ROM. I, 17 : L\ JUSTICE DE DIEU
fondamentale de la justification par la foi. A une époque où, depuis longtemps déjà, il ne savait guère décrire les faits de sa vie monastique que d'une manière fantaisiste, il nous rapporte quand et comment il reçut cette illumination. Voici sommairement ce qu'il nous dit à ce sujet.
En i545, dans la préface de l'édition complète de ses œuvres, il gémit sur l'immense difficulté qu'en i5i5-i5i6, alors qu'il commentait l'Epître aux Romains, il trouvait à expliquer le verset 17 du chapitre I : (( La justice de Dieu a été révélée dans l'Evangile. » Jusqu'alors, il détestait ce mot de justice de Dieu, car d'après l'habitude de tous les maîtres, il avait appris que ce mot de Ju^^/ce devait être pris dans le sens actif que Dieu était juste et qu'il punissait le pécheur. Sa conscience était si bouleversée par la tempête qu'il en était fou de rage K Oui, écrivait-il cinq ans auparavant, tous les maîtres, à la seule exception de saint Augustin, ont expliqué ici la justice de Dieu dans le sens dé colère de Dieu. Toutes les fois qu'il lisait ces mots, il souhaitait que Dieu n'eût jamais révélé l'Evangile ; « car, s'écrie-t-il, qui pourrait aimer ce Dieu qui ne sait que se mettre en colère, juger et condamner ? Enfin grâce à V illumination de l'Esprit-Saint, je méditais ce verset d'flabacuc : « Le juste vivra par sa foi » 2. J'en conclus que la vie devait être inspirée par la foi ; je fis ainsi s'accorder le concret avec l'abstrait, et l'Ecriture tout entière, le
1. Op. varii argum. I, 22 (i5^5). Pour ce qui suit, voir aussi, cidessus, t. II, p. 3i6, 366.