‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 216 sur 278 · AFFIRMATIONS GRATUITES · texte numérisé non relu

AFFIRMATIONS GRATUITES

la preuve qu'on devait suivre Luther ? Dans l'évidence interne de sa doctrine ? [Les dissensions doctrinales au sein même du protestantisme suffiraient à montrer que cette évidence n'existait pas]. Dans l'affirmation de Luther ? Mais à supposer que la droiture de Luther eût été hors de doute, l'affirmation d'un seul homme en regard du magistère de l'Eglise entière et de la foi de toute la communauté est une bien petite garantie d'infaillibilité. Cette conception d'un homme ayant raison contre tous en matière de foi devait fatalement en arriver à détruire toute règle de foi et toute foi commune, pour en aboutir à un subjectivisme absolu. En vérité, Luther ne put pas donner de preuves : comme Mahomet, il erra autour du miracle, sans pouvoir jamais le rencontrer. A ce point de vue, la ressemblance entre ces deux hommes est vraiment frappante ^. Luther a écrit : « Lorsqu'on introduit une nouvelle doctrine, comme celle de Mahomet, il faut la confirmer par des signes et des miracles » 2. Pour le même motif, lui aussi il aurait dû en faire. Mais pour ces miracles, Luther aussi bien que Mahomet auraient eu besoin de l'aide de Dieu.

Il chercha à se tirer d'embarras. Il nous rappelle à merveille la fable du renard et des raisins : u Je n'ai été instruit ni par des signes ni par des révélations particulières, dit-il dans son Commentaire sur Isaïe ; je n'ai jamais non plus demandé la grâce d'un signe ; C'est le contraire que j'ai demandé (c'est-à-dire que

1. Voir la traduction du Coran par Ullmann, 8* édit., Bielefeld et Leipzig-, par exemple p. 2 33.

Page 1