‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 139 sur 278 · LE PANTHEISME PROTESTANT · texte numérisé non relu

LE PANTHEISME PROTESTANT

Il ajoute avec assurance : « C'est, dit Thomas, l'affaire de l'homme de préparer son cœur, car cette préparation se fait par le libre arbitre )). — Saint Thomas ne dit rien de cela, il se borne à rapporter le texte de la sainte Ecriture : » C'est à l'homme de préparer son âme 1 », texte qu'il explique en ce sens que tout d'abord, la préparation vient de Dieu, qui meut la volonté^ ». C'est donc Dieu qui commence la préparation

comme instinctivement, à dire que l'être et l'activité de l'homme n'étaient que des apparences. Dans cette théorie, le manichéisme ne vivra plus que comme un souvenir, un vestige, témoin d'un état transitoire, à la manière de ces organes plus ou moins atrophiés et inutiles où le transformisme voit des témoins de stades anciens et dépassés dans l'évolution de la nature physique.

Par une autre voie, par l'autre idée capitale de Luther, je veux dire le rejet de la hiérarchie, le protestantisme en arrivait du reste aussi au panthéisme. Le rejet de la hiérarchie amena vite de profondes divergences doctrinales. Malgré qu'on en eût, il fallut bien en arriver à trouver un moyen de nier la nécessité d'une doctrine pour être chrétien : de là, la religion du sentiment, inventée par Schleiermacher et par Ritschl. Nous sommes au-dessus de la vérité religieuse : c'est notre sentiment religieux qui produit les dogmes. Avec Kant, cette théorie passa de la religion dans la philosophie : l'homme est au-dessus de la vérité dans Tordre profane. Quoi qu'en dise Kant, dans l'ordre des idées, l'on est allé en sens inverse de celui où marchait la science du monde : la cosmographie est allée de Ptolémée à Copernic ; elle a fait du soleil le centre du monde ; la philosophie, au contraire, a fait de l'homme le centre autour duquel gravite la Vérité. Kant gardait encore un bien qui s'imposait à l'homme ; sous ses successeurs, le bien, comme le vrai^ est devenu un produit humain : le surhomme de Nietzsche n'a d'autre règle que son besoin de grandeur : il est « au-delà du bien et du mal ». Ainsi l'homme est le centre et la règle de tout : il est Dieu. (N. d. T.)

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