LE MÉPRIS POUR LA FEMME
au mariage ou à la prostitution* ; » c'est au moment où il ne vit plus que la noble voie de la virginité « avait ouvert à la femme de grands horizons, favorisant chez elle le perfectionnement religieux et l'exercice de la charité, sans qu'elle eût à attendre le bon plaisir de l'homme2 ». A cette époque, sans doute (i5a5), Luther loue encore la virginité comme un « don rare et précieux»; mais nous lui avons déjà entendu dire que ce don, personne ne le possédait3. Le moment où a com-
Pourquoi n'est-ce pas la considération du bien de la femme et des enfants, la considération du bien de la famille qui a influencé sa bonté? Parce que la seule idée d'imposeràun homme une obligation quelconque au sujet de la continence lui inspirait de l'effroi. Ses idées et déclarations sur la polygamie sont opposées à l'Evangile et à saint Paul ; mais par contre elles sont absolument conformes aux préoccupations et aux théories de toute sa vie de Réformateur.
Ainsi, il n'est pas exagéré d'affirmer que cette erreur pèse sur lui d'un poids formidable. Il se présente pour restaurer dans son intégrale beauté la doctrine de J. C. Or la permission qu'il accorda au landgrave de Hesse est en opposition avec cette doctrine. Et tant dans l'ordre de la logique que dans celui des faits, elle est la conclusion de toutes ses oeuvres et de tous ses actes sur la chasteté, le célibat et le mariage ; la quintessence de toute sa doctrine sur la concupiscence et la justification par la foi.
En Allemagne on ne cesse d'écrire sur la bigamie de Philippe de Hesse. Voir le tout récent article de N. Paulus dans les Historisch-politische Blatter, 1" avril 191 1, etc. : Die Hessische Doppelehe im Urteile der protestantischen Zeitgenossen.
1. Weim., XII, g4 (i5a3). Voir tout le passage ci-dessus, t. I, p. 200, dans les conseils de Luther aux religieuses.
2. Mausbach, Die katholische Moral, ihre Methoden, Grundsâtze und Aufgaben, Kôln, 1901, p. i3i.
3. Voir, ci-dessus, 1, p. 169. Après 1537, du reste, il se reprend à dire qu'on en trouverait « beaucoup qui possèdent ce don ». Erl., 44, i48(i537-i54o).
Io8 CONSÉQUENCES DES PRINCIPES DE LUTHER
mencé le mépris pour la femme, c'est lorsque Luther et les siens se sont mis à rabaisser celle qui est bénie entre toutes les femmes, la vierge-mère, et qu'à la vierge comme à la femme, ils ont ainsi enlevé leur plus beau modèle ; c'est lorsque à la femme, ce « sot animal1», le «Réformateur» n'a laissé que le rôle d'un instrument pour satisfaire les passions de l'homme : « Quiconque se sent un homme doit prendre une femme et ne pas tenter Dieu. Si les filles ont leur c. n, c'est pour offrir aux hommes un remède contre les pollutions et les adultères 2 » . « Tant qu'il y aura des jeunes filles et des femmes, on pourra remédier aux élancements de la chair et aux tentations 3 ». L'homme lui-même ne peut pas estimer un être dans lequel il ne voit qu'un instrument à l'usage de ses plaisirs sensuels. Et c'est là ce que, dans les années qui suivirent son apostasie, Luther a fait de la femme, alors qu'il était en guerre contre la virginité et le célibat.
Le moment où a commencé le mépris pour la femme, c'est lorsque Luther fut assez brutal et grossier pour la mettre au rang d'une vache reproductrice : « Si les femmes se fatiguent et meurent à force de produire, il n'y a pas là de mal ; qu'elles meurent pourvu qu'elles produisent: elles sont faites pour cela. Il vaut mieux vivre peu et bien portant que longtemps et
i. Weim,, XV, Aao (i5a4).
a. Lautbrbacbs Tagebuch, à Tannés i538 ; «d. Stidemann, p. iox.
3. Analecta Lutherana et Melanthoniana, éd. G. Lôsche (Gotha, 1892), p. 73. Inséré aussi par Melanchthon dans leCorp. Ref.,XX, 567, n. 170 : « Tant qu'on aura à sa disposition des jeunes filles •t des femmes, on pourra se garantir de la tentation ».