‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 185 sur 283 · Erl., 43. 3a8 (i53a · texte numérisé non relu

Erl., 43. 3a8 (i53a

5l6 SOLUTION DU PROBLÈME

grâce à la consolation du Christ, disait il en i54o, son Évangile ne m'avait délivré de ces macérations, je n'aurais pu vivre deux ans de plus, tant je me martyrisais et fuyais la colère de Dieu.,. Cependant nous n'aboutissions à rien * ». Deux pages après, et en étroite connexion avec la phrase ci-dessus, il nous raconte pour la première fois avec détail comment il arriva enfin à l'Evangile, et par l'Evangile au repos et à la paix de la conscience. Autrefois, nous dit-il, quand il était étudiant, on lui avait enseigné que l'Evangile nous révèle la colère de Dieu et sa justice qui punit. C'était en ce sens que jusqu'à lui tous les Docteurs avaient interprété le verset 17 du premier chapitre de l'Epître aux Romains. Quelle avait été pour Luther la conséquence de cet enseignement ? « Chaque fois que je lisais ces paroles, je désirais toujours que Dieu n'eût jamais révélé l'Evangile. Car qui pourrait aimer ce Dieu qui ne sait que se mettre en colère, juger et condamner? » Enfin et « grâce à l'illumination du Saint-Esprit », il en vint à cette consolante pensée que dans ce verset il n'était pas question de la justice de Dieu qui punit, « mais bien de la justice passive, par laquelle ce Dieu miséricordieux nous justifie par la foi. » « Alors l'Ecriture tout entière, le ciel même me furent dévoilés2 ». « Je me sentis complètement renaître,

1. Opp. exeg. lat., VII (i54o-i54i), 72. Voir ci-dessus, p. a44.

2. Ibid., p. 74; voir aussi Opp. var. arg., I, 22 (Prœfatio, i545). [C'était aux cabinets, en x5i8-i5ig„ que le Saint Esprit lui avait

envoyé cette illumination : « Haec vocabula Justus et Justifia in papatu fulmen mihi erant in conscientia et ad soluui auditum terrebant me. Sed cum semel in hac turri (in quo sécrétas locus erat monachorum) specularer de istis vocabulis Justus ex fide vivil

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écrit-il cinq ans plus tard, et entrer dans le ciel les portes grandes ouvertes... Ainsi ces paroles de saint Paul furent vraiment pour moi la porte du paradis1 ». Qui pourrait jamais croire que derrière cette assertion se cache un énorme mensonge? Ce n'est pourtant que la vérité : récemment, j'ai attiré l'attention sur un fait capital : depuis le quatrième siècle jusqu'à Luther, j'ai parcouru les commentaires, manuscrits et imprimés, de soixante écrivains de l'Eglise latine, afin de vérifier s'ils avaient véritablement compris et interprété le verset 17 du chapitre premier de l'Epître

etjustitiaDei, etc., obiterveniebat in mentem... justitiam Dei esse quse nos juslificaret et salvaret. Cette intuition m'a été donnée par l'Esprit Saint dans cette tour. » (Tagebuch iiber Dr Martin Luther gefuhrt von Dr Conrad Cordatus, 1537, herausgegeben von H. Wrampelmeyer (Halle, i885), n° 1671. — «Cette intuition m'a été donnée par l'Esprit-Saint dans ces latrines, dans cette tour ». (Luther habitait toujours son ancien couvent: il devait sans doute montrer le lieu du doigt). Note de Kummer dans Lauterbachs Tagebuch, Dresde, 1872, p. 81. — Voir aussi un article du DrN. Paulus dans la Kôlnische Volkszeitung, 2 juillet igo5, et Grisar, Luther, I, 3a3-324. Nous avons vu plus haut jusqu'où pouvait aller la candeur des interprétations de Wrampelmeyer (ci-dessus, p. 129, i52); ici, malgré la note de Kummer, qui devait l'éclairer, il veut que la tour avec les cabinets soit la papauté I Pourquoi ne pas en appeler à l'Ecriture Sainte : « Spiritus ubi vult spirat ! »

Kawerau estime que Luther avait trouvé cette doctrine avant i5i8-i5ig, avant même son Commentaire sur l'Epître aux Romains ! Pour l'endroit de l'illumination, il croit que Luther a désigné non les cabinets, mais un hypocaustum, et par cet hypocaustum il faudrait entendre une petite pièce chauffée qu'il avait à son usage outre sa cellule, et où il travaillait. (G. Kawerau, Luther in katholischer Beleuchtung. Glossen zu H. Grisars Luther, juin 191 1, p. 59 63). Les raisons que donne Kawerau sont plausibles. Toutefois, pourquoi le souvenir de cette illumination est-il presque toujours accompagné de la mention des latrines? (N. d. T.).

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