‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 185 sur 278 · ATTAQUES DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

ATTAQUES DES PROTESTANTS

€omme fruit d'une foi sincère ; puis, elle ressasse la vieille calomnie de Luther a que le peuple ne connaissait Dieu que comme un juge qui punit ». Son appréciation peut se résumer ainsi : mon ouvrage n'est qu'un pamphlet sans valeur, qui de la première à la dernière ligne n'est inspiré que par de bas sentiments, et où foisonnent la saleté et l'ordure. Après un éreintement à si peu de frais, il ne faut pas être surpris de voir l'article se terminer par le regret que je trouble la paix religieuse, et d'y trouver la répétition du mensonge que le pape a désavoué mon livre. Tous les journaux du même clan ont donné des appréciations du même genre : mon livre avait été condamné par toute la presse non ultramontaine, il portait complètement à faux, c'était un véritable libelle.

Des rédacteurs plus avisés ont eu recours à des moyens plus raffinés. Craignant de n'être pas à même d'abattre à eux seuls ce gênant ouvrage, ils ont appelé des catholiques à leur aide : avec force flatteries, on a demandé à ces catholiques d'approuver la manière de voir des protestants, ce qui dispenserait ceux-ci de la développer eux-mêmes. C'est ainsi qu'a procédé la Revue littéraire d'Allemagne^. Se drapant hypocritement dans le manteau de l'objectivité absolue, elle s'en est allée mendier çà et là des comptes-rendus chez les écrivains catholiques ; en même temps, elle insinuait savamment en quel sens il convenait d'apprécier un ouvrage perturbateur de la paix religieuse. Je n'ai pas besoin de dire que les véritables catholiques

Deutsche Literaturzeitung .

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ont repoussé ces gracieuses avances*. Mais quel triste certificat d'indigence pour les savants protestants ! Et ce sont pourtant ces gens-là qui ont toujours à la bouche la recherche libre de tout préjugé 2 / Après tant d'efforts inutiles, la Ligue évangélique va évidemment emboucher la trompette pour appeler tous les protestants à la bataille ^.

La réfutation de Harnacr a donné au vacarme de la presse protestante un nouveau souffle de vie. D'une manière cauteleuse, il se demande si mon ouvrage ne doit pas être regardé comme une nouvelle déclaration de guerre ; dans les tirades des journaux, de même que dans les conversations privées, le mot a été habilement répété. Elles aussi, les critiques de Seeberg et de IIaussleiter ont fourni une nouvelle matière à la pauvreté intellectuelle des rédacteurs et correspondants de la presse quotidienne. La plupart d'entre eux n'avaient pas même vu mon livre, et du reste ils n'étaient pas compétents pour en contrôler les critiques :

1. On a fini par trouver Sébastien Merckle, le professeur de théologie de Wurzbourg, connu du monde savant par la collection de documents intitulée Concilium Tridentinum, et d'un public plus nombreux par diverses appréciations bruyantes, comme réloge de VAufklàrung ou Siècle des lumières, mot courant en Allemagne pour désigner la seconde moitié du xvm* siècle. Le compte-rendu a paru le 21 mai 1904 (col. 1236-12/io) ; il est peu aimable pour Denifle (N. d. T.).

2. Vorausselzungslose Vorschung. Au-delà du Rhin, on répète à satiété cette expression. Elle a été mise en avant par Mommsen dans une lettre au professeur Lugo Brentano (Miinchener Neueslen Nachrichten, i5 nov. i9oi)(N. d. T.).

3. Au dernier moment, j'apprends que la Ligue évangélique de Bavière va en effet adresser à tous les protestants un appel IFré à 100.000 exemplaires.

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