LES MOTS K NONNE )) ET (( MOINE
sent-ils donc pas chez leur admirable Réformateur, « le plus grand des Allemands ! » D'après eux, il ignorait donc vraiment que le mot moine vient du grec4? L'on sait aussi que le mot nonne vient de la haute Egypte : au ive siècle, saint Pacôme y avait fondé un couvent de religieuses dans l'île de Tabenne, que forme le Nil ; on donna à ses religieuses le nom de nonne, mot qui dans la langue du pays voulait dire dame, de même que celui denonnus signifiait maître ou monsieur. Si Luther ignorait ces détails, il devait du moins savoir que déjà saint Jérôme s'était servi du mot nonne pour désigner une vierge consacrée à Dieu 3, et saint Benoît du mot nonnus comme équivalent de Révérence paternelle 4.
Souvent déjà, dans les chapitres précédents, nous avons remarqué combien la langue de Luther était débraillée. Prêtres et moines sont pour lui des « masques du diable », « de gros ânes, bouffis de graisse, avec, comme les porcs, des barrettes rouges et brunes (c'est-àdire violettes) sur la tête5 ». Or, ici ce n'est pas la vie des prêtres que Luther a en vue, mais leur état lui-
i. Mônch, de monachus, qui vient lui-même de Movor/ôç, qui vit seul.
3. Voir F. X. Fuwk, dans la Real-Encyclopàdie der christlichen Allerliimer de F. X. Kraus, II, 4o3.
3. Ep. 22, n. 16, et la note de Vallarsi dans Migne, Patr. lut., t. 22, c. hoh (e). Ainsi encore, au xi* siècle, saint Fulbert, évoque de Chartres, range parmi les « peccata capitalia » «si quis nonnam corruperit » (De peccal.is capitalibus, I : De pœnitentia laicorumj. lirons, Patr.L, t. i/ji, c. 33g.
|. Iir(j. c. 63 : Juniores priores suos nonnos vocent, quod intelligitur i>aterna reverentia. Voir d'autres preuves dans Migne, Pair. l„ t. 66, c H7G-877.