DIEGKHOFF ET LA SCOLASTIQUE I
l'avoir identifiée avec le péché originel, il use encore fréquemment du langage catholique : par suite de la concupiscence, l'homme est enclin au mal et va péniblement au bien. Ses thèses fondamentales lui défendaient de parler ainsi ; elles auraient dû lui faire dire : l'homme fait nécessairement le mal, il ne peut faire le bien. Mais de son propre aveu, Luther était u un bavard, un rhéteur i » plutôt qu'un logicien 2.
Dans ses études sur Luther, Dieckhoff a donc complètement manqué de critique. Et si sur ce point capital, il n'a pas compris son cher père Luther, à plus forte raison ne peut-on pas lui demander une
1. Analecta Lutherana et Melanthoniana, éd. Lôsche, p. 32G, n° 5a8.
2. Seeberg n'a pas mieux vu que Dieckhoff le point de départ des doctrines de Lutlier. Il écrit : « Ce nest pas du déchaînement de certaines passions en particulier que Luther a souffert pendant sa vie monastique. Ce qui l'oppressait, c'était sa nature pécheresse, c'était le péché originel. -» {Lehrbiich der Dogmengeschichte, II, 21a). Mais pourquoi était-il ainsi vaincu ? Cette question capitale ne lui est pas même venue à l'idée. Seeberg est moins digne d'excuse que Dieckhoff : en tête du paragraphe sur La doctrine de Luther dans la période avant la Réforme, le seul ouvrage qu'il indique à consulter est celui de Dieckhoff. Mais, et les Gloses de Luther sur les Sentences, publiées depuis cet ouvrage ? Si les Dictées sur le Psautier ne suflisaient pas à lui fournir l'indication d'une première étape dans les années de Luther avant la Réforme, l'existence de cette étape devait du moins lui sauter aux yeux à la lecture de ces Gloses. Il ne l'a pas vue, et dès lors c'est chez lui un éternel quiproquo. Ce manque de critique a eu aussi pour conséquence de lui faire donner sans la moindre raison comme point de départ théologique de Luther la lutte sous la pression d'une fausse pensée de pénitence satisfactoire (Ibid., p. 207). Seeberg a pris la conséquence pour la cause, qu'il ne connaît pas, mais qu'il aurait dû connaître.
igS LES PROTESTANTS ET LA SCOLASTIQUE
grande intelligence des scolastiques. De fait, que nous dit-il à leur sujet ? 1. u A rencontre du semi-pélagianisme de la scolastique, Luther rappelle avec force qu'avec le péché originel il n'y a pour l'homme naturel qu'une impossibilité absolue de faire le bien. Par là, il se sépare ouvertement de la scolastique et il en soumet les tendances semi-pélagiennes à la plus profonde critique » I Nous avouerons ne pas connaître cette profonde critique, et Dieckhoff ne nous donne aucune lumière à se sujet. Mais que peut bien comprendre au semi-pélagianisme et à la scolastique un homme qui en parle comme Chamberlain de la « science moyenne 2 » !
De fait, tout au début de sa brochure sur la scolastique, Dieckhoff écrit : u La scolastique méconnaît la