pas là. Établir la royauté des clercs par quelque acte éclatant de suprématie papale ne lui suffisait point. 11 voulait davantage; il faisait plus. Il introduisait dans la vie de tous les jours, dans le sanctuaire le plus

sacré, dans le plus inviolable secret de la famille, un despotisme auquel je ne vois rien à comparer ici-. bas : le despotisme de la direction, Tesclavage des consciences, la servitude du cœur ! Ne croire, ne penser, n'agir que sur les ordres du directeur, c'est le dernier degré de Tasservissement.

Aussi, n'y a-t-il jamais eu d'affranchissement comparable à celui qu'apportèrent les Réformateurs.

La liberté pénétra partout à la fois. Elle imprégna les mœurs et les institutions.

La Bible à tous ! la coupe à tous ! — Qui dira la portée de ce cri? *

Où l'on n'avait rencontré que des clercs, on vit apparaître un personnage nouveau : le peuple. Celui que Luther appelait : « Monseigneur tout le monde! »

La popularité, ce merveilleux caractère de l'Évangile, caractérisa le retour 'à l'Évangile.

La vérité divine, cette messagère que Dieu envoie aux humbles, aux pauvres, aux petits, recommença de parcourir la terre.

Tant qu'il s'agissait de sacrements, de cérémonies, de latin, d'absolution, de transsubstantiation, le prêtre occupait toute la place ; lui seul pouvait opérer ; on n'avançait vers Dieu qu'appuyé sur lui. Le souffle du Saint-Esprit a balayé cela. De quoi s'agit-il, à cette heure? de lire un livre, simple, clair, au niveau des ignorants, à la hauteur des savants. Il s'agit pour chacun de sentir son péché, de saisir le pardon, d'aimer Celui qui nous aime; cela reste accessible au cœur, de plain-pied pour ainsi dire ; cela ne dépasse que les orgueilleux et les satisfaits.

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Et quel élan! toutes les méthodes populaires naissent d'elles-mêmes. Non-seulement c'est la prédication, c'est le catéchisme, mais ce sont des traités précis et courts. Ce que rimprimerie et la Renaissance avaient commencé, la Réforme l'accomplit.

Elle seule peut l'accomplir, car seule elle établit la liberté du dedans, base indispensable aux libertés du dehors.

L'affranchissement des âmes, voilà le grand fait. Les autres affranchissements restent médiocres en comparaison. Or, qui donc affranchira les âmes, sinon l'Évangile, sinon l'obéissance au vrai, sinon la foi personnelle en Jésus?

Dès que les âmes ont choisi leur maître, faux docteurs, fausses autorités, directions, traditions, disparaissent à l'envi. Les esclavages politiques ont bientôt fait de s'écrouler. Alors une ère nouvelle apparaît, toute pénétrée de moralité, d'activité, d'austérité, de saine indépendance. Les grandes nations libérales vont surgir, chacune à son tour. Trois mots les ont réveillées : l'Écriture! plus de prêtres ! la justification par la foi !

Vous vous rappelez. Messieurs, les misères sans nom du moyen âge. Eh bien, en sortant du moyen âge, on courait risque de tomber plus bas. Mécanique extérieure, la religion des siècles obscurs conservait pourtant quelque notion d'immortalité ; elle maintenait quelque idée de rétribution divine et de devoir. Un instant, la société délivrée du prêtre, échappant à l'Évangile qu'elle ignorait, présenta le plus effrayant aspect. C'était comme un ciel livide, une heure de lugubre hésitation entre les ténèbres

et la clarté. La nuit est finie, le jour n'a pas commencé. Et que sera ce jour ?

Le jour ! Il s'annonce tristement. Les gloires chevaleresques ont disparu ; mœurs bourgeoises, coutumes administratives, tout s'est abaissé, il se trouve — on aurait pu le prévoir — que le moyen âge n'a pas su faire un peuple.

Prenez les livres du temps, Vavocat Patelin, par exemple! Cette fausseté naïve, cette perversité générale vous laisseront épouvantés. Le marchand, l'homme de loi, le vilain, la femme et le mari, chacun ment, trompe, vole à qui mieux mieux. Et le pis, c'est que nul ne s'en étonne ; ces infamies ne scandalisent point. Bien au contraire, l'habile est celui qu'on loue ; le dupé, celui dont on rit. Les niveaux ont fléchi jusque-là.

Faute d'être tourmenté par quelque passion généreuse, ce temps mesquin s'ennuie horriblement, il y a bien çà et là des sorcières qu'on brûle, c'est une distraction. Il y a des guerres incessantes, et pour les illustrer, ces cruautés infernales dont le moyen âge possède le secret. Monstrueuses, raffinées, elles s'étalent au sac de Rome, à la prise de Tunis, aux expéditions de Certes et de Pizarre en tableaux si révoltants, que grâce à Dieu nos regards ne consentent plus à les rencontrer.

On nous accordera peut-être que la Réforme a redressé le sens moral, et que le sol s'est relevé.

Liberté religieuse, liberté politique, là Réformé nous a donné l'une et l'autre. Je ne sais trop si on lui en saura gré, par le temps qui court. Avant la

Réforme, avant l'Évangile retrouvé, pas une idée de liberté n'est entrée dans une cervelle humaine. Après la Réforme, dès que l'âme a ressaisi la Parole de Dieu, les libertés germent, travaillent, et rien ne les empêchera de pousser.

Ne vous y méprenez pas; ni la Renaissance ni la philosophie n'étaient capables d'enfanter la liberté. Renaissance et philosophie n'ont cessé de porter à la centralisation, au nivellement, à la destruction de l'individu.

Est-ce la Renaissance ? Consultez les pays soumis à son pouvoir. Ils vous diront ce (Ju'elle a fait de la sécularisation ; comme elle l'a détournée au profit de Tesprit administratif, de l'État ou monarchique ou républicain, mais en tout cas absolu. Le despotisme, grâce à la Renaissance, s'ési déplacé, voilà tout. La Renaissance ne l'a ni tué, ni blessé; elle l'a choyé, elle l'a maintenu; seulement il logeait au Vatican, elle l'a mis dans le palais des rois; ce ne sont plus les papes qui gouvernent le temporel ; ce sont les princes, ou les dictateurs, qui gouvernent le spirituel !

Est-ce la philosophie? Les philosophes, je le sais, ont parfois conclu dans le sens de la liberté. Représentant une jportion considérable du mouvement de l'intelligence, ils ne pouvaient pas déserter le parti de la libre discussion. Contre l'État qui les empêchait d'émettre ieur pensée, ils ont réclamé la liberté politique; contre l'Église qui leur fermait la bouche, ils ont revendiqué la liberté religieuse. Et tout en agissant ainsi, les philosophes ont vigoureusement favorisé la centralisation, ils ont énergiquement dé-

testé les manifestations de Tindividu. Quant à la liberté de conscience, qu'ils désiraient, comme ils la faisaient poser sur le vide, elle s'est toujours écroulée malgré leurs efforts.

La liberté religieuse ne. naîtra jamais de Tindifférence en matière de religion. Si vous voulez découvrir son berceau, plongez dans les profondeurs de Tâme humaine. A la voix des Réformateurs, quelque chose s'est dressé là. Ce quelque chose, c'est le droit de servir Dieu, en dépit des hommes ; c'est le droit d'aller à l'Écriture en foulant aux pieds la tradition.

Le problème ne se posait pas même au temps de la Réforme. On agissait avant de disserter; on pratiquait avant de savoir; on examinait avant de formuler la théorie de l'examen ; on choisissait avant de proclamer le droit de choisir; on a fondé la liberté religieuse avec des cœurs, avec des esprits remplis encore d'intolérance ; on a servi la liberté, croyant ne servir que la vérité. Et la liberté ne s'en est pas plus mal trouvée ! Et croyez- vous que, préoccupés de systèmes et d'abstractions, les Réformateurs eussent déployé l'énergie que leur donnait la foi?

Les chrétiens devaient arriver à la liberté religieuse par la route chrétienne : par l'amour du vrai, par le besoin d'obéir à Dieu, par la noble impuissance de renier Jésus. Tout autre chemin les eût fourvoyés. Quand ils ont quitté cette route, ils ont méconnu l'indépendance d'autrui. A leur tour ils sont devenus despotes, ils se sont fait persécuteurs.

Le protestantisme a tellement la liberté pour corollaire inséparable, que ses attentats contre elle sou-

lèvent le courroux général. On permet à Rome de gêner les consciences, on lui permet de défendre la foi par le bras séculier; à la Réforme, non. Et Ton fait bien ; et tout pays protestant qui méconnaît la liberté religieuse, nous le dénonçons, nous, les protestants! Plus nous croyons à la vérité, plus nous répudions la force. Mieux nous acceptons Fautorité. des Écritures, mieux nous défendons la conscience contre les étreintes de l'absolutisme religieux.

Le jour où la Réforme a saisi la Bible, le jour où parlant de conversion elle a saisi Tindividu, ce jour, la Réforme a proclamé la liberté. Alors les chaînes sont tombées; Voptis operatum, la direction, les usages établis, la scolastique, les distinctions subtiles, l'autorité des docteurs, l'autorité de l'Église, l'autorité des prêtres, tout ce qui entravait le libre entretien de l'âme avec Dieu, tout s'est écroulé. Ce qu'elle a fait, la Réforme ne l'a pas toujours compris. Parfois même elle a essayé de le défaire. Mais en elle réside un pouvoir qui s'exerce en dépit d'elle ; ce pouvoir est un principe, et ce principe est l'émancipation par la Parole de Dieu. Que la Réforme le veuille ou qu'elle ne le veuille pas, elle a pour nom : liberté.

J'en connais de moins grands.

Liberté religieuse, liberté politique, au fond c'est tout un. Il n'y a pas deux libertés. La racine est unique; tout ce qui est bon vient du ciel. Les âmes une fois redressées, tout se redresse : l'État et les lois.

Il faut la recueillir, il faut la signaler, cette indissoluble unité de tout ce qui est bien, cette unité non moins indissoluble de tout ce qui est mal. Plus vous

creuserez, mieux elle paraîtra ; ce qui rapproche de Dieu produit la moralité, rénergie, les lumières, le progrès, la liberté, la prospérité; ce qui éloigne de Dieu produit la corruption, Fimpuissance, les ténèbres, la servitude et la misère.

Un homme qui a bien servi la cause libérale de notre temps, un homme dont la fière et simple indépendance ne s'est pas effacée de mon souvenir, M. de Tocqueviile, a signalé, dans son beau livre sur h Démocratie aux États-Unis, cette étroite liaison de la liberté politique et de la foi. C'était dire que les deux libertés jaillissaient d'une même source : l'obéissance à la vérité.

Messieurs, remontons aux prmeipes.

Quel est le principe de l'Église romaine ? Quel est le principe de la Renaissance? Quel est le principe de la Réformation ?

L'Église romaine personnifie la négation même de la liberté, car elle est la négation de la conscience chez rindividu. Examiner, débattre, choisir, autai^t d'hérésies à ses yeux. Je dis mal; Thérésie par excellence, Tessence de l'hérésie, c'est la liberté ; tout comme c'est, en quelque manière, l'essence de la foi. L'hérésie pour Rome, consiste moins à croire tel dogme, à rejeter telle doctrine qu'à les recevoir par soi-même, qu'à les repousser en vertu d'une convielion personnelle. — L'hérésie consiste à se passer de l'Église, du sacerdoce, de la direction; elle consiste à recouvrer l'intelligence, à ressaisir la responsabilité.

Donoso Certes, cet obscurantiste 'éloquent et sincère, a constamment attaqué la liberté, comme i'iin-

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placable ennemie du catholicisme romain. Ce témoin peu suspect établit toute une généalogie d'idées, qui relie étroitement l'infâme libéralisme à l'infâme Réformation. Apôtre de la direction 'cléricale, il nomme la discussion : « le dissolvant universel! » Ailleurs, revêtant sa pensée d'une image splendide, comme il en sait trouver : « La discussion — s'écrie -t-il — est le titre sous lequel voyage la mort, quand elle veut cheminer incognito! »

La Renaissance ne déteste pas ainsi la discussion.

Dès le seizième siècle l'auteur du Contre un déploie, au nom de la discussion, un étendard sur lequel il a écrit : Liberté !

La vraie liberté sera-t-elte ici? Non. Ce libéralismelà s'en tient aux surfaces. II voudrait mettre l'indépendance dans les lois, avant de la- mettre dans les cœurs.

Quelles libertés fondera-t-on, je vous le demande, avec la dissertation, avec la critique, avec des votes, avec des organisations, avec des théories sur les droits de rhumanité!

Or la Renaissance ne peut pas donner plus; elle ne saurait aller aU delà de ce qu'elle voit ; elle pose sa maison sur le sable : les édifices ainsi bâtis n'ont jamais tenu contre les torrents.

Un principe qui fait le vide; un principe qui, dans sa terreur des graves questions et du réveil de la conscience, aime mieux adopter les religions établies que de poursuivre énergiquement la recherche du vrai ; ce principe n'engendrera pas la vraie liberté.

ta vraie liberté vient de pieu ; elle s'appuie 3ur la

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foi en Dieu; elle résiste aux despotismes humain? parce qu'elle obéit à Dieu.

Rome et la Renaissance, ne l'oubliez pas, interrompent, chacune à sa manière, nos relations avec Dieu. Entre Dieu et nous, Tune met un prêtre, l'autre ouvre un abîme. — Concluez.

Au surplus, rien dinstructif aujourd'hui comme de jeter les yeux sur la carte et d'y retrouver les résultats qu'ont eus les trois éducations.

Comparez les peuples soumis à Rome : l'Espagne; ceux que la Renaissance a gouvernés : la France ; ceux qu'a créés la Réformation : l'Angleterre! Pour aller d'un extrême à l'autre, des Espagnols aux Anglais, passez par les nuances intermédiaires ; par TAUemagne protestante, où la Réforme ne s'est pas complétée; parla Belgique romaine, tiraillée entre Rome et la Renaissance, parfois entre la Renaissance et Ja Réformalion ! Voyez si chacune de ces teintes n'a pas son équivalent dans Tordre politique, si chacune d'elles ne correspond point au développement progressif de l'esprit libéral! J'entends celui des mœurs, encore plus que celui des institutions.

Soyez-en certains, si François P'^ s'est brusquement ('étourné de la Réforme, c'est que derrière elle il entrevoyait là liberté. Le réveil des esprits n'est rien, tant que le réveil des âmes ne s'y joint pas. La Rer.aissance, avec son cortège d'humanistes, d'artistes et de penseurs, n'avait rien de menaçant pour le pouvoir absolu. Elle ne pouvait manquer d'appuyer ces londances administratives et centralisatrices qui allaient doubler l'autorité du roi, qui allaient introduire

en Europe deux éléments nouveaux de servitude : les emprunts publics et le droit romain.

Tout cela rentrait dans l'esprit de la Renaissance, esprit plus égalitaire que libéral, dont les conceptions ne dépassaient guère ce plan : un souverain, protecteur des lettres et des arts; une religion nationale pour le peuple ; un gouvernement de légistes; une élite de libres penseurs; un absolutisme que les livres et la philosophie viendraient tempérer au besoin.

On me dira peut-être que la Réforme n*a pas fait mieux ; qu'en donnant les rois pour chefs aux Églises, elle a fatalement accru le pouvoir de la royauté; qu'elle a, de la sorte, ouvert le chemin au despotisme niveleur des temps modernes, à celui de Richelieu, de Louis XIV, de la Révolution!

Messieurs, distinguons entre les conséquences accidentelles de la Réforme, et ses résultats permanents. C'est parce qu'elle a quitté sa voie, que la Réforme, en plusieurs pays, s'est appuyée sur le protectorat des princes et des magistrats. L'esprit fondamental du mouvement n'a rien de commun avec de passagères déviations. Juger l'action politique de la Réforme par l'autorité momentanément attribuée à TÉlecteur de Saxe, au roi de Suède, au roi d'Angleterre, ce serait commettre, en fait d'histoire, un contre-sens grossier.

Cette autorité, d'ailleurs, surpassait-elle le pouvoir d'un roi de France ou d'un souverain d'Autriche? je me permets d'en douter.

Bien avant la Réforme,rœuvre de nivellement s'étau accomplie parla destruction de ce qu'il y avait de libre encore et de grand au moyen âge : la chevalerie, les communes, les ligues lombardes, les états généraux.

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nien avant la Réforme, raction spirituelle de TÉtat était pratiquée, et Louis XI, par décret royal, interdisait au nominaliame d'enseigner.

Qu'était-ce au bout du compte que l'Église gallicaoe, sinon l'intervention régulière de l'État dans les matières de foi, sinon la confusion systématique des deux domaines au pyrofit exclusif du temporel ? En fait de centralisation et de nivellement, les pays réformés n'allaient ni plus vite ni plus loin que les autres; la France donnait l'exemple, et l'Autriche, dans l'œuvre d'absorption qu'elle accomplissait en Bohême et en Hongrie, ne restait en arrière de qui que ce soit, bien s'en faut.

Non-seulement le moderne absolutisme ne s'est pas développé d'une manière plus rapide chez les peuples protestants, mais il a été arrêté là — et non ailleurs — par le principe contraire un moment engourdi, vite en éveil. Ce principe, qui tient à la Réarme parce qu'il tient à l'Évangile, n'était autre que l'individualisme, c'est-à-dire la liberté.

Tandis que Rome, sous Jules II et sous Léon X, entrant en marché avec les princes, abolissait la pragmatique et négociait le concordat ; tandis que papes et rois, transigeant de la sorte, sacrifiaient à la fois, dans un tripotage infâme, et la dignité du temporel et 1 indépendance du spirituel, un esprit bien différent se répandait sur la terre. Je ne parle pas ici de ces virils accents de liberté qui retentirent dan° V Appel à la noblesse allemande; je parle d'un esprit libéral Fans le savoir, qui, n*aspirant qu'à remuer les âmes, remua par cela même, jusque dans leurs bases profondes, mstitntions et sociétés.

OÙ disparaît l'idée du prêtre et du directeur, une émancipation s'opère, et si noble et si grande, que les siècles ne parviendront pas à en épuiser les résultats. Voici rappel aux Écritures, voici le salut par grâce, voici l'homme placé directement sous la main de Dieu; les fronts se relèvent, les regards cherchent le ciel; la foi, la vérité reparaissent ici-bas, «t les conversions individuelles jettent le gant aux conversions numériques des majorités.

Les représentants de la Renaissance — quelques exceptions réservées — aboutissent en général à la pratique du culte établi; même, avec Rousseau, à l'obligation légale de pratiquer le culte établi. Les représentants de la Réforme, préservés par la force dé leur principe contre les entraînements qu'ont subis les Réformateurs, aboutissent tous, nous le voyons, nous le verrons, à l'inviolabilité des consciences, à l'absolue délimitation des deux domaines. Que la Réforme suive son principe jusqu'au bout, jusqu'à l'Église; la séparation du temporel et du spirituel trouvera dans la distinction de l'Église et du monde sa meilleure garantie, sa plus solennelle consécration.

Réforme et liberté sont à ce point synonymes, que partout où la Réforme s'est levée, le despotisme a disparu. Qui aurait, sans elle, arrêté Charles-Quint? Vainqueur de Soliman, vainqueur de François P% maître du pape qu'il tenait bel et bien coffré, l'Empereur universel est venu se briser contre une poignée de Saxons. Pourquoi? parce que le jour où ces Saxonslà ont levé Tétendard, l'Empereur a rencontré devant lui autre chose que des soldats et des canons ; il à

rencontré une idée : l'idée de liberté qui devait enfanter le monde nouveau.

Quelle force inconnue et juvénile, pénétrant soudain les sociétés, est venue rendre irréalisable toute idée d'asservissement général? Quel pouvoir générateur a créé ces nations libres : la Hollande, TAngleterre de Guillaume III, pour tenir tète aux Louis XIV, et pour les châtier?

Qui donc a fait de Genève, au seizième siècle, un pouvoir viril avec lequel il fallait compter? Genève fut alors, on l'a dit : « la petite capitale d'une grande opinion. » Noble destin, Messieurs. .

J'aime à la voir apparaître quelquefois parmi nous, cette valeur morale qui défie les bataillons. Elle nous est salutaire à contempler, à nous, les douteurs, dont l'impatient scepticisme désespère des bonnes causes quand l'épée ne vient pas les soutenir.

Il y avait dans Genève bien des choses à reprendre. Le régime intérieur établi par Calvin semblait désavouer au dedans cette liberté même que Genève avait pour mission de propager au dehors. Mais encore ici, la Réforme était plus forte que le Réformateur; et ce qu'apportaient ces milliers de fugitifs, recueillis en frères ; ce qu'ils amenaient avec eux, leur seul bagage, ayant laissé maisons, terres, familles et biens pour l'amour de Jésus; c'était ce mince objet qu'on nomme: la conscience. La conscience ! c'est-à-dire la foi au vrai, c'est-à-dire la foi en Dieu, c'est-à-dire la liberté.

Liberté, et non pas Révolution.

L'esprit révolutionnaire, ennemi déclaré de l'esprit libéral, n'élit pas volontiers domicile dans les navs

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réformés. Il lui faut les temps obscurs et les despotes. Le moyen âge était en perpétuelle révolution. San chef, le chef spirituel de l'Europe, n'avait guère d'autre souci que de soulever les peuples et les délier de leur obéissance aux rois.

Avec la Réforme naît le respect des lois. La parole du Christ : « Rendez à César ce qui appartient à César I » reprend vigueur par le fait de celle-ci : « Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu ! » On les avait toutes les deux oubliées, et si longtemps, qu'à leur aspect le monde fut saisi de stupeur.

On nous oppose l'Angleterre et sa révolution! L'Angleterre ployée encore sous le despotisme du pontife-roi Henry VIII, troublée parle retour possible d'un régime absolu que personnifiaient les Stuarts, l'Angleterre a violemment brisé le joug. Elle a été révolutionnaire, je ne marchande pas le mot. Mais elle l'a été avec une mesure qu'on ne rencontre guère ailleurs : révolutionnaire sans confiscations ; révolutionnaire sans exécutions sanglantes*; révolutionnaire pour aboutir à la monarchie constitutionnelle de Guillaume III !

D'autres révolutions ont eu lieu dans d'autres contrées. D'autres peuples, élevés au giron de Rome, à l'école de la Renaissance, se sont soulevés. Demandez-leur ce qu'ils ont fait.

Bien plus, dans ces pays-là, Témeute est incessante; la révolution s'y lève, pour ainsi dire, tous les matins; le trouble n'est pas un mal accidentel, c'est l'état normal ; on n'en sort que pour y rentrer. Ces pays-là

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