‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 138 sur 278 · I. Ibid., p. i · texte numérisé non relu

I. Ibid., p. i

ces deux articles c'est précisément le contraire que dit saint Thomas : « Toute préparation de l'homme à la grâce vient de l'aide de Dieu, aide qui pousse l'âme au bien. De même l'excitation de la bonne volonté comme préparation à la réception de la grâce vient d'une motion de Dieu. L'homme ne peut pas se disposer à la grâce si Dieu ne le prévient et ne le porte au bien. Il n'y a pas une seule préparation à la grâce qui n'ait Dieu pour auteur^ ». D'après saint Thomas, c'est donc Dieu qui commence et non l'homme. Les textes que cite Dieckhofî contiennent exactement le contraire de ce qu'il y a lu 2.

I. i" 2*% qu. lia, a. 2 : a QuaBcunque prœparatio in homine (ad divinum auxilium) esse potest, est ex auxilio Dei moventis animarn ad bonum. Et secundum hoc ipse bonus motus liberi arbitrii, quo quis praeparatur ad donum gratiœ suscipiendum, est actus liberi arbitrii moti a Deo ». — Ad 2 : « Cum homo ad gratiam se praeparare non possit, nisi Deo eum prœveniente et movente ad bonum », etc. — Ad 3 : « Ad hoc quod Deus gratiam infundat animae, nulla prgeparatio exigitur quam ipse non facial. »

3. Sous toutes ces descriptions se retrouve toujours l'idée fondamentale que nous avons déjà si souvent rencontrée : péché originel, concupiscence et homme déchu sont tout un. L'homme déchu est donc un mal vivant ; il ne peut rien faire, il ne doit rien tenter de faire dans l'ordre du salut : que ce soit autant qu'on le voudra sous la motion de Dieu, vouloir y faire agir l'homme est une tendance au pélagianisme.

Cette théorie se perd nécessairement dans le manichéisme ou dans le panthéisme. Le manichéisme eût été plus logique : si l'homme ne pouvait rien faire, c'était parce que son activité était radicalement viciée ; de là, on aurait dû remonter à un Principe mauvais, incapable lui aussi de devenir bon. Toutefois, c'est vers le panthéisme que le mouvement s'est dessiné. On comprend assez qu'il en ait été ainsi : le protestant ne voulait pas couper les rapports avec Dieu ; au contraire, il voulait faire abstraction de cette activité viciée, n'en pas tenir compte, et y subs-' tituer l'activité de Dieu. Dès lors il en est arrivé peu à peu, et

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