‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 112 sur 278 · Weim., VIII, 236(i52i · texte numérisé non relu

Weim., VIII, 236(i52i

3. Die Théologie des Johannes Dans Scotus, p. 681. C'est moi qui; souligne.

li. Lehrbuch der Dogmengeschichte (Erlangen et Leipzig, iSgô-j 1898), II, 210. Ici, Seeberg s'appuie sur Weimar, I, 219 (i5i7).

LUTHER (( GRAND OITIATEUR )) l6l

l'on saurait que l'Ecriture tout entière n'a trait qu'au Christ, ne contient que le Christ et la foi au Christ ! Et cette conception a frayé une voie nouvelle ! Une si monstrueuse ignorance de la pensée des siècles chrétiens jusqu'à Luther est-elle donc possible en Allemagne chez un professeur de théologie protestante ! Seeberg a écrit une histoire des dogmes en deux volumes : il lui a fallu se mettre un bandeau devant les yeux pour ne pas voir que les paroles de Luther n'étaient qu'un reflet de toute la tradition catholique.

De tout temps, nous entendons dire dans l'Eglise qu'avant le Christ les saints livres n'avaient été écrits que pour l'annoncer, lui et son Eglise i. « Il n'y aura

I. Je ne ferai ici que quelques citations. Je ne puis m'étendre indéfiniment sur ce sujet ; du reste, comme on va le voir, de longues citations seraient absolument superflues sur un point qu'aucun catholique n'a jamais mis en doute. Pour représenter les Pères, je prends saint Augustin ; pour le moyen âge, saint Thomas, et pour l'époque immédiatement antérieure à Luther, l'augustin Jacques Perez de Valence.

Saint Augustin. Enarr. in Psalm., iSy, n. g : « Christum solum non agnoscis in Scripturis, propter qixem factœ sunt Scripturœ .^ — Sermo 46, c. i/i, n. 33 : « Prope omnis pagina nihil aliud sonat quam Christum et ecclesiam toto orbe diffusam. » — De catechizandis rudibiis, c. 3, n. 6 : « Neque enim ob aliud ante adventum Domini scripta sunt omnia, quœ in sanctis Scripturis legimus, nisi ut illius commendaretur adventus, et futura praesignaretur ecclesia. » — Jbid., c. A, n. 8 : « Omnis Scriptura divina, qua3 ante scripta est, ad prœnuntiandum adventum Domini scripta est ; et quidquid postea mandatum est litteris et divina auctoritate firmatum, Christum narrât et dilectionem monet... In veteri Testamento est occultatio novi, in novo ïestamento est manifestatio veteris. » — De même Enarr. in Psalm., 21, n. i5 ; Ep. i4o, c. ih, n. 36. — Tout le Xll* livre Contra Faustum développe cette doctrine ; voir notamment lech. 3. Au livre xxii,ch. 2/4, ildit des patriarches et des prophètes : « Dico, illorum hominum non tantum linguam, verum etiam vitam fuisse propheticam, totumque illud

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que le Christ que tu ne voudras pas reconnaître dans l'Ecriture, dit Saint Augustin, alors que c'est pour lui que les Ecritures ont été faites ? » u Presque toutes les

regnum gentis Hebraeorum magnum quemdam, quia et magni cujusdam, fuisse prophetam », etc. Et au ch. 94 : « Christum igitur sonant ha?c omnia ; caput illud quod jam ascendit in cœlum, et hoc corpus ejus quod usque in finem laborat in terra, scribentium litteras vere sacras omnis parturivit intentio. » — Sur le Ps. 59, n. 1 :.« Vix est ut in Psalmis invenias voces, nisi Christi et Ecclesiœ, aut Christi tantum, aut Ecclesiâe tantum, quod utique ex parte et nos sumus, » — Avant Augustin, on trouve les mêmes idées dans ïertullien, Prax., n, Hilaire, in Psalmos, prol. 5, Ambroise, In Ps. i, n. 8.

Saint Thomas d'Aquin. In Johann., 5, 89 : « Fides Christi in Veteri Testamento continebatur, sed non in superficie. Quia in profundo obumbrata figura latebat. » — 1" 2'°, qu. 102, a. 2 : « Sicut prœcepta ceremonialia figurabant Christum, ita etiam Historiae Veteris Testamenti ; dicitur enim Cor., 10, 6, quod omnia in figura contingebant illis. » — Ibid., qu. lo/l, a. 2 : il y reproduit la même idée, et ad 2«w, il écrit : « Dicendum quod populus Judaeorum ad hoc electus erat a Deo, quod ex eoChristus nasceretur ; et ideo oportuit totum illius populi statutum esse propheticum et singularem, ut Augustinus dicit contra Faustum (lib. 22, G. 2/j). » — Voir aussi ibid., qu. 98, a. 2 ; Comment, sup. Ephes., 5, lect. 10; In Ps. 21, etc.

Jacques Ferez de Valence, évèque de Christopolis (mort en 1490). Au f. 2" de son bel ouvrage Centiim qiiinquaginta Psalmi Davidici {Lugdunit i5i4), souvent réimprimé, il donne plusieurs conclusions ; voici la première : « Quod nullum mysteriura scriptum aut factum in Veteri Testamento est gratia sui, sed omnia facta sunt in figura Novi Testamenti, et omnia praenuntiabant mysteria Christi et Ecclesiâe futura in Novo Testamento. » Oui, nous dit-il, le Nouveau Testament tout entier « latebat et continebatur virtualiter in Veteri Testamento sicut conclusio in praemissis », si bien que, sans recourir à l'Ancien Testament, on ne saurait comprendre vraiment et parfaitement les mystères du Nouveau concernant Jésus-Christ et son Eglise. L'ancienne Loi était une route qui menait au Christ, et c'est par rap-port au Christ et à son Eglise qu'il faut l'interpréter : « Omnes patres et fidèles Vet. Test, tendebant in Christum, ut in eo acci-

J.-C. DANS LA BIBLE ET DANS LA LITURGIE l63

pages de l'Ecriture ne nous parlent que du Christ et de son Eglise répandue dans le monde entier. » « Dans l'Ancien Testament se cache le Nouveau, et le Nouveau est la manifestation de l'Ancien. » Les psaumes s'occupent tout particulièrement de J.-G. : d'après les Pères et les exégètes, presque tous parlent de lui. Dans Abrahaam, Isaac, Joseph, Moïse, David, Salomon, Job, dans tous les grands personnages de l'Ancien Testament, en un mot, on voyait des figures du Christ; dans les faits de leur vie, des préludes de la vie du Christ. L'Ancien Testament renfermait la foi au Christ : non seulement les cérémonies légales, mais les faits eux aussi y figuraient le Christ. Le peuple juif, d'où nous venaient les écrits de l'Ancien Testament, n'avait été choisi par Dieu que pour y faire naître le Christ ; aussi, dans ce peuple, tout était prophétique. Bref, d'après les exégètes et les théologiens avant Luther, les Ecritures, les Patriarches, les autres croyants, tout dans l'Ancien Testament se rapportait au Christ. Cette conviction catholique se fondait sur la parole même de Jésus-Christ : « Scrutez les Ecritures ; elles rendent témoignage de moi ». « Moïse a écrit à mon sujet i. » Jésus-Christ est le centre de la prière de l'Eglise. Dans chacune de ses prières, l'Eglise parle de lui, soit pour l'adorer en union avec le Père et le Saint-Esprit, comme dans les doxologies des hymnes, soit pour

perent repromissioRes w (f. ii), etc. Dans l'ouvrage lui-même, l'auteur revient fréquemment sur ces idées. Voir aussi Weiss, Apologie des Christentums, III, 3* édit., p. 655.

I. Jean, 5, Sg, â6. Voir aussi Luc, a A, 27; de même Act. Ap., 10, 43 ; I Cor., 10, 6, etc.

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s'élever par lui vers Dieu le Père, comme dans les oraisons de la messe. J.-C. est le centre de la messe et du bréviaire, les pièces capitales de chaque jour : c'est autour de l'élévation et de la communion que s'est développé notamment le sacrifice de la messe, commémoration vivante de celui de la croix. Il est le centre de la semaine catholique : les deux jours les plus importants y sont le vendredi et le dimanche, c'est-àdire le jour où il est mort et celui où il est ressuscité. 11 est le centre de l'année liturgique : du premier dimanche de l'avent au dernier dimanche après la Pentecôte, toutes les fêtes y convergent vers ses deux naissances, sa naissance à la vie immortelle le jour de Pâques, et sa naissance à la vie de la terre le jour de l'Epiphanie, dont la fête de Noël est un dédoublement postérieur. Dans les temples matériels de l'Eglise catholique, tout est tourné aussi vers le Christ. 11 n'est pas opportun de lui dédier spécialement certaines églises : dans leurs parties essentielles, tout en elles, au matériel comme au moral, lui est entièrement consacré.

Ce n'était pas un autre esprit qui animait la théologie du moyen âge. Comme le dit saint Bonaventure dans l'introduction au troisième livre des Sentences, ce recueil, qui fut le manuel de théologie de toute cette époque, est tourné tout entier vers l'exposé du mystère de notre régénération par J.-C. Le premier livre s'occupe du premier Principe de cette régénération, c'est-à-dire de Dieu et de la sainte Trinité ; le second, de la chute du premier homme, mais d'une chute dont on entrevoit le relèvement; le troisième, le livre central, du Régénéra^ teur, du Sauveur, de J.-C, et il expose comment le

LE DROIT NATUREL ET l'ÉVANGILE l (( OPPOSITION )) lG5

relèvement s'est opéré ; le quatrième parle du salut de l'homme régénéré. 11 n'y a donc pas à s'étonner que dans l'introduction du premier livre, Saint Bonaventureappelle le Christ «le sujet auquel tout se rapporte » dans la théologie i.

Voilà, comme en courant, de quoi juger l'assertion principale de Seeberg. Gomme on l'a vu, il la fait précéder d'une autre réflexion, d'allure énigmatique, et dirigée naturellement contre les catholiques. (( Pour Luther, ce n'était ni le droit naturel, ni même le droit divin qui étaient le contenu de l'Ecriture. » Qui donc a jamais dit que le droit fût le principal objet de l'Ecriture ? Mais Seeberg prétend-il nier que le droit naturel et le droit divin soient contenus aussi dans l'Ecriture ? Ou se met-il au point de vue immoral de Luther, et veut-il nous dire que nous n'aurions qu'à nous débarrasser du Décalogue tout entier, parce que pour le chrétien, il n'y aurait aucune loi ^ ?

Du reste, la phrase de Luther sur laquelle il s'appuie est loin d'être aussi profonde qu'elle pourrait le paraître, ainsi détachée de son contexte. A cet endroit, Luther tempête contre la distinction entre la/oi implicite eila. foi explicite. Mais sur l'idée que « l'Ecriture ne contient que le Christ et la foi au Christ », nous y chercherions en vain des développements du genre de

1. Proœm., qu. i : « Subjectum, ad qaod omnia reducuntur, qua3 determinantur in hoc libro, ul ad toliim integrum, est Christus. » Voir aussi le prologue de son Breviloquium, où il expose la noblesse et l'autorité de l'Ecriture Sainte en des termes qui rejettent dans l'ombre tout ce que Luther a pu écrire sur ce point. Cherchons avec le désir de trouver, Messieurs les Protestants !

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