Ci-dessus, t. II, p. i
ELLES VIENNENT DE SA VULGARITÉ INTIME iSq
la doctrine de Luther, et nous avons trouvé que bien loin d'être une réforme de la doctrine catholique elle n'en est qu'une déformation profonde, qui a sa source dans le triste état de son âme, état qui, avec une force toujours croissante, l'entraînait vers les bas-fonds. Dans le présent chapitre, nous avons vu ce triste intérieur dans son complet épanouissement ; c'est sa doctrine traduite en pratique. Ses trivialités, Ses vulgarités sans nombre ne lui sont pas quelque chose d'étranger ; au contraire, elles lui conviennent à [merveille, elles répondent parfaitement à son intérieur, à sa doctrine, elles sont l'expression de sa dépravation générale, elles le montrent à l'apogée de sa vie, dans sa pleine maturité ! Arrivé à la fin de sa carrière, Luther se laissa aller complètement à ses penchants, dans sa doctrine et sa conduite, dans ses paroles et ses actions.
Certains protestants cherchent à l'excuser en disant qu'il fut le fils de son temps, et que ses paroles, ses écrits ne sont pas plus obscènes que ceux de ses contemporains ; il a parlé la langue du peuple à son époque. Aussi, ajoutent-ils, ses crudités furent jugées alors d'une manière tout opposée à celle d'aujourd'hui ; bien loin de s'en scandaliser, on les a plutôt regardées comme des plaisanteries spirituelles ^. D'autres
I. Wrampelmeyer, Tagebuch von Cordatus, p. 87 (préface), et au n" iiti, p. 27. Il en appelle à Seckendorf, qui dit: « Multa verba et dicteria, quae liodie (1694) vilia aut spuria habentur, illo tempore sine turpitudine dici poterant et inter facetias non inhonestas locum habebant ». Voir Seckendorf. Commentarius de Luther anismo, 169/», III, 699 sqq ; voir aussi I, 185-187, III, 536, 556. Mais Seckendorf, d'où le savait-il, lui qui écrivait
l4o QUE PENSER DES OBSCENITES DE LUTHER ?
trouvent que « certains traits de Luther, petits et sans beauté, sont le lot de tout fils de la terre, même du plus noble ». Telle est l'opinion de Bezold et que partage aussi Lôsche ^. a Mélanchthon dit, assurait Bezold, que malgré toute sa violence, ce rude médecin d'une époque profondément atteinte eut un cœur droit et plein de bonté. Précisément par cette union d'une force indomptée et d'une douceur intime, union qui se maintint au milieu de toutes les difficultés et amertumes, la figure de Luther sera toujours sympathique aux Allemands et forcera l'adversaire religieux lui-même à y trouver un certain plaisir avoué ou secret. Sans doute, dans l'homme le plus puissant de noire nation, les petits esprits aimeront à ne rechercher que les traits petits et sans beauté, tels qu'on en trouve dans tout fils de la terre, même le plus noble. Mais la grandeur historique de l'homme qui a brisé l'omnipotente domination de fEglise romaine en
plus de cent ans après ? De même qu'en général ses contemporains protestants, il ne connaissait que des écrits protestants. Que les compagnons et les premiers adeptes de Luther aient nagé dans les mêmes eaux bourbeuses que leur maître, que sous couleur de plaisanteries, de « traits spirituels », ils aient cherché à faire assaut d'obscénités, c'est ce que tout le monde sait ; mais il n'y a rien là en faveur des affirmations de Seckendorf et de Wrampelmeyer. D'ailleurs, on doit dire à l'honneur des contemporains protestants de Luther qu'il ne partageaient pas tous l'opinion de Seckendorf ; nous en avons une preuve dans l'aveu de Flacius tllyricus, qu'on a lu ci-dessus, p. i^h. — Dans la collection des Propos de Table de Mathésius, on voit qu'au sujet de la bigamie du landgrave de Hesse Luther s'est servi d'une expression tellement hardie que Mathésius n'a pas osé la transcrire (Luthers Tischreden in der Mathesischen Sammlung, édit. Kroker, 1908, p. i56).