‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 84 sur 283 · Weim., XV, 5o-5i (i5a · texte numérisé non relu

Weim., XV, 5o-5i (i5a

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même. « Si en fait de sacerdoce ils ne peuvent nous montrer qu'une tonsure, une onction et une soutane, laissons-les donc se pavaner dans cet attirail; il n'est pas difficile non plus de raser un porc ou une bûche. de les frotter d'huile et de leur endosser un froc1. » « Les moines définissent le prêtre celui qui porte un habit long, qui a la tête rasée et qui récite le bréviaire. Voilà toute l'idée qu'ils se font d'un prêtre, comme si Dieu pouvait approuver ces faiseurs de sacrifices hurlant dans une église. Ce sont les prêtres du diable... Us n'estiment guère Abraham, qui n'a porté ni tonsure ni chasuble, qui n'a pas reçu d'huile sur les doigts, qui portait sa barbe et qui était marié. S'il avait eu une maîtresse et des bâtards, ils le loueraient davantage2. »

Dès i5ai, ces préoccupations basses et triviales inspiraient au « Réformateur » les réflexions suivantes : « Le mieux, à mon avis, serait de ne plus appeler tous ces gens-là des prêtres, mais des tête-pelées, et de chasser du pays cette populace inutile. Qu'avons-nous

x. lbid.f XII, 189(1523). Ailleurs, c'est d'un âne qu'il s'agit: « Je vais mettre un froc à un âne, lui sangler une corde autour ventre, lui racler une tonsure et le fourrer dans une cellule; puis je le ferai jeûner et lui ferai célébrer des fêtes (en l'honneur) des saints ». Erl., i3, 25G.

2. « Monachi sacerdotem definiunt, qui habet longam vestem, rasum caput, qui legit horas canonicas. Extra hanc ideam nullum sacerdotem norunt, quasi vero Deus sacrificos istos ululantes in templo probe t : Diaboli sacerdotes sunt... Abraham non magni faciunt, propterea quod non habet rasum caput, non habet casulam aut unclos digitos, alit barbam et est maritus. Si habuisset scortum et spurios, magis laudarent ». Opp. exeg.. lai., v (vers 1539), 3l3.

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à faire de ce monde de tonsurés qui ne sont prêtres ni d'esprit, ni de corps ? A quoi nous servent-ils, à nous qui sommes prêtres de corps et d'esprit et de toutes les manières possibles?... Ce ne sont que des bouches étrangères et inutiles qui dévorent notre pain. \ lions vite, à la porte tous ces polissons1... » Et en i54o, il pouvait dire triomphalement avec sa délicatesse habituelle : « A la longue, où les papistes pourront-ils trouver des moines et des curés ? Ici à Wittenberg il y a beaucoup d'étudiants, mais je n'en vois pas un seul qui soit disposé à se faire frotter d'huile, et à tenir la gueule ouverte pour que le pape vienne lui chier dedans 2. »

Avec ce penchant à la grossièreté, on ne s'étonnera pas d'entendre le « Réformateur » déclarer en i53o que le pape mettait de la « saloperie » partout. « Jusque dans le corps des prêtres, le pape ne veut voir que de la saloperie. Un pauvre cheveu sur leur tête, cette pousse naturelle, humble créature de Dieu, devait elle aussi être un péché. Il leur fallait porter des tonsures, se couper la barbe, et avec cela ils étaient saints. Bref : le corps et la vie de tous les chrétiens devaient nécessairement être impurs ; il n'y avait à être saints que ceux que le pape avait consacrés. Je ne dis rien de la facilité avec laquelle un laïque pouvait commettre un sacrilège envers une personne, un lieu, ou un ustensile consacré. »

« Pour le pape, les habits ne sont aussi que de la saloperie : le moine ou la religieuse qui ne portaient pas

i. Weim., VIII. a5i (i5ai).

a. Luthcrs Tischreden inder Mathesischen Sammlung, herausyegeben von Kroker, np a35.

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leur froc, et leurs autres habits à forme et à couleur à part, étaient des pécheurs et des damnés, et c'était la même chose pour les prêtres avec leurs habits l. » Et il continue sur ce ton à énumérer tout ce que le pape, s ce diable en chair et en os », regardait comme de « la saloperie ».

[A cause d'abus à corriger], l'on ne saurait aussitôt avoir le droit de condamner un corps social tout entier, et c'est ce qu'à une époque meilleure de sa vie, Luther lui-même avait parfaitement reconnu2. Homme sans aucune retenue, animé d'un désir violent de ridiculiser tout l'ordre sacerdotal et religieux, il devait donc être amené naturellement à recourir à l'arme facile du mensonge. Mais, dans les citations qu'on vient de lire, ce sont à la fois des grivoiseries, des triviliatés et des mensonges ! Nous le trouvons ici dans sa besogne favorite : livrer au mépris universel les prêtres et les moines, et mettre tout en œuvre pour ennuyer les odieux papistes. « Pendant qu'ils triomphent d'une hérésie qu'ils croient trouver chez moi, je veux en inventer une autre3 ». C'est cet état d'âme qui le poussait à prendre en tout précisément la « contrepartie » des « lois stupides du pape * >, à rechercher même quel scandale il pourrait bien susciter pour faire enrager les papistes, en même temps que pour plaire à Dieu !

Au mois d'août i5a5 il écrit que s'il s'est marié avec

i. Erl., ki, 298(i53o).

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