HAR>ACR >E COMPREND RIEN A SAINT THOMAS
prétendue impossibilité pour l'homme dépourvu de la grâce de connaître une vérité quelconque, Harnack ajoute : u L'exposé est d'autant plus digne de remarque qu'il porte très fortement l'empreinte d'influences
selon sa propriété. Elle ne peut aller au-delà sans qu'une autre forme lui soit ajoutée : ainsi, l'eau ne peut réchauffer qu'autant que le feu lui a communiqué de la chaleur ». Est-ce par pur hasard que Harnack remplace par des points l'explication qui suit les mots « intelligibilia cognoscenda » : l'intelligence est suffisante pour connaître quelques intelligibles ? Cette explication, la voici : « à savoir les intelligibles à la connaissance desquels nous pouvons parvenir à Vaide des faits sensibles ». Est-ce par pur hasard qu'après : « perficiatur » : « à moins que l'intelligence ne soit perfectionnée par une lumière plus forte », Harnack supprime quelques mots, ceux-là précisément qui servent à la parfaite intelligence de la doctrine de saint Thomas : « par exemple, par la lumière de la foi ou de la prophétie ». Est-ce par pur hasard que Harnack laisse de côté la dernière phrase de l'article ? Mais cette phrase est nécessaire pour bien saisir la doctrine de saint Thomas : « Toutefois, par sa grâces Dieu instruit quelquefois miraculeusement certains hommes de ce que la raison naturelle pouvait connaître, de même que quelquefois il produit miraculeusement ce dont la nature est capable ». Ces mots ne peuvent avoir qu'un sens : c'est que, sans la grâce, l'homme peut connaître certaines vérités de l'ordre naturel. C'est d'ailleurs ce que, dans le même article, saint Thomas répète à satiété en répondant aux deux premières objections. La grande raison de Harnack, ce sont sans doute les mots : « Pour connaître \e yrdLi quel qu'il soit, l'homme a besoin d'un secours djum ». Mais alors je lui ferai remarquer qu'avant d'écrire sur saint Thomas, il devrait se familiariser avec sa terminologie [et l'une des idées fondamentales de sa philosophie]. L'aide dont il est question ici, ce n'est pas « l'aide de la grâce », mais « l'aide de la motion, le concours général de Dieu (( par lequel une faculté est amenée à son acte naturel)). (Voir, ci-dessus, t. Hl, p. i6/i, i83-i8/i). C'est cette motion que Harnack a prise pour la grâce avi sens propre du mot, c'est-à-dire pour la grâce surnaturelle. Oh ! évidemment, il n'y a ici que l'ignorance en cause ! Mais c'est ATaiment une fâcheuse méprise, qui a amené Harnack à des conclusions par trop malheureuses.
aristotéliciennes ». Vraiment ! Et néanmoins cet aristotélicien de Thomas aurait enseigné « que sans la grâce (pourtant inconnue d'Aristote) l'homme était incapable de connaître une vérité quelconque » ! Puis, alors même que l'exposé dénoterait de très fortes influences aristotéliciennes, s'ensuivrait-il aussitôt qu'il serait faux?
Harnack semble découvrir l'influence d'Aristote dans ce que saint Thomas dit du mouvement ; dans toute la citation, c'est, en effet, le seul mot qu'il souligne : (( Tout exercice de l'activité comporte un moavemenl )). Mais quel sens saint Thomas donne-t-il à ce mot? Harnack ne le dit pas ; il remplace même par des points le membre de phrase dont saint Thomas le fait suivre : « en prenant le mot de mouvement au sens large d'après lequel comprendre et vouloir sont appelés des mouvements, comme on le voit par le Philosophe au livre 111 de l'âme ^ ». Harnack voudrait-il nier que comprendre et vouloir soient des mouvements spirituels? Niera-t-il aussi que cet article trahit non seulement des influences aristotéliciennes, mais aussi des influences paulinie unes ? Qu'est-ce que saint Paul veutil donc dire par ces mots : « C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être ^ »? Tout simplement, ce que saint Thomas enseigne dans son article.
Maintenant, voici venir une monstruosité : « En
I. « Usus quilibet quemdam motum importât, large accipiendo motura, secundum quod intelligere et velle motus quidam esse dicuntur, ut patet per Philosophum in III de Anima (i* 2", qu. 109, a. i).
3. Act. Ap. XYII, 28 : « In quo viviraus, movemur et sumus. »
l'ordre naturel et l'ordre surnaturel 225
même temps, dit Harnack, se montre ici dans tout son jour l'intellectualisme de saint Thomas : la grâce, ditil, est 1 la communication d'une connaissance surnaturelle 2. » Pour saint Thomas, elle n'est vraiment que cela ? Harnack a-t-il donc si peu étudié et si mal compris celui qu'il veut traduire à son tribunal ? 11 ajoute : (( Puis la lumière de la grâce est ajoutée à la nature )). Et alors vient la remarque du sage : « Dans les deux cas, c'est une adjonction funeste ; car ce qui est ajouté n'est pas nécessaire à l'homme pour atteindre sa fin ^ ;