‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 147 sur 278 · C'est moi qui souligne · texte numérisé non relu

C'est moi qui souligne

2. Partout et toujours des conceptions trop exclusives ! L'un ne cherche la grâce que dans 1' « illumination» de l'intellect, l'autre, que dans la motion (ou même dans l'oppression) de la volonté, alors cependant que, d'après la doctrine théologique, ce que la grâce habiluello donne lout d'abord et essentiellement à l'homme, c'est une nature supérieure, l'être surnaturel, ainsi donc, « une qualité de Vâme », c'est-à-dire un « don habituel », que Dieu confère (Thomas, i* 2^% qu. no, a. a), et qu'il met « dans l'essencede l'âme» (ibid., a. '4). Les vues erronées que nous blâmons viennent de ce que tant d'hommes confondent la grâce habituelle et la grâce actuelle. Celle-ci n'est qu'un secours passager de Dieu, « in quantum anima hominis movetur a Deo ad aliquid cognoscendum vel volendumvel agendum, et hoc modo... non est qualitas, sed motus quidam animœ » {ibid., a. 2). Cette distinction n'est pourtant pas fort difficile à saisir. (Note du P. Weiss.)

3. En effet, l'Eglise a toujours dit que l'ordre surnaturel n'était pas nécessaire à l'homme, qu'il était un don de Dieu, Toutefois avec l'Evangile (Matt., XXII, i-i4 : parabole des noces du fils du roi, etc.), elle ajoute que l'acceptation de ce don n'est pas facultative : Dieu veut que nous acceptions la révélation et les institutions de J.-C. En avait-il le droit ? Ce n'est pas le seul don que Dieu nous ait imposé : nous n'avons pas été consultés davantage pour entrer dans la vie. Dieu a le droit de nous imposer ce qui lui plaît, pourvu que ce ne soit pas un mal. Et pourquoi Dieu nous a-t-il imposé ce don ? On peut assez bien en voir la raison. Nous sommes des êtres sociaux ; à l'endroit des institutions de J.-C. nous ne saurions vivre dans une indépendance

cette addition pourrait donc faire défaut i ; et si elle existe, elle engendre une valeur surhumaine, par conséquent un mérite. » Pour comprendre combien « cette adjonction est funeste », il faut se rappeler que Harnack part d'une autre adjonction funeste, mais qui lui est toute personnelle : c'est que d'après saint Thomas, l'homme sans la grâce est incapable de connaître une vérité quelconque, même de l'ordre naturel. Cette méprise funeste l'a empêché de voir que saint Thomas ne regarde pas l'aide de la grâce comme nécessaire pour la connaissance des vérités qui répondent à la fin naturelle de l'homme, mais de celles qui (( dépassent la connai\s>SdiB.ce naturelle », et a spécialement de celles qui appartiennent au domaine de la /oi 2. »

Je ne dis rien d'excessif en afQrmant que chaque phrase de ce travail de Harnack contient pour le moins une méprise. C'est à peine si aucun autre historien protestant, si ce n'est peut-être Dieckhoff, a été jamais aussi mal inspiré. On jurerait que Harnack s'est évertué à mal comprendre saint Thomas. Ses réflexions générales sont de même force que ses explications de textes. Ainsi il écrit ^ : u Au point de vue religieux, la doctrine de la grâce chez saint Thomas présente un

individuelle qui dans le domaine religieux et même profane] engendrerait l'anarchie, celui-ci usant du droit de s'en servir, l'autre du droit de les rejeter (N. d. T.).

1. Evidemment. C'est même pourquoi la grâce est un donf, gratuit de Dieu, comme l'enseigne la doctrine catholique. (Note du • P. Weiss).

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