Habacuc
Ciel lui-même me furent dévoilés ))^. Le passage de saint Paul signifiait donc : a L'Evangile révèle la justice passive, par laquelle, dans sa miséricorde. Dieu nous justifie par la foi, » etc. « Alors, je me sentis complètement renaître, et entrer au ciel les portes grandes ouvertes. Aussitôt, l'Ecriture tout entière se révéla à moi sous un autre jour... Ainsi, ces paroles de saint Paul furent vraiment pour moi la porte du Paradis » 2.
C'est précisément par là, au contraire, que Luther ouvrit les portes toutes grandes au subjectivisme dans les choses de la foi, tout en le couvrant encore du petit manteau de l'illumination divine. Qui ira contrôler un fait tout intérieur ? Qui pourra voir, chez les autres ou même en soi, si cette prétendue illumination de l'Esprit-Saint vient vraiment d'en haut ? D'après quels signes devra-t-on décider si les affirmations de l'apôtre de Wittenberg répondent à la réalité, ou si elles ne répondent pas plutôt, soit à une illusion, soit à une supercherie ? Luther ne sortit jamais de ce subjectivisme ; au contraire, il s'y enfonça de plus en plus. Le protestantisme l'a suivi : le principe de l'illumination a permis à toutes les opinions de s'y faire jour pour le dissoudre toujours davantage.
[Cette tendance à prendre ses fantaisies pour des
1. Opéra exeg. lat., VII, 74 [Weim., XLIII, 587, 21 (i5/io-i5/ii). L'abstrait, c'est sans doute le texte d'Habacuc ; le concret, la vie chrétienne à organiser (P)]
3. Opéra lat. var. arg., l, 28. Voir aussi Opéra exeg. lat., XIX, i3o (i532, publié en i538), où il écrit ; « Memineritis, justitiam Dei esse, qua justificamur, seu donum remissionis peccatorum. »