‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 66 sur 283 · LUTHER ET LES FEMMES · texte numérisé non relu

LUTHER ET LES FEMMES

gieuses défroquées et sans retenue * ; pour rester pur en un tel milieu, il lui aurait fallu être un ange. Pour peu que l'on connaisse la nature humaine et qu'on veuille se rappeler que d'ordinaire c'est par le péché d'impureté que Dieu punit l'orgueil, on ne le prendra pas de si haut quand on entendra émettre des doutes sur la pureté irréprochable des mœurs de Luther ayant son mariage. Sans doute, je suis loin d'ajouter foi sans restriction à tout ce qu'avance Simon Lemnius quand, dans sa satire contre Luther, il représente sa femme Catherine, celle de Justus Jonas et celle de Spalatin se surpassant l'une l'autre en confidences et en propos risqués, quand il nous montre Catherine à qui, au moment de son mariage, Luther aurait voulu échapper, faisant au « Réformateur » les plus amères reproches sur son infidélité, et finalement l'entraînant avec elle2. Mais enfin, il restera toujours curieux que lettres de Mélanchthon et de Joachim, satire de Simon Lemnius, tous ces documents s'accordent pour parler de religieuses causant dans la vie de Luther quelque chose de malencontreux. Evidemment, de mauvais bruits couraient sur son compte et il ne

i. Du reste, il n'est pas nécessaire d'en conclure qu'il a dû habiter avec elles sous le même toit. Au t. I, p. 189, nous avons entendu Eobaî* Hesse nous dire de ces religieuses : « IS'ulla Phyllis nonnisest nostris mnmmmor. » [A leur arrivée à Witenberg, ce fut bien dans le couvent des Augustins, laisse à Luther par l'électeur de Saxe, que ces religieuses habitèrent, mais elles y restèrent peu de temps. Grisar, I, kko.)

2. Monachopornomachia (exemplaire dans la bibl. municipale de Maycnce). Cf. Hôkler, dans les Sitzungsberichte der K. bohmischen Gesellschaft der Wissenschaften, 1892, p. 110*111.

crut pouvoir les repousser qu'en se mariant à l'improviste*.

Sarcerius trouve la raison principale des innombrables fornications et adultères de son temps en ce

i. Sans y apporter d'arrière-pensée, je rappelle simplement que le mariage de Luther se fit en toute hâte (Enders, V, 201). « A cause des mauvaises langues, il s'unit en hâte à Catherine Bora » (ibid., p. ig5, de Wette, III, 2). Il a fermé la bouche à ceux qui lui faisaient une mauvaise réputation à cause de Catherine Bora (V, p. 197). Les siens eux aussi avaient de mauvaises idées (p.5199). A l'improviste et d'une manière merveilleuse (subito, mire) le Seigneur l'avait jeté dans le « mariage» (p. 201)! N'est-il pas remarquable que cette «merveille)) se reproduisait aussi chez les siens ? Le franciscain apostat Eberlin de Gùnzbourg dit qu'il avait remarqué comment le diable s'était ingénié en tous lieux « à déchaîner sur lui la malignité et les mauvais soupçons, à le calomnier» etc. Lui aussi, il sut fermer la bouche de ses calomniateurs : il se « maria ». Joh. Eberlin von Gùnzblrg Sdmtliche Schriften herausgeg: von L. Enders, III, i65. Cf. M. Radlkofer, Johann Eberlin von Gûnzburg (Nôrdlingen, 1887), p. i5o. Du reste, je ne voudrais pas mettre ces deux réformateurs sur le rang du « Réformateur du Wurtemberg», Erard Schnepf ; comme Zwingle, il se maria à l'improviste et lui aussi d'une manière absolument merveilleuse, parce que, sans doute à cause d'un mauvais sort, s'annonçait trop vite la naissance d'un enfant qu'allait lui donner sa concubine Marguerite Wurzelmann. Cf. Frohnha.ùser, Geschichte der Fteischstadt Wimpfen, Darmstadt, 1870, p. i54. Ce parallèle avec Luther serait injurieux, car dans le bruit qui courut que quatorze jours après son « mariage » avec Luther, Catherine Bora avait eu un enfant, il ne faut voir évidemment qu'un bavardage. Erasme lui-même avait ajouté foi à ce bruit. (Opp. Lugduni Batav. 1703, t. III, ep. 781, p. 900), mais peu après il n'y vit qu'une «vaine rumeur» 1 « De partu maturo sponsee vanus erat rumor. » (ep. 801, p. 919). Toutefois personne ne doutait de l'intimité trop étroite de Luther avec les femmes avant son mariage. [Pour Catherine Bora, si elle n'eut pas de relations coupables avec Luther avant leur mariage, elle semble bien en avoir eu avec d'autres, du moins avec Christian, roi de Danemark : l'anneau qu'elle gardait de lui ne peut guère avoir d'autre signification. Voir Grisar, 1, 44oj.

l'intempérance a cette époque ia5

que a les excès dans le boire et le manger dépassaient toute mesure. » On dit avec raison : « Homme ivre, homme sans mœurs ; femme ivre, femme impudique *. m Et Luther : « Une truie qui est soûle ne peut pas vivre chrétiennement2. » Hélas ! Si ce n'est pas au temps de l'Evangile de Luther que le « diable de la boisson » est né en Allemagne, du moins est-ce bien à ce moment-là qu'il y a beaucoup grandi. « Chaque pays, disait Luther, doit avoir son diable à lui... Notre diable à nous autres Allemands est sans doute une grosse outre à vin ; il faut l'appeler le Soiffeur; il est tellement mort de soif que tout ce tas de vin et de bière ne pourrait pas le rafraîchir... Chez nous, le Soiffeur est toujours le dieu tout-puissant. Il est comme la mer et comme l'hydropisie : toutes les eaux ont beau se rendre à la mer, elles n'arrivent pas à

i. Von werlicher Visitation, etc., le folio avant l'L. Les maris mêmes prêtaient la main à l'inconduite de leurs femmes : ils les menaient dans les auberges avec tout le monde; « et les maris sont particulièrement heureux quand leurs petites femmes y savent faire des roulades, avoir de belles manières et boire comme il faut. Et tout va bien : le soir, les femmes sont alertes ; avec le matin vient la fatigue et le travail, et les maris ont une femme scandaleuse et les pauvres enfants une mère prostituée. Je sais ce que je dis ; je l'ai vu et expérimenté. Les servantes et les jeunes filles du meilleur monde en font tout autant : elles vont dans les auberges pour boire, faire ripaille, danser et sauter; elles perdent alors la pudeur et l'honneur, et, au matin, elles ne savent rien de ce qui leur est arrivé... Pour que l'impudicité n'ait rien à désirer, il n'y a quasi pas d'auberge de village où l'aubergiste n'entretienne quelques filles publiques et gourgandines afin de débiter sa bière », etc. C'est ce que dix ans après répétera Hoppenrod en parlant de la même contrée. A. Hoppenrod, Wider den Hurenteufel (Eisleben, i565), folio après D. 5.

a. Erl., 19 (a* éd.), 419.

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