‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 57 sur 283 · LE MÉPRIS POUR LA FEMME IO · texte numérisé non relu

LE MÉPRIS POUR LA FEMME IO

malade ». Les médecins nous disent que « si l'on fait violence à la nature, les corps deviennent maladifs, faibles, flasques et de mauvaise odeur »l. La femme commença à baisser, lorsque par ses paroles et par ses écrits, par sa description du corps humain, des rapports conjugaux, des jouissances de la passion satisfaite, lorsque par un enseignement qui appelait au mariage religieuses et jeunes filles au nom d'un commandement et d'une disposition de Dieu, Luther excita ces religieuses et ces jeunes filles à désirer des plaisirs dontjusque-là plusieurs ignoraient jusqu'à l'existence2, Pudeur féminine, mœurs honnêtes s'en allèrent à vaul'eau.

Luther lui-même, mais trop tard, dut avouer cette décadence, tout en se refusant du reste à s'en reconnaître l'auteur. Il appelle sa Wittenberg une « Sodome », et il conseille à sa Bora de s'en enfuir : « les femmes et les jeunes filles se mettent à s'y décolleter par devant et par derrière ; il n'y a personne pour les condamner ou pour les empêcher ; et la parole de Dieu

1. Erl., ao, 84. Weim, X, P. II, p. 3oi, i3 (Sermon sur le Mariage, i522); mon opuscule déjà cité, ch. 11, S À, V. (éd. allemande, p. 83-84).

2. Voir ci-dessus, I, p. 198-300, et p. 37-28. Il disait en 1522 : « Maintenant voici un côté de nos maux. Des jeunes filles qui sont dans les cloîtres, c'est le plus grand nombre qui sont en parfaite santé et que Dieu a faites pour se marier et pour avoir des enfants ; il ne leur est pal possible de rester de bon gré dans leur état, car la chasteté est une grâce au-dessus de la nature, même si elle [la nature] était pure... Si tu avais une fille ou une amie dans cette situation, et que tu fusses vraiment pieux et convenable, tu devrais l'aider à en sortir, te fallût-il y employer tous tes biens, ton corps et ta vie ». Erl., a8, iq8.

est tournée en dérision * ». Et partout dans le monde luthérien s'accentuait l'abaissement du sexe féminin. « Parmi vos femmes et vos jeunes filles, écrit-il, il y en a peu qui s'arrêtent à penser que l'on peut à la fois être gaie et convenable. Leur langage est aussi grossier et effronté que leur tenue est mauvaise et immodeste; c'est aujourd'hui ce qui s'appelle être de bonne humeur. Il est vraiment pénible de voir les jeunes filles si inconvenantes dans leurs paroles et dans leur tenue ; elles jurent comme des lansquenets, sans parler des propos honteux, des proverbes bas et scandaleux qu'elles entendent et apprennent les unes des autres2. » « Il n'y a qu'un cri, et il n'est malheureusement que trop fondé; c'est que la jeunesse est maintenant extrêmement désordonnée et dissolue, et qu'elle ne veut plus se laisser guider3 ». Mais à qui la faute et pourquoi les jeunes filles surtout ont-elles si peu de retenue? « C'est parce qu'au foyer domestique

i. De Wette, V, 753 (i5/i5). En i53i il se lamentait sur les prostituées et les débauchés, les violateurs de femmes et de jeune» filles, les blasphémateurs, les joueurs et la crapule que l'on trouvait à Wittenberg. Erl., 18, ig3. En i5o8, scheurl disait encore de Wittenberg, par hyperbole assurément : « D'une ville d'ivrognes l'Université en a fait une ville sobre ; d'une ville profane, une ville sainte ». Sous Luther elle devint pire que jamais. Et pourtant on vient no\is dire « qu'avec la faim et la soif du Dieu vivant, il avait apporté les aspirations ardentes de son cœur vers la paix de l'âme ! » Ha.ussleiter, dans Die Universitât Wittenberg vor dem Eintritt Luthers (igo3), p. U 8-/1 9. Voir mon opuscule Luther pour le rationaliste et pour le catholique, ch. 11, S 4, 111 (éd. allemande, p. 72-73).

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