‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 58 sur 283 · Erl., 6, 4oi (i53a · texte numérisé non relu

Erl., 6, 4oi (i53a

3. Ed., lik, 67 (i537-i54o). On trouve encore plus de détails à ce sujet dans Erl.; i5,457-458î

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leurs mères leur donnent des exemples du même genre1 ». La pudeur, dit Luther, est en train de disparaître chez les femmes, « parce que selon les mères agissent les enfants, et que les servantes prennent modèle sur leurs maîtresses ». C'est très exact, et selon le Réformateur aussi agissaient les réformés, et parmi ces réformés, les mères de famille et les maîtresses de maison. Qui donc à l'époque a surpassé les grossièretés, les vulgarités, les obscénités, les outrages, les injures, les insolences et les accès de fureur dont Luther donnait l'exemple au monde et à ses partisans? Il en est arrivé à se lamenter qu'autour de lui aucune classe de la société n'eût plus ni mœurs, ni pudeur ; mais c'était à lui qu'il devait s'en prendre : c'était lui qui avait dépravé les siens. Les mauvais exemples corrompent les bonnes mœurs, et le mal est pire, quand une mauvaise doctrine s'y ajoute.

C'est par les témoins les plus dignes de foi que nous savons la décadence des jeunes gens et des jeunes filles d'alors. Qu'il nous suffise d'en citer quelques-uns : « A. peine sortis du berceau, écrit Jean Brenz en i53a, les jeunes gens veulent aussitôt avoir des femmes ; et des petites filles qui ont beau temps à attendre pour être nubiles, passent leur temps à rêver aux hommes2». Waldner écrit : « En fait de polissonnerie (c'est-à-dire de mauvaises mœurs), une jeune fille ou un garçon de dix ans en savent plus aujourd'hui qu'autrefois les

ï. Ed., 6, 4oi (i53a).

2. Homilix XXII sub incursionem Turcarum in Germaniam, ad populurn dictse. Vilebergx, i53a, la page avant le folio D. — Avec une préface de Luther.

vieillards de soixante1 ». Le premier des théologiens danois, Nicolas Hemming, déclare en i562 : « Au temps passé, la modestie était le plus précieux trésor des jeunes filles; aujourd'hui, leur habillement et leur tenue trahissent une absence totale de pudeur2 ». Et « quand les désirs impurs les ont fait tomber, ou qu'elles s'adonnent à l'inconduite, elles poussent l'impudence jusqu'à soutenir, en se réclamant de l'enseignement de Luther, qu'il est impossible de vivre dans la chasteté et la continence, et que de satisfaire ses passions est aussi nécessaire que de boire et de manger 2 ». « Les jeunes l'apprennent des vieux, écrit Carcerius en i554; ainsi une impudicité en produit une autre, et en fait de choses déshonnêtes, la jeunesse imberbe est plus avertie que ne l'étaient les vieillards d'autrefois. Y a*t-il un vice qui fasse plus de progrès (que la luxure)4?» « Tous, nous gémissons et nous nous lamentons », écrit en i56i Musculus, surintendant général de la Marche, « de ce que depuis que le monde existe, la jeunesse n'a jamais été plus scandaleuse et plus dépravée qu'aujourd'hui ; je ne crois pas qu'elle puisse descendre plus bas». «Ce sont, dit-il, des enfants mal élevés, enfoncés dans la perversité et dans le vice5».

i. Bericht etlicher Stilcke denjùngsten Tag betreffend (Regensburg, i565), fol. E iiij.

a. Dans Dôllinger, Die Reformation, II, p. 67/i.

3. Voir Czecanovius (Staphylus), De corruptis moribus utriusque partis, après le folio F iij ; [autre édition s. 1. e. a, (in-8°), p. 54].

l\. Von einer Disziplin, dadurch Zucht, Tugend und Ehrbarkeit miigen gepflanzt werden... (Eisleben, i555), fol. 39".

6. Von des Teufels Tyrannei, édité dans Theatrum diabolorT^n Frankfurt, 1575), foL iS?*.

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[Dans tous ces excès, Kolde voudra voir sans doute «un héritage du catholicisme4]. Mais alors, il devrait bien me dire comment sa théorie s'accorde avec les paroles des adeptes de Luther, et de Luther lui-même, eux qui faisaient précisément concorder avec l'apparition du « pur Evangile » la complète dépravation du monde féminin et, d'une manière générale, la corruption des deux sexes. S'il menait ses recherches sans parti pris et sans préjugés, il arriverait à cette conclusion que ce n'est guère que la lie et les déchets de l'Eglise du moyen âge qui ont fourni des adeptes à la doctrine de Luther, et que le mouvement luthérien a été la consommation d'une décadence 3.

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