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(( Nous prêchons le Fils de Dieu qui viendra au jour du jugement et livrera les impies aux flammes éternelles. Si cependant le pape avec ses cardinaux viennent à lire ou à entendre ce que nous disons là-dessus, ils en rient comme d'une chose impossible... i »
Ses compagnons avaient soin de répandre ces mensonges dans le peuple. Ainsi, en i546, parut un pamphlet où Ton imaginait un dialogue entre le diable et le pape. Dans cette guerre 2, disait le diable, « la ligue évangélique » va triompher parce qu'elle a le meilleur capitaine. — Le pape : « Qui ça? » — Le diable : « Le maîtrey le maître, celui devant qui tout tremble, moi avec toutes les créatures. » — Le pape : « Mais comment s'appelle-t-il ?» — Le diable : « Il s'appelle Christ, celui qu'on dit qui a délivré le monde entier de moi, du péché et delà mort éternelle. » — Le pape : (( Ah I bien. » — Le diable : « Tu parles si nonchalamment qu'on dirait que tu ne le connais pas. » — Le pape : « Mais qua-t-il donc fait ?» — Le diable : « L'Ecriture dit que par sa mort, il a mérité la vie éternelle à tous ceux qui croient à cette vie-là. » — Le pape : ce Soit dit entre nous, tout ce qu'on débite sur cette autre vie ne me semble pas sérieux ; en tout cas, s'il y en a une, je désire du moins m'arranger de manière à passer celle-ci de mon mieux, comme dit le chanoine de Wiirzbourg. Car qui sait ce qu'il y aura
1. Opéra exeg. lat., IV, 281 (vers i538). — Ibid., p. 3i3 : « Papa et cardinales non credunt Deum esse ». — Voir aussi Calvin, Institutio christianœ religionis, lib. h, c. 7, n. 27.
2. La guerre dite « de Schmalkalde », qui se termina par la victoire de Charles-Quint à Mûhlberg(24 avril 16/17), et par 17n<mm d'Ausbourg(i5/,8). (N. d. T.).
{( LES CATHOLIQUES NE CROIENT A RIEN )) 3l
dans l'autre ?» — Le diable : « Qu'il te soit fait comme tu crois. )) — Le pape : « Je prends bien encore un peu soin de tout cela, mais je n'en crois pas un mot », etc. i. D'après Luther, ce n'était pas seulement à Rome, mais chez tous les catholiques qu'en général on trouvait ces dispositions. Il écrivait en i53i : u Lorsque sous le pape Léon le dernier concile de Latran fut sur le point de se terminer, on inséra entre autres articles qu'on devait croire à l'immortalité de l'âme. Il faut en conclure, que pour la vie éternelle, ils n'ont que mépris et sarcasmes. Ils confessent par là que parmi eux c'est une croyance tout à fait publique qv'il n'y a pas de vie éternelle ; mais ils veulent dire le contraire dans une bulle 2. » Du reste, à partir de iSig, il explique ce canon du concile d'une manière de plus en plus déloyale ^.
1. Pasquillus. New Zeyltung vom Teiiffel. Ce pamphlet fut plusieurs fois réimprimé. Voir Gôdeke, Grundriss zur Geschichte der deiitschen Dichtung, II, a* édit., 274, 76 ; Kuczinski, Thésaurus, n. 2 123-2 123 (ScHADE ne l'a pas reproduit).
2. Warnung D. Martini Luther an seine lieben Deutschen. (Avertissement du D' Martin Luther à ses chers Allemands). Erl. 26, 33. En i5/j6, Mélanchthon en donna une réédition qui contient tous les mensonges de la première.
N. d. T. De fait, le V° Concile de Latran a une définition dogmatique en ce sens(Denzinger-Bannwart, Enchiridion symbolorum ; 10* éd., 1908, p. 255, n" liSo ; igdéc. i5i3 ; L. Pastor, Histoire des papes, trad. Poizat, t. VIII (1909), 2/41-342. Cette définition était dirigée contre Pomponace et autres néo-aristotéliciens. On sait, du reste que, dans ses définitions dogmatiques, l'Eglise ne précise tel ou tel article de sa doctrine que lorsqu'il a été attaqué ou du moins méconnu. Mais de ce que Pomponace et son clan niaient l'immortalité de l'âme, comment conclure que l'Eglise entière méconnaissait ce point de doctrine 1 Une fois de plus, on saisit là sur le vif la manière du tribun pamphlétaire.
3. Weim. Il, 226 (iBig), 54i (iBig); VI, 338 (1620), 432-433 (1620) ; VU, 54i [?] ; In Galat. II, 326 (i535), etc. — Kolde {Martin
32 LA DOCTRINE DE LUTHER ET LA PAIX DE l'aME
Sans doute, lorsque cela lui plaisait ou aidait à ses desseins, les catholiques croyaient en Dieu, au Christ, au jugement, à l'enfer et à la vie éternelle ; mais leur Dieu et tout particulièrement leur Christ était un Juge sévère, venant « sur les nuées du ciel », et condamnant aux supplices éternels ; pour eux, la justice dont parle saint Paul était une justice qui punissait^. Ce mensonge est absolument opposé à celui dont nous venons de parler ; mais il y recourait lorsqu'il s'agissait de faire ressortir la consolation de sa doctrine, en opposition avec la terreur que causait la doctrine catholique : la fin justifie les moyens. Et cet axiome, il ne savait pas seulement s'en servir ; il savait aussi l'énoncer fort clairement : « Quel mal y aurait-il à ce que pour un plus grand bien et en considération de l'Eglise chrétienne, on fit un bon et gros mensonge? » « Un mensonge nécessaire, un mensonge utile, un mensonge secourable, aucun de ces mensonges ne va contre Dieu 2. )) Pour l'utilité de sa doctrine et de son Eglise, il faisait mourir d'une mort épouvantable ou comme des pourceaux stupides tous ses adversaires, catho-
Luther, l, ii5) n'a pas honte de reproduire l'explication déloyale de Luther ; il s'écrie : « Voilà donc dans l'Eglise le terme d'une évolution de quinze cents ans ! » Pas plus que Luther, il n'a voulu voir que le concile condamne « perniciosissimos errores a Jîdelibas semper explosas ! » au premier rang desquelles il met la proposition que l'âme est mortelle (Mansi, Coll. Concil., t. Sa, p. 8A2). Le fait est si simple que Koehler se prononce contre les explications de Luther et de Kolde. (Luther und die Kirchengeschichte, I, 110).
1. Ad Romanos, I, 17; sur ce dernier mensonge, voir ci-dessus, t. 11, p. 365-3Ô6.