‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 229 sur 283 · LA GRACE ET LE PÉCHÉ COEXISTENT 4<>I · texte numérisé non relu

LA GRACE ET LE PÉCHÉ COEXISTENT 4<>I

Par là, Luther entend que la concupiscence n'est autre chose que le péché originel : selon lui. ni elle ni ce péché ne sont détruits [parla grâce], et la justification ne fait que commencer cette destruction. La phrase que nous venons de citer fait suite à un passage où il expose4 « que toutes les vertus coexistent

i. Weim., IV, 664 : « Charitas incipiens et timor magnus servilis simul stant, decrcscit autem timor, quantum accrescit charitas. Nam sic est de omnibus virtutibus, quod simul sunt cum suo vitio contrario, donec illo expugnato solae régnent : ita timor Dei castus et non castus simul sunt in eodem, qui nondum est perfectus. Sic enim spes stat cum trepidatione, fides cum vacillatione, maxime in tentatione, patientia cum clamore, mititas cum ira, caslitas cum libidine, humilitas cum sui placentia, obedientia cum murmure, liberalitas cum avaritia, sapientia cum stultitia, fortitudo cum timiditate, timor sanctus cum timoré servili, gratiaque cum peccato. Nam et in mutationibus naturalibusita fit, ut calidum cum frigido, album cum nigro, divitiae cum paupertate, sanum cum acgro concordent, et solum eo altero dicitur talé, quia in profectu est ad aliud, ideo vocatur taie, quia fit taie aversum ab uno, conversum ad aliud. Sic justus vocatur, non quia est, sed quia fit, secundum illud : « Justus justificetur adhuc ». Nam omnis motus est partim in termino ad quem, sicut œger sananduS est in aegritudine recedendo, sed in sanitate accedendo. Sic justus semper est in peccato pede sinistro et vetere homine, et in gratia pede dextro i. e. novo homine. Ita quoque et in timoré inferni servili et in timoré Dei sancto simul... Et iterum : « Creditis in Deum et in me crédite ». Denique dixerunt : « Adauge nobis fidem », augmentum scilicet cœptae fidei petentes. Ego autem optimus theologus tum philosophus de instantanea infusione gratiae et expulsione peccati intellexi dicta, scilicet quod totum peccatum simul prorsus expelleretur totaque simul gratia infunderetur, ut etiam nonnulli metaphysicantes potius quam theologicantes dicunt, gratiam secundum essentiam suam totam infundi. Nihil de sensu di-puto; verba sunt pessime sonantia : sic enim sapere, hoc, quid est aliud, quam desperationem incurrcre cl info-licem conscicntiam inquietare? Sic enim et ego prope de Deo et qmcqoid ipse est et habet desperavi ».

dans le même sujet avec les vices * contraires, jusqu'à ce que ceux-ci étant complètement détruits, les vertus seules régnent », ce qui n'arrive qu'après la mort, comme il le répète plusieurs fois à cette même époque. « Ainsi coexistent dans le même sujet la chaste crainte de Dieu avec la crainte impure, l'espérance avec l'anxiété, la foi avec les oscillations, surtout dans les tentations, la patience avec l'emportement, la douceur avec la colère, la chasteté avec la volupté, l'humilité avec l'orgueil, l'obéissance avec le murmure, la libéralité avec l'avarice, la sagesse avec la déraison, la force avec la pusillanimité, la sainte crainte avec la crainte servile, la grâce enfin avec le péché ». Gomme terme de comparaison il prend les changements qui s'opèrent dans la nature où il arrive pareillement « que le chaud coexiste avec le froid, le blanc avec le noir...2 » Ici, Luther, qui au même endroit se donne comme « un très grand théologien et philosophe » a simplement confondu la puissance et l'acte 3. Cet exposé se termine par la phrase qu'on vient de lire, sur l'expulsion du péché et l'infusion de la grâce.

Que prouvent ces passages? Uniquement, le triste état d'âme de Luther, ses défaites répétées sous les assauts de certaines passions 4. L'habitude de céder, de

i. Dans le sens propre du mot.

a. Voir la suite de rénumération dans la note ci-dessus p. 4oi n. i.

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