‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 119 sur 278 · Théodicée, § sBg. (0pp. philos., édit. Erdmann, p. 58i · texte numérisé non relu

Théodicée, § sBg. (0pp. philos., édit. Erdmann, p. 58i

3. Sokrates und die alte Kirche. Giessen, 1901, p. 28. C'est moi qui souligne,

4. Die sittliche Triehkraft des Glauhens: Eine Unlersuchung lu Luthers Théologie (i8gb), p. 80-81.

5. Le mot Fehler, défaut, serait plus exact. Dans le texte allemand, Denitle garde toujours le mot latin vitium.

En français, on pourrait traduire aussi vitium par défaut, (et

Stupéfaction ! Le mot bien connu de saint Augustin : a les vertus des païens ne sont que des vices éclatants » non seulement ne se trouve pas dans les passages indiqués, mais il ne se trouve même pas dans tout saint Augustin. Ces grands érudits se sont trompés, et de plusieurs manières : d'abord, l'expression «vices éclatants » n'est jamais employée par ce Docteur ; ensuite, il n'écrit jamais, sans l'expliquer, une phrase aussi générale que celle-ci : « toutes les vertus des païens ne sont que des vices », car elle ne serait pas seulement sujette à méprise, elle serait fausse. Toutes les fois que saint Augustin dit quelque chose d'approchant, il explique ce qu'il entend par là : c'est toujours une conséquence de ce qu'il vient d'exposer. Or sa pensée constante est qu'une action vertueuse en apparence ne l'est pas réellement quand la fin n'en est pas bonne, quand cette fin n'est pas Dieu, mais au contraire quand cette action a été accomplie soit avec une mauvaise intention soit par complaisance en soi-même, par orgueil et vaine gloire. Alors, si belle même que paraisse cette action considérée extérieurement, elle est gâtée par une défectuosité intérieure. Elle n'a que l'apparence de la vertu, elle est souillée, par conséquent, elle est un « vice » i.

pour splendidum mettre splendide, brillant). (Voir ci-dessus, t. II, p. 4i5, t. III, p. 18). Nous aimons à croire, toutefois, qu'en traduisant vitium par le mot correspondant vice, nous ne nous écartons pas sensiblement de la pensée de saint Augustin (N. d. T.).

I. Que l'on médite les passages suivants. De civitate Dei, lib. 19, c. 25, (Migne, Patr. lat., T. 4i, c. 656): « Proinde virtutes, quas sibi habere videtur (mens veri Dei nescià) nisi ad Deum retulerit, etiam ipsae vitia sunt potius quam virtutes. Nam licet a quibusdam tune verae et honestœ putentur esse virtutes, cum ad se ipsas

Il donne comme un principe non pas particulier à lui, mais admis par tous les gens vraiment vertueux, que (( sans la vraie piété, c'est-à-dire sans le véritable culte du vrai Dieu, personne ne peut posséder une vertu véritable ; et que la vertu n'est pas véritable quand elle se met au service de l'honneur humain 1 ».

refcruntur, ncc propter aliud expetuntur et iam junc inflatae ac superbae sunt. Et ideo non virtutes, sed vitia judicanda sunt ». Voir l'explication de la note suivante. — Dans Contra JuUanum, 1. IV,c. 3, n. i9(Migne, T. hh, c. 747-7^8), il enseigne que si les vertus, telles que la prudence, la tempérance, la justice, au lieu de venir d'une bonne intention, sont plutôt inspirées par une mauvaise, alors elles sont « tali fine turpes atque déformes, et ideo nullo modo germanae veraeque virtutes ». — Traitant de ce passage (2* 2", qu. 28, a. 7), saint Thomas dit : « Si particulare bonum (ad quod virtus ordinatur) non sit verum bonum, sed apparens, virtus etiam quœ est in ordine ad hoc bonum, non erit vera virtus, sed falsa similitudo virtutis. — Dans le Traité contre Julien, après avoir exposé sa pensée dans le passage du n° 19 que nous venons de citer, saint Augustin la développe au n° suivant. Puis dans les numéros 24-26, il s'occupe de la diflférence entre la véritable et la fausse vertu au point de vue de la foi. Sans la foi, dit-il, on ne peut diriger ses actions vers le but auquel elles devraient tendre pour être vertueuses. « Non actibus, sed finibus pensantur officia ». Nous disons tous en effet, que, sans la foi, les vertus manquent de la véritable vie surnaturelle, et [dans l'état présent où Dieu vous a placés], de leur perfection naturelle elle-même. — Dans le De civitate Dei, lib. 5, cap. 12, n. It, saint Augustin indique de nouveau la mesure de la véritable vertu : « Nequc enim est vera virtus, nisi quae ad eum finem tendit, ubi est bonum hominis quo melius non est ». C'est d'après cette règle que dans les chapitres suivants il apprécie les vertus des vieux Romains.

I. De civitate De/, lib. 5, c. ic)(Patr. lat., t. I et c. 166) : u ...dum illud constet in ter omnes veraciter pios, neminem sine vera pietate, i. e. veri Dei vero cultu, veram osse habere virtutem, quando gloriae servit humanae». Ce que saint Augustin dit dans le passage cité au début de la note précédente est une conséquence de ce principe.

Je n'ai pas a examiner ici jusqu'à quel point et quand saint Augustin reconnaît aussi aux païens des vertus véritables et réelles quoique naturelles, ou même une certaine foi, fruit de la grâce de Dieu : ces questions sont en dehors du sujet qui nous occupe. L'unique question dont il s'agit ici est si le mot bien connu que les vertus des païens ne sont que des vices éclatants se trouve réellement dans saint Augustin.

Si cette question était du ressort des philologues protestants, des juristes protestants, dont les travaux dénotent une méthode beaucoup plus scientifique que ceux des théologiens protestants, il y aurait longtemps qu'ils l'auraient résolue par la négative, et ils auraient montré en même temps comment on en est arrivé à cette expression : ils auraient renvoyé à deux passages de saint Augustin que ne citent jamais les théologiens protestants , et qui pourtant ont très probablement donné lieu à la formation de cette expression malheureuse de « vices éclatants ^ ». S'il n'y avait

I. Partant de son exposition des prétendues vertus qui ont à leur source une intention mauvaise (Contra Julianum, lib. 4, n* 19), saint Augustin conclut (n. 20): « Ita omnibus virtutibus non solum sunt vitia manifesta discretione contraria (sicut prudentiœ temeritas), verum etiam vicina quodam modo, nec veritate, sed quadam specie fallenie similia». Jansénius, qui avait lu si souvent saint Augustin tirait de là « Augustini doctrinam. qua Romanorum, Philosophorum vel quorumcumque infîdelium virtutes non veras virtutes, sed vitia specie virtutum palliata fuisse tradit ». (Aiigustinus, De Statu natarse lapsœ, k, c. 8 ; Rothomag, 1662, n, p. aSS*"). D'ailleurs, je n'ai pas à m'occuper ici de la doctrine de Jansénius ni des conséquences qui en découlent. — Kolde ne cite que ce passage. La raison en est délicieuse : l'autre ne se trouvait pas dans le modèle qu'il avait sous les yeux I Ce second passage est dans Retract., 1, i, c. 3, n. 2, où le saint

plus de théologiens protestants, il y aurait beau temps qu'on ne parlerait plus de ee mot si connu ! ^

Telle est la science de cette critique soi-disant impartiale. Mais ces messieurs aux prétentions d'objectivité ne reculent même pas devant la contrainte morale. Avant de présenter son élève catholique au « coUoquium ^ », Lenz lui posa, comme il le dit lui-même, la (( question de conscience » : a Quelle est ton attitude à regard de la religion? — C'est-à-dire, je lui deman-

Docteur manifeste du regret d'avoir dit (De ordine, lib. 1, c. 11, n. 3i) : (( Philosophes (non vera pietate pra3ditos) viriutis lace fulsisse ». Puisque d'après saint Augustin les vertus des infidèles sont plutôt des « vices », un esprit inattentif ou insuffisamment formé a pu conclure vitia virtutis lace fulsisse, et par conséquent, que les vertus des infidèles étaient des vices éclatants, conclusion contre laquelle saint Augustin aurait protesté, et à bon droit.

1. Deniile aurait pu citer aussi cette autre parole, passée en proverbe : « In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus charitas. » En général, chez les catholiques aussi bien que chez les protestants, on l'attribue aussi à saint Augustin. En réalité, elle n'est certainement pas de lui. On ne sait pas encore avec certitude à qui elle remonte. Quelques-uns nomment Melanchthon (WooD, Dictionary oj Qaolations, 188, 26) ; d'autres, Grégoire Fr.vnk, ou l'énigmatique Rup. Meldenius (Lucre, Uber das Aller und den Verfasser des kirchiichen Friedenspriichs : in necessariis..,, i85o ; voir en outre Protestantische Realenzyklopâdie, 3° édit., XI, p. 679 ; XII, p. 55 1-552). 11 est possible que Richard Baxter ait en vue un autre « Pacificateur » (Prot. Realenzykl., II, ^87). Runze (Katechismus derDogmatik 19) nomme Nie, Hunnius. Quoi qu'il en soit, cet adage n'est devenu proverbial qu'après i63o. Il semble avoir été inventé pour faire accepter la théorie malencontreuse des « articles fondamentaux », point de départ de l'indifférentisme et d'un pragmatisme sans dogmes. (Note du P. Weiss). [Placée ci-dessus, au t. II, 364, elle en disparaîtra à la deuxième édition].

2. Le « colloquium » est l'épreuve orale que tout privatdozenl doit soutenir avant son habilitation. (N. d. T.).

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