‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 110 sur 278 · MAX LENZ ET MARTIN SPAHN · texte numérisé non relu

MAX LENZ ET MARTIN SPAHN

même 1 ». Lenz fait ici allusion à un ouvrage sur CocHLiEUS qui fut, comme on sait, l'un des premiers et des plus grands adversaires de Luther ; dans cet ouvrage, on apprend que Luther fut le « plus grand Allemand de son époque », et l'on trouve beaucoup de phrases empruntées aux protestants. Bien que le jeune auteur n'eût pas encore acquis toute « la liberté d'esprit » désirable, ces preuves de bonne volonté suffisaient à Lenz pour augurer en lui un historien.

1. Rômischer Glaube und freie Wissenschaft (iç)02), p. 5-6. C'est moi qui souligne. On lit à la page 2/1 : « Si le catholicisme a produit des savants, ce que nous reconnaissons sans peine, il ne le doit pas à l'esprit de l'Eglise dont la loi est le Syllabus, mais à nos règles, à nos méthodes ; autant que le leur permettaient les limites de l'obéissance envers leur Eglise, ce sont nos conclusions qu'ils ont adoptées. Comme nous l'avons fait remarquer, c'est surtout l'histoire qui a dispersé les brouillards qui enveloppaient autrefois nos connaissances ». Qu'il me soit permis de donner ici un exemple tire de ma vie et de mon expérience personnelles. Lorsque, encore jeune Dominicain, j'eus peu à peu « dispersé les brouillards » et les mythes dans lesquels les historiens protestants avaient enveloppé les mystiques allemands^ le vieux Zarnke [1825-1891, philologue, professeur à Leipzig], me demanda à qui j'avais pris ma méthode. A sa grande surprise, je lui répondis que c'était la méthode aristotélico-scolastique appliquée à l'histoire. Jusqu'alors je n'en connaissais pas d'autre, et ce n'est que plus tard que je m'occupai des méthodes modernes. Et où sont donc les grands résultats, où est le savoir si étendu de M. Lenz, pour se donner ainsi comme la mesure de toute science ?

N. d. T. L'élève catholique de Lenz est Martin Spahn. En 1898, il avait fait paraître : Johannes Cochlàus ; ein Lebensbild (tus der Zeit der Kirchenspaltung . Comme on le sait, M. Spahn est maintenant professeur à l'Université de Strasbourg ; il a été un moment député au Reichstag, et a été fortement attaqué, notamment par le comte d'Oppersdorf, dans la brochure ht M. Spahn Zentrumsmann? Berlin, 1910. Voir, en outre, ci-dessus, t. I, 2* éd., p. XXIX-XXXIV.

l58 OBJECTIVITÉ AU SENS PROTESTANT

un historien dans le sens de son maître ! Si le travail sur Cochlœus eût eu une tournure complètement protestante l'auteur eût été alors en pleine possession de cette liberté d'esprit.

Il est en effet un point hors de conteste : pour que les théologiens protestants reconnaissent aux historiens qui s'occupent de la Réforme une objectivité parfaite, l'impartialité dans la recherche et la liberté de l'esprit, il faut à ces historiens étudier Luther avec des lunettes protestantes et dans un esprit anticatholique, prendre parti pour Luther contre Rome et contre l'Eglise. A leurs yeux, toute autre recherche, toute autre conclusion est nécessairement intéressée, antihistorique, partiale, tendancieuse, haïssable, etc. L'écrasement de l'Eglise romaine est le plus grand fait de l'histoire universelle ; tout ce qui y contribue est grand, quiconque y coopère est un héros religieux. Tel est le sens de tous leurs mots de vues élevées, d'objectivité, de liberté de l'esprit, etc.

Quiconque voit les faits sous un autre jour doit s'attendre à être traité par eux tout comme on l'est dans de certains clans quand on n'a pas constamment à laj bouche les mots de liberté, d'égalité et de fraternité. En même temps, ce sont constamment les grands mots d'objectivité, d'impartialité dans la recherche, de liberté de la science 1 Pour ces Messieurs, en' réalité, objectivité ne signifie pas autre chose qu'enjolivement et subjectiA^sme protestants ; liberté de l'es-: prit, soumission à l'opinion publique dont ils ont hérité ou qu'ils ont eux-mêmes façonnée ; l'impar-j tialité dans la recherche, c'est le travail d'après lesl

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