‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 268 sur 283 · Ci-dessus p · texte numérisé non relu

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opinion plus douce 467

en agissant, cette force ne l'écarté pas, qu'au contraire elle y tend d'une manière normale, elle a le droit de ne pas y penser explicitement ; il suffit que dans l'acte ce but soit implicitement contenu. Ainsi, si nous sommes obligés d'aller du Havre à New- York, il nous suffît de prendre ^le bateau et nous aurons satisfait à notre obligation ; peu importe, du reste, que pendant tout le parcours nous n'y pensions plus, mais que nous nous laissions constamment distraire par la vue des côtes, du ciel et des flots.

Ce raisonnement, disent-ils, vaut même pour les cas où, par ailleurs, l'on sait que l'acte ne pourra pas avoir son effet connaturel, la fondation de la famille : dès lors que les époux le posent normalement, ils n'ont pas à se préoccuper de scruter quelles en seront les suiles.

Toutes ces théories catholiques sont donc dominées par le principe qu'avant tout le mariage a un but social, qu'il est fait pour la famille.

Les idées de Luther sur le mariage sont-elles identiques aux théories pessimistes ou sévères que nous venons de rencontrer chez certains théologiens catholiques ?

D'abord, à supposer qu'il en fût ainsi, il resterait toujours que parmi les vues catholiques sur le mariage ce serait la plus sombre à laquelle il se serait arrêté. Dès lors, il ne serait pas autorisé à se vanter d'avoir remis le mariage chrétien sur un piédestal.

Mais, en réalité, là comme souvent ailleurs, il est allé aux extrêmes, et il a dépassé les opinions les plus gévères des écrivains catholiques.

468 l'église et le mariage

C'est sur le but du mariage qu'il faut sans doute chercher la différence fondamentale entre ses idées et celles de ces écrivains. Avant tout, Luther a vu les effets du mariage pour l'individu; je veux dire pour chacun des deux époux. Il ne considère guère le mariage qu'en fonction de la femme et surtout de l'homme. Sans doute, il est loin d'en nier expressément le but social, la fin spécifique, qui est de fonder une famille. Il a de belles pages où il le célèbre comme une institution de Dieu, où il parle de l'éducation à donner aux enfants selon la loi de Jésus-Christ; il en a de belles aussi où il parle de la douce société des époux chrétiens.

Toutefois, ce ne sont pas ces idées qui le préoccupent, qu'il a en vue dès l'abord. Ce qui l'obsède, c'est le côté individuel du mariage : pour la femme et surtout pour l'homme, le mariage est un moyen de satisfaire les tendances de leur nature, et les tendances qu'il a en vue avant tout ce sont les tendances physiogiques ; le mariage est un remède donné par Dieu pour céder honnêtement à la concupiscence1.

Or, pour lui, la concupiscence est radicalement mauvaise. De là, la conclusion que de soi le mariage est irrémédiablement mauvais ; de là cette tendance à mettre sur le même pied l'acte du mariage et l'acte de

i. Sur un point aussi important, j'aurais eu peur de mal présenter la doctrine de Luther. C'est pourquoi la page qu'on vient de lire est presque traduite de Boehmer, Luther im Lichte der neueren Forschung ; a" éd., Leipzig, iqio, p. i64. — Je l'ai publiée une première fois dans mon article sur l'Etat religieux et le mariage d'après Luther, dans la Revue du Clergé français, 191 1, p. 4oi-/joa.

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