LES SOMMETS DE LA VIE CATHOLIQUE
de la vie morale. Absolument parlant, ce n'est pas même chez les scolastlques que nous trouvons les sommets de la vie catholique. Toutefois, que Kolde se mette en campagne pour découvrir chez eux les trivialités, les obscénités et le cynisme de Luther : il lui faudra alors avouer que ses recherches auront été sans résultat, et il trouvera aussi qu'une multitude de prédicateurs se sont complètement abstenus de grossièretés. Au reste, quel est le contemporain catholique de Luther, tant soit peu convenable, qui a publié des gravures du genre de celles de l'Image de la Papauté ! Les sommets de la vie catholique qu'il faut prendre comme terme de comparaison, ce sont les docteurs de VEglise, ce sont les saints, et ces catholiques, qui, intimement pénétrés de l'esprit de Jésus-Christ, ont passé leur vie dans l'imitation du Sauveur par la pratique des vertus chrétiennes et le renoncement à eux-mêmes ; ce sont ceux, qui, bien loin de nager dans le sens du courant, allèrent à l'encontre, luttèrent contre la corruption et s'élevèrent de la hauteur de la tête au-dessus de la moyenne de leur entourage et de leur époque ; ce sont ceux que l'Eglise présente à ses fidèles comme des maîtres et des modèles sur les traces de qui ils doivent marcher avec zèle. Voilà les thermomètres de la vie catholique ; ceux-là seuls peuvent être pris comme terme de comparaison avec le sommet du luthéranisme. Aux yeux des luthériens 1, Luther n'est-il pas
I. Harnack lui-même écrit : « Quelle plénitude n'enfermait pas cette personnalité ! Elle a possédé à'une manière héroïque tout ce qui tout à l'heure nous semblait lui manquer : la culture complète de l'époque, la libre recherche et la critique ; il y avait
l/|8 QUE PENSER DES OBSCENITES DE LUTHER?
un héros, le « saint homme de Dieu » par excellence, r (( instrument choisi par Dieu » pour réformer une Eglise vieille de plus de mille ans, bien mieux, pour renverser cette Eglise, surtout en ce qui concerne la doctrine du salut ? N'est-il pas pour eux le Réformateur qui a apporté l'Evangile au peuple allemand ? Ne s'estil pas donné lui-même comme possédant la plénitude du Saint-Esprit, comme l'Evangéliste du Christ, qui ne veut croire et entendre que le Christ ^ ? N'a-t-il pas dit que sa bouche était la bouche du Christ, sa, parole, la parole de Dieu et du Christ ? N'a-t-il pas! prétendu que sa doctrine lui avait été révélée par Dieu ?2. Pour ses adeptes, n'est-il pas un fondateur dej religion, qui a donné à son époque la seule religion] qui convînt, et qui a découvert de nouveauté christianisme en tant que religion ? ^.
Pour cette dernière fonction, aucun docteur d( l'Eglise, aucun saint, si grands fussent-ils, ne sauraient être mis en parallèle avec lui. Il n'en doit donc que d'autant mieux pouvoir soutenir la comparaison avec
en lui une richesse de conceptions originales qui compensail tous les «éléments de culture», une certitude et une hardiessej de vues qui dépassait la « libre recherche ». une force pour| atteindre le faux, pour conserver ce qui mérite de l'être, en comparaison de laquelle toutes les « méthodes critiques » paraissent pâles et faibles, mais par-dessus tout une admirable puissancej pour donner de l'expression aux pensées vraies et aux sentiments! forts, pour parler, dans toute la force du mot et convaincre par) la parole, comme chez aucun prophète avant lui ». Lehrbuch der Dogmengeschichte, III, 3° édition, p. 733,