‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 105 sur 278 · Ibid., p. /il A, n. I, 4i6, n. i · texte numérisé non relu

Ibid., p. /il A, n. I, 4i6, n. i

LES SAINTS DU XVI' SIECLE l/lQ

ces sommets, avec ces héros du catholicisme. Eh bien ! qu'ils se réunissent tous, théologiens protestants et historiens de Luther, et que dans les docteurs de l'Eglise, depuis saint Augustin jusqu'à saint Bernard, saint Thomas et saint Bonaventure, ils recueillent l'ombre même des grossièretés, obscénités et trivialités que nous connaissons du Réformateur. Ils me répliqueront que ces docteurs de l'Eglise ont vécu avant Luther et, par suite, qu'ils n'avaient pas l'esprit de son époque. Soit ; je les renverrai alors aux héros catholiques de l'époque de Luther, aux sommets catholiques, aux saints qui furent ses contemporains. Pour leur rendre le travail plus facile, je vais leur nommer les principaux ; ce sont les fondateurs et fondatrices d'ordres : François de Paule, Gaétan de Tiene, Jean de Dieu, Pierre d'Alcantara, Ignace de Loyola, Philippe Néri, Angèle Mericiet Térèse ; peu après, c'est Thomas de Villeneuve, Antoine Marie Zaccaria, François Xavier, François de Borgia, Félix de Cantalice, Louis Bertrand et Pie V, les deux ascètes et prédicateurs Jean d'Avila et Louis de Grenade, l'évêque anglais John Fisher, confesseur de la foi et le plus savant des adversaires de Luther, les premiers jésuites d'Allemagne, le bienheureux Pierre Faber et son illustre disciple le bienheureux Pierre Canisius, qui, entré dans la Compagnie de Jésus en i543, devint l'apôtre et le héros de l'Allemagne, et à qui l'on doit, pour ime bonne part, qu'elle ne soit pas complètement tombée dans le désordre et la sauvagerie. Je ne dirai rien des saints de la fin du xvi"= siècle. Que les théologiens protestants et les historiens de

l50 QUE PENSER DES OBSCENITES DE LUTHER ?

Luther recherchent si ces hommes, tous plus ou moins contemporains du Réformateur, ou du moins appartenant à son époque, ont, comme « le saint homme de Dieu » du protestantisme, a payé leur tribut à Taccroissement manifeste de décadence morale d'un siècle si troublé ».

Kolde ne s'étonne pas le moins du monde que Luther ait agi ainsi. Oh ! certes, moi non plus : la grossièreté fait partie inhérente de la vie, de l'être même du Réformateur. Mais si dans la vie, la parole et les écrits d'un saint, je veux dire dans la période qui appartient à sa vie de sainteté i, un catholique trouvait la moindre obscénité, à plus forte raison les obscénités de Luther, il en serait fort surpris. Une obscénité, u une petite grivoiserie » ^ suivant le mot de Luther, serait pour l'Eglise un motif suffisant de refuser, même à un thaumaturge, l'inscription dans la liste de ses saints. Les saints possèdent et doivent posséder les vertus à un degré héroïque, avant tout la vertu de chasteté, dont la compagne est la pudeur, comme nous disait saint Ambroise^; et la pudeur exclut tout ce qui touche à la débauche, à l'obscénité, à la grivoiserie. Le simple chrétien lui-même doit s'élever au-dessus de la corrup-

1. Il y a en effet bon nombre de saints qui ne l'ont pas toujours été, qui, avant leur conversion, menèrent même une vie licencieuse et parlèrent un langage aussi grossier que celui de leur entourage. Mais cette remarque ne fait que donner plus de force à mon argumentation ; car dès le moment où, touchés de la grâce, ils eurent abandonné leur vie antérieure et qu'ils furent sortis du bourbier, leur plus grand soin fut d'éviter les grossièretés, lès obscénités et les frivolités.

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