‹ Luther et la réforme au XVIe siècleChapitre 7 sur 50 · EvangMe selon saint Jeaîi, ch. xviii, i · texte numérisé non relu

EvangMe selon saint Jeaîi, ch. xviii, i

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LUTHER A AUGSBOURO

Le mouvement grandissait, s'affirmait. On ne pouvait plus en sourire; il fallait aviser.

Léon X lut les thèses. Littérateur avant tout, Léon X sentit ce qu'elles avaient de grandeur : « Ce frère Martin — dit-il — est un beau génie ! »

L'Allemand ivre était bien loin !

Il écrivait au pape, ce petit moine allemand, il lui adressait des lettres empreintes d'une soumission sincère; mais la soumission des lettres n'empêchait pas la révolte des thèses, des livres, de l'enseignement tout entier.

Un bref papal manda Luther à Rome, avec ordre de le saisir et de l'amener sans délai.

Ici se montre pour la première fois un fait qu'il m'est doux d'enregistrer : la consciencieuse, la chevaleresque protection dont l'Électeur ne cessa d'entourer Luther.

Frédéric ne partageait pas, tant s'en faut, toutes les

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idées du moine Augustin ; Frédéric savait une seule chose : que cet homme était pieux, qu'il marchait avec intégrité, qu'il combattait d*odieuses pratiques, et que conduit à Rome, il était perdu.

L'Électeur s'entremit. Léon X se laissa fléchir. Renonçant à Rome, il désigna la ville d'Ausbourg, et Cajetan, son légat, pour y examiner Luther.

Un autre voyage entrepris au commencement de la même année, 1518, avait mené Luther à Heidelberg, où se trouvait convoquée l'assemblée générale des Augustins. Ses amis redoutaient pour lui quelque guet-apens. Luther ne s'arrêtait pas pour si peu. Au lieu d'ennemis, le pauvre moine, qui traversait à pied l'Allemagne, rencontra partout l'accueil qu'on réserve aux hommes importants. C'était l'évéque de Wurtzbourg, c'était le prince palatin Wolfgang, c'était la savante cité d'Heidelberg, tous empressés autour de lui. L'université d'Heidelberg se hâtait même d'ouvrir une discussion publique en son honneur ; là, entouré d'innombrables auditeurs dont quelques-uns s'appelaient Bucer, Schnep etBrenz, Luther établissait fortement l'autorité plénière de la révélation.

Le voyage d'Augsbourg ne pouvait pas ressembler à celui d'Heidelberg, de réels dangers y menaçaient le futur Réformateur. D'un mot, Thomas de Vio de Gaëte — Cajetan — cardinal-évéque de Palerme, légat du pape auprès de la diète d'Augsbourg, pouvait obtenir l'arrestation de Luther, et son renvoi par devant le tribunal romain.

L'Électeur savait cela. Il avait pris soin de recommander Luther au sénat de la ville d'Augsbourg. Le sénateur Langenmantel, parlant au nom de ses

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collègues, s'était chargé de protéger Luther. Celui-ci, rejetant encore une fois les avis d'amis pusillanimes, partit donc, au nom du Seigneur ^

— Us vous brûleront 1 -r- lui dit un moine, à Weimar.

— Si Dieu plaide ma caiise, elle est gagnée I — répondit Luther.

Il ne se dissimulait pas le péril : « Enseigne notre

chère jeunesse — - écrivait-il à Mélanchthoa -r- je

vais, si telle est la volonté de Dieu, m'immoler pour elle et pour vous. Car j'aime mieux mourir, je préfère, malgré las consolation» et les jouissances que j'y trouve, renoncer à votre société, que de rétracter les choses que j'ai enseignée^ en toutç vérité. *

Se rétracter, rien de moins, voilà ce qu'on demandait à Luther.

— Qu'est-ce qua eelal lui disait Urbain de Serrai Longa — il ne s'agit que de six lettres : RemcQ l

Luther trouva que ces six lettres coûtaient trop cher.

Un jour, les agents du légat pressaient plus forte-»^^ ment Luther. Impatientés de sa résistance, l'un d'eux s'écria : — Timagines-tu dpnc que l'Électeur va prendre les armes à cause de toi ?

— Nullement, et je ne le désire pas.

— Où donc te réfugieraa-tu?

— Sous le ciel UHi^é(9Ja/ rr- Messieurs, n'avez-vous pas tressaillit

1. a Je sortis de Wittemberg — écrit Lu là^r^ n'ayant pas une obole, et portant sur le corps un frop que j'avais emprunté du docteur Lincks. Je cheminai pédestrement jusqu'à trois lieues d'Augsbourg. Là je montai en yoitar»... je fus me loger au couvent des Augustins. »

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