‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 22 sur 278 · Ci-dessus, t. I, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, t. I, p

3. Confabulationes monasticse (Parisiis, i5i6), fol. 3i : « Ego vero ut intérim de me loquar, quid jejunia mihi sacra prestiterint, magnificas optimo Jesu gratias agens, haud gravate profîtebor. Ttaque miserrimus ego, antequam Benedictino vestirer amictu, nec decoram rutilantis aurorae facem surgendo prœvenire, nec Yespertinas mensas abdicare consuetus, ita mecum fréquenter agi sentiebam, ut ad prandia vix uUo invitarer appetitu : minimum caro sapiebat. Sin autemdies esset quicarnem excluderet, qualem macrum vocare soient, aegre satis admittebantur ova, piscis facile fastidiebatur, panera vero, nuUo alio comitatum cibo, satis diligenter attrectare vitabam. Ubi vero desideratissima piorum contubernia fratrum, me, licet indignum minimeque merentem, gratissima sua sunt societate dignali, atque nocturnis in vigiliis, juvante Christo nunc ternas nunc quaternas horas absumere didici, reliquoque antemeridiani temporis offîciosedulus interesse consuevi : quoties abstinentiales agebantur dies, multo fateor tardius, quam nimia petulantioris appetentie desideria vellent, prandiloqua tintinnabula feriebantur. Ubi vero expleta tandem benedictione manducaturus consederam, quod primum panis frustum (quod fréquenter ater erat, is enim in ipsis prandiorum exordiis petentibus minime denegatur) ori fuisset applicitum, ita, Jesum testor, sapiebat, ut me nunquam in seculo nec perdicem nec cuniculum nec longioris rostri volucrem at ne calentes

38 LA DOCTRINE DE LUTHER ET LA PAIX DE l'aME

Ce qui autrefois lui paraissait impossible, ou du moins très difficile, l'amour de Jésus-Christ, à qui il avait tout sacrifié, le lui rendait aujourd'hui facile et agréable.

Evidemment, les confidences de ces deux hommes nous renseignent aussi sur les sentiments de ceux qui les entouraient ; ces sentiments venaient de leur désir de plaire à Dieu, de l'amour de Dieu, cette vertu que Luther et ses adeptes, comme nous l'avons vu, ignoraient complètement, u Crois-moi, écrit Raulin, j'en ai fait l'expérience : dans cette milice du Christ rien n'est dur, tout est extraordinai rement facile et doux à celui qui aime ^ ».

Le célèbre Geiler de Kaisersberg, comme Raulin et Fernand lui aussi un peu antérieur à Luther, et qui eut souvent à remplir des fonctions dans les couvents, n'était rien moins qu'un panégyriste aveugle de la vie religieuse ; néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de reconnaître les neuf avantages que saint Bernard ou peut-être quelque moine de son époque avait trouvés

quidem fœniculatasque kicanicas (quibus gulo voracior avide nimiumque cupideque vescebar) tara delectabunde atque voluptabiliter edisse raemini. Quid dicam ? Placebat faba frixa, placebat râpa, placebat brassica, placebant beta? ; denique nihil erat quod displiceret. Catinum sepenumero jure sectilibus panis frustulis permixto ad summum usque confertum brevi tempusculo vacuabam ; ova quae prius fastidiebant, ambrosia erat ; vinum acidulum nectar. Et tameneopacto surgebam, ut, quemadmodum dici solet, vacaret intestinum, si forte vel amicus vel hospes accipiendus advenisset ».

T. Epp., fol. 73 : « Expert© crede mihi, nihil in ea (militia) durum est, omnia facillima et dulcissima amant' ». Voir aussi saint Augustin, ci-dessus, t. III, p. 891, n. 1.

LA PAIX DANS LA VIE ET DANS LA MORT Sg

dans ce genre de vie i. Parmi ces neuf avantages se rencontrent les deux dont nous venons de parler : plus de paix pendant la vie et, — ce que, mieux que tout autre, Geiler pouvait savoir par son expérience des âmes, — « plus de consolation, de calme et d'espérance à l'heure de la mort ^ ». « Le souvenir des nombreuses bonnes œuvres accomplies est assurément pour le mourant un puissant soutien pour l'empêcher de tomber dans le désespoir... Ce qui garantit particulièrement au religieux une grande consolation, c'est l'observation, non seulement des commandements de Dieu, mais encore des conseils évangéliques, les travaux accomplis pour l'amour de Dieu et le secours des sacrements 3 ». a Un religieux meurt volontiers; il sait qu'il a un trésor dans le ciel, trésor qu'il désire posséder en voyant Dieu ; il se réjouit de pouvoir passer de cette vie de luttes au repos et à la joie pour l'éternité. Il a confiance que, dans sa miséricorde infinie, Dieu lui a pardonné ses péchés et qu'il récompensera ses bonnes œuvres par la béatitude éternelle. » Au contraire, u les hommes mauvais et pécheurs, qui ont eu une vie toute

1. Yoir Der Has im Pfeffer, Augsbourg-, i5io, le fol. avant Ff; Strasbourg, i5i6, fol. e ilj ; et surtout ses Sermones novem de fnictibus et utililatibus vitœ monasticœ, qu'en 1/I96 et 1497, ^1 prêcha aux Pénitentes de Strasbourg, et qui jdIus tard parurent en latin. Je me sers de l'édition de Strasbourg (Argentine, i5i8), qui contient aussi d'autres écrits.

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