‹ Luther et le luthéranisme; étude faite d'après les sourcesChapitre 85 sur 283 · Weim., VI, 5oi, 7 (i5ao · texte numérisé non relu

Weim., VI, 5oi, 7 (i5ao

A. Weim., VIII, i43, 17-18; 172, 26 (i52i).

il s'est marié pour irriter le pape iê>7

Catherine Bora, c'est par mépris pour les papistes ; s'il le peut, il agira de manière à leur être plus désagréable encore et à les obliger de confesser la parole de Dieu1. Le 5 janvier i526, dans une lettre à Marquard Schuldorp qui avait pris sa nièce pour femme, il écrit ces lignes extraordinaires, où il nous dévoile toute son âme : « Moi aussi, je me suis marié, et avec une religieuse ; j'aurais pu m'en abstenir et je n'avais pas de raisons spéciales pour m'y décider ; mais je l'ai fait pour narguer le diable et ses écailles 2, les grands satrapes, princes et évêques, puisqu'ils sont assez fous pour défendre aux clercs de se marier. Et ce serait de grand cœur que je susciterais un scandale encore plus grand, si je savais quelque autre chose dénature àplaire à Dieu et à les exaspérer. Mon âme se réconforte à la vue de leur rage contre l'Evangile. Ils s'en irritent davantage, et je les laisse faire ; je suis toujours mon chemin, et je vais d'autant plus loin qu'ils en sont

i. Enders, V, 226.

2. Schuppen, en latin squamœ : écailles. L'expression : le diable et ses écailles et autres semblables sont très fréquentes clicz Luther et autres écrivains du x\ic et du xvn° siècle : les écailles du diable ou du pape ce sont leurs adhérents ou serviteurs. Dans son explication de « l'Ane-Pape » trouvé dans le Tibre en i4o,6, Mélanchthon, inspiré par Luther, nous dit que cette image est tirée de la description de Leviathan, dans Job (41,6-7);

Superbes sont les lignes de ses écaille»,

Comme des sceaux étroitement serrés.

Chacune louche sa voisine,

Un souffle ne passerait pas entre elles.

« Ainsi dit Mélanchthon, les princes et seigneurs et tout ce qui est temporel a toujours été et est encore attaché au pape et à son gouvernement » (VVeim., XI, 378, 14). Voir aussi Weim., XI, 247 (i523), n. 1 (N. d. T.).

l58 LUTHER ET i/ APOSTASIE DES RELIGIEUX

plus mécontents. Ils font résonner leur force, et moi je les brave avec le droit (!) ; et nous verrons qui finira par l'emporter, de la force ou du droit. C'est ce que je vous conseille de faire aussi. S'ils ne se scandalisaient pas à votre sujet, c'est alors que vous devriez être triste ; car ce serait un signe que vous vivriez au goût des ennemis de l'Evangile. Ils se scandalisent : riez donc et soyez de bonne humeur ; vous avez là un signe que votre conduite est agréable à Dieu *. » Voilà l'état d'âme de Luther ! Il n'y avait pas là place pour une pensée claire et reposée. C'étaient à peu près les dispositions de ceux dont le Sauveur avait prédit qu'en tuant ses apôtres, ils croiraient rendre gloire à Dieu 2.

S 2. — Procédés de Luther pour amener les religieux à l'apostasie.

Par sa lutte contre les ordres religieux (particulièrement contre les franciscains et les dominicains), Luther voulait donner au pape un « coup de Jarnac ». Il savait fort bien, et il l'a dit lui-même en propres termes,

i. De Wette, III, 84; voir aussi Enders, V, 3o3-3o4. Luther fit preuve du même état d'âme lorsqu'en i5io la dispense qu'il avait accordée pour le double mariage de Philippe de Hesse devint publique ; alors il parla de cette affaire avec une rare inconvenance : « fort gaiement, et avec de grands éclats de rire », il plaisantait sur les cris que cette nouvelle allait provoquer chez les papistes : « Je ne voudrais pas donner au diable et à tous les papistes la joie de m'en tourmenter. Dieu mènera tout h bien. » Luthers Tischreden in der Mathesisçhen Sammlung, n° a4i.

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