‹ Luther et le Luthéranisme (volume 2)Chapitre 223 sur 278 · Ibid., 88. Voir aussi Weim., XIV, 6/17-6/18 (i · texte numérisé non relu

Ibid., 88. Voir aussi Weim., XIV, 6/17-6/18 (i

LUTHER ET l'ÉGRITURE SA.1NTE 5l

est ainsi d'un autre critérium qu'il inventa afin de pouvoir affirmer sa mission sans faire de miracles ; je veux dire l'autorité exclusive de VEcriiure Sainte en matière de foi .

En faisant ainsi de l'Ecriture l'unique règle de la foi, s'aveuglait-il lui-même ou cherchait-il simplement à aveugler les autres ? Ce qui du moins est hors de conteste, c'est que pour lui la Bible c'était sa manière à lui d'entendre la Bible, à tel point, par exemple, que, sous sa plume, les patriarches, les prophètes, etc., de l'Ancien Testament prennent sa figure ^ son individualité ; ils parlent par lui comme il aurait luimême parlé à leur place ; ils deviennent les prédicateurs de son Evangile ; absolument comme Luther, ils nous entretiennent du conflit entre l'Evangile et les bonnes œuvres ; comme lui encore, ils ont à faire à des cabales, à des sectes, etc. Une preuve éclatante de ce caractère tout personnel de l'exégèse de Luther, c'est que l'exégèse scientifique des théologiens protestants postérieurs recourt en somme fort peu à lui.

Ne vouloir trouver sa règle de foi que dans la Bible, surtout au sens où l'entendait Luther, devait nécessairement aboutir à un subjectivisme sans retenue, et c'est ce que, de fait, l'histoire a montré d'une manière écrasante. Pourétayer leurs erreurs, tous les hérétiques en ont appelé à l'Ecriture Sainte. Quand Luther a-t-il prouvé qu'il en possédait le véritable sens, qu'il avait le droit de la commenter authentiquement et de renverser la conception que l'on s'en était faite jusque-là ? Sur sa mission surnaturelle, extraordinaire, l'Ecriture était muette ; les prophètes ne l'y annoncent

pas, Jésus-Christ et les apôtres ne nous disent rien de! lui et de son Evangile. Cet Evangile n'était-il donc pas un produit imaginaire de sa sagesse ^ ? A mainte re-] prise, assurément, il en appelle à l'illumination de l'Esprit-Saint, à l'onction intérieure : mais qui ne voit que de telles affirmations ne sauraient suffire ? Qui nous prouvera que tous ces faits d'ordre intérieur ne sont pas des produits de la subconscience, de l'imagination, peut-être simplement d'une volonté intéressée à les faire naître ou même à y croire ? Dès lors, nous dirons à Luther ce qu'il disait à ceux qui s'étaient séparés de lui : prouve par des signes que tu possèdes l'Esprit-Saint, que tu es le commentateur authentique de l'Ecriture; seuls des signes extérieurs nous permettront de contrôler tes assertions.

L'Ecriture est une lettre morte. Luther le savait ;] aussi chercha-t-il à prévenir cette objection par une! théorie nouvelle, celle de l'illumination individuelle ;j à chacun de ceux qui lisaient la Bible, l'Esprit- Saint se révélait dans l'intimité du cœur, et donnait de s'unir à la parole inspirée. On sait quell( a été l'origine ou peut-être mieux l'occasion de cette' théorie ; elle se rattache à la découverte de sa thèse

I. Dans son Commentaire sur l'Epitre aux Romains, fol. 81* [Ficker, II, 8], il prouve que l'Evangile a dû être annoncé à l'avance, et il se fonde sur Isaïe, /|8, 5 : « Predixi tibi ex tune (i. e. in lege veteri) : antequam venirent indicavi tibi, ne forte diceres : idola mea (i. e. mea3 sapientiae imaginationes) fecerunt haec, et conflatilia mandaverunt ista. » — ■ Voir en outre, ci-dessus, t. III, p. 258-269 et, ici, p. 20, le passage emprunté au même Commentaire, fol. 2 35" [Ficker, II, 2^8].

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