‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 267 sur 283 · OPINIONS SÉVÈRES · texte numérisé non relu

OPINIONS SÉVÈRES

famille chrétienne. Cette vue explicite de la nature de la concupiscence semble, il est vrai, n'apparaître dans l'Eglise qu'au xie siècle ; mais l'opinion elle-même qu'en soi l'acte du mariage n'a rien de coupable, peut sans aucun doute se réclamer de saint Augustin : « Dans l'acte du mariage accompli pour fonder une famille, dit-il, il n'y a pas de péché » 4.

Toutefois, même avec cette idée que de soi l'acte du mariage n'était pas mauvais, il y a eu dans l'Eglise deux tendances différentes.

Pour les uns, si dans cet acte Ton n'a pas d'abord en vue les enfants 2, si surtout on le pose alors qu'il ne peut être utile à la fondation de la famille 3, alors disentils, il y a là une déformation, légère sans doute, mais réelle : tandis que la fin de l'œuvre est la procréation des enfants, la fin de l'agent est avant tout ou même uniquement la satisfaction de la concupiscence.

C'était là, dit-on, l'opinion la plus répandue jusqu'à la fin du xvr siècle 4 ; on la trouve notamment dans Estius 5. Elle se réclame de saint Augustin.

i. «Conjugalis concubitus generandi gratia non habet culpam.» Aug. De bono conjugali, cap. 6 ; Migne, Patr. Lat., t. XXXX,c. 577. Voir aussi t. XLIV-XLV, c. £21. (De nuptiis et Concup., lib. I. cap. XI); t. XLIV-XLV, c. 816 (Contra Julianum, lib. V, cap. XVI),

a. Si finis operis n'est pas explicitement finis operantis.

3. Tempore praegnationis mulieris, cum mulicre sterili aut «etatis provectae.

£.SanctiBonaventurœ Opéra, éd. de Quaracchi, t. IV, 1889. p. 724.

5 Declarans igitur se ipsum, Paulus affirmât se ea (les v. 2 et 5 de la 1" épUre aux Corinthiens, ch VII) dixisse non ex praecepto, sed ex permissione et indulgentia quadam, qua nimirum soient minora quarxlam mala concedi ad avertenda majora. Quocirca recte B. Auguslinus et alii Patres ex hoc loco colligunt ac docere non dubitant, concubitum conjugalem, quando fit per inconti-

4G6 l'église et le mariage

Ces anciens théologiens avaient du reste bien soin d'ajouter : « A cause du but de l'acte, qui est bon, Dieu est indulgent pour la recherche de jouissance chez ceux qui le posent ». Pour eux, la déformation venue de cette préoccupation explicite ou môme unique de satisfaire la concupiscence n'était que vénielle.

Parmi les causes de cette opinion, il y avait sans doute un enthousiasme de néophytes, la réaction contre la corruption païenne, la tendance de saint Augustin au pessimisme, un manque de précision dans la science théologique à ses débuts. Aussi, aujourd'hui, l'opinion la plus commune est que, même si l'acte conjugal est accompli unius voluptatis causa, il ne comporte aucun péché i. Les partisans de cette opinion raisonnent à peu près ainsi: de soi, on l'a déjà vu2, la concupiscence n'est pas mauvaise ; c'est l'attrait qu'une force douée d'une vie sensible ressent à atteindre son but. Or, dès lors que le but est convenable, et qu'en se développant,

nentiam, semper esse peccatum, etiamsi vitandae fornicationis causa fiât ; tune autem solum culpa carere, quando non expetitur, nisi sobolis procreandas gratia. » Guil. Estius (Van Est), Arbsolutissima in omnes beatiPauli... epUtolas Commentaria (Parisiis, 1679, in-fol. II, 25o(sur I Cor. VII. 6). — Même opinion dans In quartum -Ubrum Sententiarum, dist. 3i, S 7 (Duaci, 1616, p. 122-

1. Saint Alphonse de Ligori dit que cette opinion est « nec minus communis, nec minus probabilis. » Theol. moralis, lib. VI, tr. 6, c. 2, n" 882 ; voir aussi n° 924 ; Edition de Turin, 1887, t. VI, p. 65o, 678. — Pour cette opinion. Estius cite au Moyen Age et au xvi' siècle : « Altisiodorensis, Durandus, Paludanus, Capreolus, Cajetanus, Sylvester, Joannis Majoris, Joannes Eckius, Fredcricus Nausea et Dominicus Soto ». In quartam Ubrum Sententiarum Commentaria, dist. 3i, S 7; Duaci, 1616, in-fol., p. 122.

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