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3^6 LES PRIÈRES DE l/ÉGLlSE
L'Eglise connaît l'inconstance de nos cœurs et le besoin qu'ils ont de l'aide et de la direction divines1. Sans doute, notre sens propre voudrait toujours prendre les devants ; nous aurons l'occasion de voir combien, d'après ses aveux mêmes, Luther avait à s'en garantir, combien il en fait remarquer les dangers ; c'est ce qu'il fait encore consciencieusement dans son Commentaire sur VÉpître aux Romains. Ce n'est pas en vain qu'il entendait l'Église dire à Dieu : « Fais, Seigneur, que la vertu du don céleste possède nos âmes et nos corps, afin que ce ne soit jamais notre sens propre, mais l'efficacité de ce don qui prenne les devants en nous*. >> Et la semaine suivante : « Que ta grâce, Seigneur, nous prévienne et nous accompagne toujours, qu'elle nous rende sans cesse zélés pour les bonnes œuvres 3. » Tous les jours et parfois plusieurs fois par jour, Luther disait : « Nous t'en prions, Seigneur, préviens nos actions par ta grâce excitante et accompagne-les de ta grâce adjuvante, afin que toutes nos prières et tous nos actes aient leur commencement en toi, et qu'ils se terminent par toi, ainsi qu'ils ont corn-
i. Secrète du V dimanche après l'Epiphanie et du mercredi de la première semaine de Carême : a Nutantia corda tu dirigas ». Missel, fol. 18 et 38.
3. Postcommunion du XV dimanche après la Pentecôte. Missel, fol. i44 : « Ut non noster sensus in nobis, sed jugiter ejus (doni caBlestis operatio) preveniat effectus ».
3. XVI* dimanche après la Pentecôte. Missel, fol. ikk. — De même dans la secrète de la messe Pro serenitate : « Praeveniat nos, quaesumus Domine, gratia tua semper et subsequatur ». Ibid., fol. 335". Nous trouvons déjà cette oraison au ix* siècle : Auctarium Solesmense, Séries liturgica, I, p. i56.
mencé1 ». Par là, l'Église veut dire que Dieu doit prévenir notre volonté 2.
C'est notre volonté propre qui résiste à la loi de Dieu, comme Luther le répète à maintes reprises dans son Explication des Psaumes et plus explicitement encore dans son Commentaire sur VÉpître aux Romains. De là cette prière de l'Église : a Daigne pousser vers toi nos volontés même rebelles 3 », absolument comme si Dieu devait faire un effort pour attirer à lui nos volontés. (.(Lève-toi, 6 Christ, et viens à notre aide », * c'est-à-dire, ainsi que le demande l'Église au début de l'année liturgique, à partir du premier dimanche de l'Avent : « Réveille nos cœurs, afin que nous préparions la voie de ton Fils unique », « Réveille, Seigneur, ta puissance et viens ; secoure-nous par ta grande force 5. » Et pour le dernier dimanche de l'année liturgique, elle n'a pas trouvé non plus de prière plus appropriée que