Erl., 32, i86(i
sence de la théorie de la justification par la foi, avec toutes les conséquences qui en découlent, de cet article « sans lequel l'Eglise ne saurait subsister, sans lequel elle ne peut résister à aucune erreur, parce qyien dehors de cette doctrine le Saint-Esprit ne veut ni ne peut rester avec nous » ^. Par cet article aussi et sans attaque à main armée on détrônerait la papauté 2. Mais comme le christianisme n'existe pas en dehors de l'Eglise, Luther et ses adeptes en étaient réduits à regarder l'évolution entière de l'Eglise depuis les apôtres comme une déformation du christianisme, déformation constante et chaque jour plus accentuée, jusqu'à ce qu'enfin il se présentât comme Réformateur pour chasser le diable qui, depuis les apôtres, ou si les protestants le préfèrent, depuis l'empereur Phocas, régnait dans l'Eglise à la place du Christ et de l'Esprit de Dieu.
Mais de toutes ces affirmations il ressort une conclusion très claire: c'est que, malgré sa promesse de rester avec son Eglise jusqu'à la fin des temps, Jésus- Christ n'y resta pas même un siècle, ou, en mettant les choses au mieux, qu'il y resta simplement cinq siècles. Dès lors, il a menti et trompé ; il n'a donc pas été l'envoyé de Dieu, il n'est pas VHomme-Dieu, mais un pur homme, et même un imposteur. Or il est impossible qu'il en soit ainsi ; car, prédit par les prophètes, il a montré en outre par sa vie et par des signes que Dieu seul peut produire qu'il était vraiment l'envoyé de Dieu. Croire en lui était et demeure raisonnable.
I, Erî,, 25, /iQ (i53i).
a. Cod. Vat. lat., 1826, fol. i^lK
Et Luther, est-il également raisonnable de le suivre ?
Prétendant fonder au nom de Dieu un nouvel ordre de choses, il était évidemment obligé de fournir une preuve du même genre ; on peut même dire qu'il n'y était pas moins fortement obligé que Jésus-Christ, car la différence entre sa doctrine et celle d'auparaA'ant est peut-être plus profonde qu'entre le christianisme et le judaïsme, qui le préparait, qu'entre la nouvelle et l'ancienne Alliance. Et alors même que Luther n'aurait pas été un fondateur de religion, qu'il se serait borné à restaurer le christianisme, alors même que a la réforma tion luthérienne n'aurait été qu'un renouvellement de la doctrine » a, et que ce renouvellement se serait produit dans le sens du christianisme primitif, ainsi que le prétend le protestantisme, tant rationaliste que positif, qui se fait presque un honneur de ne pas remonter d'une manière ininterrompue jusqu'aux apôtres, il n'en resterait pas moins qu'en face du magistère ordinaire, du magistère reconnu avant Luther comme « légitime propriétaire », il aurait dû prouver la divinité de sa mission, et précisément par ces preuves surnaturelles que lui-même il exigeait des autres novateurs : une vie particulièrement vertueuse et des signes miraculeux. Ce titre même de Réformateur que les historiens protestants attribuent au moine de Wittenberg, cette prétention à opérer une Réforme que Luther lui-même a émise des centaines de fois ^ font de cette vie vertueuse et de ces