IDÉES A PRIORI
règles qu'ils ont établies ou acceptées apno/'i; aimer la vérité sans restriction, c'est se déclarer l'ennemi de l'Eglise d'avant la Réforme, l'ennemi des institutions catholiques, du pape, des évêques, des prêtres, des moines, etc.
On laisse de côté la critique, on proscrit les procédés d'une méthode scientifique. Les théologiens et les historiens protestants semblent craindre que Luther et le luthéranisme ne s'évanouissent si on leur appliquait les méthodes des autres branches de la science. La conséquence de cette routine que l'on ne souffre plus nulle part ailleurs, a été que ces théologiens et ces historiens ont toujours ignoré le point de vue où il faut se placer pour comprendre l'évolution de Luther, l'époque précise où elle eut lieu, etc. ; par suite, ils confondent les périodes dans la vie du Réformateur.
S I. — Ignorance et parti-pris à l'endroit des idées catholiques.
Les théologiens protestants sont dans une ignorance surprenante de la doctrine catholique. Cette ignorance, il est vrai, les a servis à merveille ; elle a eu pour conséquence que souvent ils ont donné comme spécifiquement luthériennes des doctrines qui avaient été formulées longtemps avant Luther, dont beaucoup étaient même devenues communes dans l'Eglise, bien mieux, qui faisaient partie de la doctrine catholique. Par contre, on a mis sur le compte de l'Eglise catho-
l6o IGNORANCE DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE
lique et de sa théologie des points qui pèsent sur la Réforme ^.
De ces deux tendances, il n'est pas difficile de donner des exemples.
Seeberg, le u grand théologien de Berlin », m'en fournit un premier, fort remarquable. Sur ces paroles de Luther : (( Si je sais ce que je crois, je sais dès lors ce qu'il y a dans l'Ecriture, car l'Ecriture ne contient que le Christ et la foi au Christ 2, » il fait cette remarque: « Pour Luther ce n'était ni «le droit naturel)), ni même u le droit divin » qui étaient le contenu de l'Ecriture ; mais elle lui apportait la révélation positive de Dieu en Christ : c'est dans la personne de Jésus- Christ que l'homme expérimente et éprouve la force et les effets de cette révélation. Nous avons ici la pensée la plus grandiose dont l'Eglise et la théologie soient redevables à Luther ^. » Précédemment, Seeberg avait déjà parlé de « la voie nouvelle frayée par cette conception de Luther que Jésus-Christ est le véritable objet de l'Ecriture ^. » Ainsi ce ne serait que depuis Luther que
I. Ici, j'ajoute huit pages (i6o-i68)prises de la première édition, p. 376-881, et qui ont été supprimées dans la seconde. Elles me semblent offrir de l'intérêt, et c'est aussi la manière de voir du P. Grisar (Luther, III, 1912, p. Itbg). Du reste, ce n'est pas arbitrairement que je les place ici : tout ce commencement du chapitre VII est pris de la première édition, p. SyZi-SSô : en y insérant les pages 376-381, je ne fais que les remettre dans leur milieu (N. d. T.).