INNOVATIONS DE LUTHER
des bonnes œuvres, les conciles et la tradition ; la pratique des conseils évangéliques et les vœux, le culte et l'intercession des anges et des saints ; la nécessité de la charité pour la foi justifiante, l'efTacement du péché dans le baptême et la justification, et non la simple non-imputation ; puis, que ce n'est pas seulement par la foi que nous allons à Dieu, mais que les œuvres y servent aussi ; que le culte de Dieu ne consiste pas uniquement dans la foi ou confiance en Dieu et dans l'amour du prochain^ mais avant tout dans l'amour de Dieu, amour que l'on doit posséder, dont on peut et on doit faire des actes ; qu'avec la grâce de Dieu l'observation des commandements nous est possible, qu'elle est même nécessaire ; que la volonté est libre dans l'œuvre du salut et qu'elle y coopère. Enfin, contrairement à la doctrine catholique, il a sa théorie capitale d'où découlent la plupart de celles que nous venons de rappeler : que par le péché originel la nature a été non seulement affaiblie, mais complètement dévastée, que tous les actes de l'homme sont des péchés, que la concupiscence est absolument invincible, etc. Qui pourra compter toutes les doctrines et institutions qu'il voulait supprimer comme n'étant que des « erreurs» et des « abus », à rencontre du témoignage unanime, de la croyance universelle et de la constante doctrine de l'Eglise, de l'Eglise grecque aussi bien que de l'Eglise latine, et cela depuis les origines, c'est-à-dire depuis quinze siècles avant le Réformateur? Chez lui le simple mot d'Evangile répond déjà à un concept absolument nouveau et inconnu de toute l'Eglise ; les protes-
tants d'aujourd'hui ne possèdent même plus l'Evangile au sens où il l'entendait, puisqu'ils n'admettent plus la partie essentielle de cet Evangile, la justification par la foi seule, et la justice du Christ simplement imputée.
Luther s'est jugé lui-même: ce qu'il écrivait en i532 pour réfuter Zwingle au sujet de la Cène s'applique à tous les points de la doctrine catholique que nous venons d'énumérer, et à d'autres encore qu'il a combattus et supprimés : a Pour nous en tenir à cet article, dit-il, et pour n'écouter et ne soujjfrir à ce sujet aucun esprit de cabale, le témoignage de toute l'Eglise chrétienne doit nous suffire. Car il est dangereux et terrible d'entendre ou de croire quelque chose à rencontre du témoignage unanime, à rencontre de la foi et de la doctrine de toute la sainte Eglise, qui, unanimement et partout, a cru ainsi depuis le commencement pendant quinze siècles... Celui qui doute sur ce point, c'est tout comme s'il ne voulait croire à aucune Eglise chrétienne ; par là, il condamne non seulement la sainte Eglise chrétienne comme une maudite hérétique, mais aussi le Christ lui-même avec tous les apôtres et prophètes qui ont établi et hautement affirmé l'article où nous disons : « Je crois une sainte Eglise chrétienne. » Jésus-Christ a dit i : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. » Et saint Paul 2 : (( L'Eglise de Dieu est la colonne et le fondement de la vérité » 3. — Et quatre ans après, parlant contre