Lehrbuch der Dogmengesch., 3* éd., III
2. Erl., 3i, p. 278-279. C'est la Brève réponse au dernier livre du duc Georges (i533).
3. Il mourut le 9 septembre i532. Voir Paulus, Der Augustiner Bartholomaus Arnoldi von Usingen, p. ia5.
coreligionnaires apostats en disaient là-dessus encore plus que lui. Du reste, c'est lui-même qui nous dit que cet usage n'existait pas chez les augustins d'Erfurt, puisqu'il nous apprend que la doctrine du « second baptême » y était même inconnue. Nous avons vu plus haut son récit sur une visite que lui et d'autres jeunes moines avaient faite à Arnstadt, et sur ce que leur aurait dit le franciscain Kùhne : « En entendant dire sur notre sainte moinerie des choses si consolantes, ajoute Luther, nous autres jeunes moines nous étions là bouche bée, nous ouvrions de grands yeux et nous buvions ces paroles *. Et cette idée était partout répandue chez les moines ». Et, tout au contraire, Luther et ses confrères n'en savaient donc rien auparavant.
Naturellement, comme nous le verrons au chapitre suivant, Luther donne au « baptême monastique » un sens tout différent de celui qu'il avait en réalité. Du don intime et total de soi à Dieu, qui était pourtant exigé, il ne fait pas la moindre mention ; il laisse le lecteur dans cette idée erronée que pour obtenir les effets de ce « baptême », il suffît d'embrasser l'état religieux, de faire profession : il s'agirait uniquement d'un acte extérieur : « [Pour le catholique], dit-il, l'état de perfection, c'est d'avoir un froc et une tonsure 2 ». Ainsi donc, il n'y a pas lieu de parler du don de soi à Dieu.
i . Wir schmatzten. Mot qui n'a pas son équivalent en français : faire du bruit en mangeant avec sa langue et ses lèvres, parce que l'on trouve du goût à la nourriture : nous nous léchions les babines. (N. d. T.)
a. Erl., 7, 334.
URSULE DE MUNSTERBERG ET SA SORTIE DU COUVENT l3
C'est ce que prouvent aussi les anecdotes que Luther apporte à l'appui de ses dires. Mais ses sources sont fort suspectes : il les a en partie fabriquées lai-même. Ainsi, il accompagna d'un écrit approbatif la lettre où la duchesse Ursule de Mùnsterberg relate sa fuite du couvent de Friedberg, avec deux autres religieuses. Dans cette lettre, la duchesse dit : « Nous avons cru que par notre entrée dans l'ordre nous étions libérées de la faute et de la peine, et que c'était là un autre baptême. Et chaque fois que dans notre cœur nous renouvellerions l'intention d'entrer en religion, en nous disant que si nous ne l'avions pas fait déjà, nous voudrions encore le faire, nous pensions que nous devions obtenir la rémission de tous nos péchés. Voilà ce qu'on nous prêchait publiquement du haut de la chaire. N'est-ce pas là une impiété, et la destruction de la vérité divine1 ? » Voilà qui est du pur Luther. Mais ne serait-ce pas Luther lui-même qui aurait fait la lettre ? Ursule, il est vrai, nous dit qu'elle l'a « écrite sans conseil ni aide quelconque2 »; mais pourquoi cette remarque, si elle n'eût craint que l'on ne découvrît le véritable auteur, et qu'au style et au contenu de la lettre l'on ne reconnût le style et l'œuvre de Luther ? Or, toute cette habileté ne parvient cependant pas à masquer le subterfuge : pour qui connaît quelque peu « la manière » de Luther, il est évident que c'est lui qui a dicté la lettre. En l'antidatant (comme il avait déjà fait en i5ao pour la lettre à
i. £rl., 65, 139(1028).
a. Ibid., p. i63.
l4 SENS DU « BAPTEME MONASTIQUE »
Léon X1), en la datant d'une époque ou Ursule était encore au couvent, elle et Luther n'ont fait que se trahir eux-mêmes. La fuite eut lieu en octobre i5a8 et la lettre, qui pourtant fut écrite ensuite, est datée du 28 avril de cette année-là ! Comme il ressort d'une réplique des Sœurs de ce couvent (18 février iôag2), cette duchesse était vraiment digne de son maître.
Mais ce n'est pas seulement une femme qui devait servir ici de témoin à Luther, c'est encore un homme, un dominicain maître en théologie, le provincial Hermann Rab 3. Luther publia de lui un sermon qu'à l'oc-