‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 157 sur 283 · In Canl. Scrmo 19. Gi-dç.ssus, p · texte numérisé non relu

In Canl. Scrmo 19. Gi-dç.ssus, p

frères au désespoir par une rigueur indiscrète1.

Qu'enseignent ici les mystiques allemands et les autres docteurs de même nuance ? Henri Suso, très dur pour lui-même, convient néanmoins que si les « austérités corporelles produisent de très bons effets », c'est « à la condition qu'on les pratique avec modération », c'est-àdire avec discrétion 2. « Tu ne dois imposer d'austérités à ton corps qu'autant que sa faiblesse peut en supporter, de manière à mortifier en toi les vices, et à permettre à ton corps de vivre longtemps... Nos natures sont différentes : ce qui convient à l'un, ne convient pas à l'autre3 ». Suso se borne à appuyer sa doctrine de la mortification sur Cassien et sur saint Bernard. « En général, dit-il, une austérité prudente est de beaucoup préférable à une austérité irréfléchie. Mais parce qu'il est difficile de trouver le juste milieu, il vaut mieux rester un peu au-dessous que de viser trop haut. Il arrive souvent, en effet, qu'après avoir par trop mortifié la nature, il faille ensuite lui restituer beaucoup trop, et plus que le bon ordre ne le demande4 ».

Et Tauler, le théologien préféré de Luther, quelle est ici sa doctrine? « Sachez que, dans la mesure où on

i. Ibid., i, a, p. 70 : « Cavere debent praelati, ne sua indiscreta asperitate fratres in desperationem inducant. »

2. Liber epistolarum dans le Cod. theol. 67 de la Bibliothèque nationale de Stuttgart, fol. Slf. [Voir désormais K. Bihlmeyer, Heinrich Seuse Deutsche Schriften, 1907, p. 469, 25-A70]. Voir, dans le même sens, Denifle, Seuses Leben und Schriften,l, 617 : « La mortification du corps est d'un certain secours, quand elle n'est pas excessive. » [Thiriot, Œuvres mystiques du Bienheureux Henri Suso, Paris, 1899, II, 3 18].

3. Denifle, ouv. cité (1880), 157-158. [Thiriot, I, 170-171],

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